Après avoir déjeuné dans une petite auberge, Jeanne et Julien, qui éprouvent de la tendresse l’un pour l’autre, vont se promener dans la nature.

Ayant aperçu un petit bois, plus loin, à droite, ils y allèrent.

Encaissée entre deux talus 1, une allée étroite s’avançait sous de grands arbres impénétrables au soleil. Une espèce de fraîcheur moisie 2 les saisit en entrant, cette humidité qui fait frissonner la peau et pénètre dans les poumons. L’herbe avait disparu, faute de jour et d’air libre ; mais une mousse cachait le sol.

Ils avançaient : « Tiens, là-bas, nous pourrons nous asseoir un peu », dit-elle. Deux vieux arbres étaient morts et, profitant du trou fait dans la verdure, une averse de lumière 3 tombait là, chauffait la terre, avait réveillé des germes de gazon, de pissenlits et de lianes, fait école des petites fleurs blanches, fines comme un brouillard, et des digitales 4 pareilles à des fusées. Des papillons, des abeilles, des frelons trapus, des cousins 5 démesurés qui ressemblaient à des squelettes de mouches, mille insectes volants, des bêtes à bon Dieu 6 roses et tachetées, des bêtes d’enfer 7 aux reflets verdâtres, d’autres noires avec des cornes, peuplaient ce puits lumineux et chaud, creusé dans l’ombre glacée des lourds feuillages.

Ils s’assirent, la tête à l’abri et les pieds dans la chaleur. Ils regardaient toute cette vie grouillante 8 et petite qu’un rayon fait apparaître ; et Jeanne attendrie répétait : « Comme on est bien ! que c’est bon la campagne ! Il y a des moments où je voudrais être mouche ou papillon pour me cacher dans les fleurs. »

Guy De MAUPASSANT, Une vie.

1. enserrée entre deux terrains en pente.
2. qui a perdu sa qualité par manque de lumière et d’air libre.
3. une pluie de lumière.
4. il s’agit de différentes variétés de plantes.
5. il s’agit de différentes variétés d’insectes.
6. des coccinelles.
7. sans doute l’auteur pense-t-il aux scarabées.
8. qui fourmille, qui s’agite en tous sens et en grand nombre.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. D’après son titre, « Une nature vivante », de quoi va parler ce texte ?

2. Quel type de texte un tel titre annonce-t-il ?

3. À quoi sert le chapeau qui précède le texte ?

2. AU CŒUR DU TEXTE

1. a. Relevez dans le texte les deux verbes conjugués qui expriment la perception visuelle.
b. Quels sont les sujets de ces verbes de perception ?
c. Qui décrit le paysage ? Justifiez votre réponse.

2. Précisez l’endroit où les personnages se promènent et celui où ils s’assoient.

3. a. Classez, dans un tableau, les éléments qui se rapportent à la faune et ceux qui se rapportent à la flore.
b. Pourquoi la faune et la flore semblent-elles si vivantes ?

4. a. Classez les expressions suivantes selon qu’elles sont des comparaisons ou des métaphores :
Une averse de lumière – comme un brouillard – pareilles à des fusées – ressemblaient à des squelettes de mouches – ce puits lumineux et chaud.
b. Qu’apportent au texte ces comparaisons ces métaphores ?

5. a. Relevez tout ce qui se rapporte à la lumière et à la couleur.
b. D’après les réponses à ces questions, quelles sont les caractéristiques de la description ?

3. PARTIE D’ÉCRITURE

Dans ce texte, la terre chauffée par la lumière du soleil enfante une flore abondante.

Deux vieux arbres étaient morts et, profitant du trou fait dans la verdure, une averse de lumière tombait là, chauffait la terre, avait réveillé des germes de gazon, de pissenlits et de lianes, fait éclore des petites fleurs blanches, fines comme un brouillard, et des digitales pareilles à des fusées.

Sur le même modèle, décrivez, en un paragraphe de même longueur, un endroit où abonde la flore printanière.

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