Pour faire plaisir à François, son fiancé d’origine française, Marthe Nader décide avec ses parents et son frère Joseph de partir en excursion à Byblos Ils invitent leurs amis Émile Dagher et Farès Béchir.

Sous le soleil, qui se trouvait au milieu du ciel, il prit la main de Marthe et tous deux s’engagèrent dans le sentier. Au bout, près d’un églantier 1, François fut saisi d’un tel sentiment de bonheur qu’il s’arrêta. Une maison se dressait parmi les pins. Carrée et posée sur le flanc de la colline qui descendait vers la mer. Elle n’avait pas portes, pas de fenêtres. Des trous déchiraient son toit de tuiles. Mais ses trois arcades 2 rondes étaient parfaites.

Mon Dieu, dit François, qu’elle est belle … 

Sur la terrasse, à l’abri des arcades, Georges et Vérone Nader 3 étaient installés sur des chaises pliantes. Ils fixaient l’horizon. C’était, pensa François, comme une vision déjà vue. Il sentit son cœur suffoquer. Plus bas, dans les herbes folles, Maddoul 4  piquait la viande sur des brochettes. Émile et Joseph étendaient la nappe. Farès disposait les pierres pour le feu.

Dépêchez-vous ! cria-t-il en apercevant Marthe et François, on meurt de faim !

François laissa passer Marthe devant lui. Il se glissa dans la maison. Il s’y enfonça. Il s’y perdit. Il passait de pièce en pièce sans voir le délabrement 5 des murs. Il caressait les pierres. Il jetait les yeux vers les plafonds où le ciel entrait. Il allait et venait, il s’arrêtait devant une fenêtre inachevée d’où l’on voyait la mer entre les pins.

C’est trop beau …, murmura-t-il.

On  l’appelait du jardin. Il fallait sortir, quitter ces ruines, rejoindre les autres.

Oui, cria-t-il, j’arrive !

Dehors, dès qu’il fut près de Marthe, il chuchota :

Je veux acheter cette maison. Je veux y habiter et y vivre.

Elle le regarda sans trouver un mot. Pour elle, qui était née et avait vécu à Gemmayzé 6, ce qui était au–delà de la place des Canons 7 lui paraissait étranger. On passa à table, durant le repas, François ne put se distraire de la pensée qui l’occupait : la maison. Au café 8, il n’y tint plus :

Il faudra savoir si cette maison est à vendre, dit-il à haute voix.

Tout le monde fut interloqué 9. Georges Nader fit une grimace comme s’il découvrait en son futur gendre un original qui allait commettre des folies et rendre sa fille malheureuse.

Quelle maison ? demanda Émile en rient. Cette ruine ?

Jacqueline MASSABKI, François POREL, La Mémoire des cèdres, Robert Laffont.

1. Un petit arbre épineux et sauvage.
2. Ouvertures en forme d’arc dans leur partie supérieure.
3. Ce sont les parents de Marthe et de Joseph.
4. Elle est la servante de la famille.
5. L’état de ruine des murs.
6. Un quartier d’Achrafieh, à Beyrouth.
7. Une place située au centre de la ville de Beyrouth.
8. Au moment de servir le café.
9. Tout le monde fut étonné au point de ne pouvoir réagir.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. Quel est le titre du livre dont ce passage est extrait ?

2. Sur le drapeau de quel pays les cèdres sont-ils représentés ?

3. Que symbolisent-ils ?

4. Que veut dire La Mémoire des cèdres ?

2. Au cœur du texte

1. À quel moment de la journée le récit se passet-il ? Quel passage vous a permis de répondre ?

2. Où se déroule le récit ?

3. Qui sont les personnages de ce récit ?
Présentez les groupes qu’ils forment et les actions qu’ils accomplissent.

4. a. Que ressent François en découvrant la maison ?
b. Qu’est-ce qui provoque ce sentiment ?
c. Quel désir François exprime-t-il à Marthe ?

5. a. Marthe partage-t-elle le désir de François ?
Pourquoi ?
b. À quel temps sont conjugués les verbes « était née » et « avait vécu »  (ligne 24) ? Expliquez l’emploi de ce temps.

6. Quelles sont les réactions respectives de Georges Nader et d’Émile Dagher ?

3. PARTIE D’ÉCRITURE

Dans l’extrait ci-dessous, le narrateur évoque les déplacements et les gestes de François à l’intérieur de la maison en ruine.

François laissa passer Marthe devant lui, il se glissa dans la maison. Il s’y enfonça. Il s’y perdit. Il passait de pièce en pièce sans voir le délabrement des murs. Il caressait les pierres. Il jetait les yeux vers les plafonds où le ciel entrait. Il allait et venait, il s’arrêtait devant une fenêtre inachevée d’où l’on voyait la mer entre les pins.

De la même façon, racontez la visite d’un site archéologique que vous avez pu faire : décrivez vos déplacements, vos gestes, etc. Écrivez un paragraphe de la même longueur que cet extrait.

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