Un palais fantastique

Un groupe de voyageurs français visite la tombe du roi d’Égypte, Séti 1er (1312-1298 avant Jésus-Christ).

Nous pénétrons, la torche en main, dans un couloir qui s’enfonce dans la terre, nous éloignant vite de la bonne clarté du jour, nous retenant aux murs pour ne pas perdre pied sur cette pente polie où glissaient les sarcophages 1.

Bientôt, au bout de cette première galerie, un escalier rapide plonge et se dérobe dans les ténèbres. Nous tâtons les marches avec précautions, portant haut notre lumière pour éclairer un peu l’espace devant nous. Vaguement, de nouveaux corridors se révèlent qui descendent aussi, et ne finissent pas, de nouvelles figures monstrueuses se lèvent, évoquées par cette clarté tremblante et trouble, surgissant comme dans les rêves, pour un instant, hors de la nuit, toutes brillantes de couleurs, – aussitôt évanouies, englouties dans le noir […].

Brusquement, notre guide nous saisit le bras, car un large puits bâille 2 à nos pieds, celui qu’avaient creusé les Égyptiens pour empêcher d’atteindre la chambre du sarcophage et qui faillit arrêter les fouilleurs 3 européens au début de ce siècle 4. Ils le comblèrent en partie, puis, sondant la muraille qui fermait le couloir de l’autre côté, sous le stuc 5 et les vives peintures, ils entendirent sonner un creux et découvrirent la galerie secrète par laquelle l’hypogée 6 s’enfonce plus profondément dans la terre.

Ce puits tourné, cette galerie franchie, nous errons à présent dans des salles soutenues par des piliers, flanquées de chambres annexes. C’est l’intérieur d’un palais ténébreux et fantastique ; c’est un vaste appartement d’une hauteur imprévue dans ce souterrain. Sur les murailles, sur les piliers, les peintures et les sculptures sont d’un coloris brillant et frais ; les verts, les blancs, les rouges luisent, quand nous approchons, avec un éclat neuf, comme posés hier. Parfois, le contour seul existe, dessiné d’un trait par une main sûre et souple. Durant toute la vie du roi, on creusait dans la montagne ; d’année en année, le caveau allait s’approfondissant. Le pharaon mort, le crayon n’achevait pas les silhouettes des dernières décorations ; soudain, le travail s’arrêtait pour toujours, le sarcophage pénétrait dans la syringe 7, on fermait, on obstruait les portes, on les rendait invisibles du dehors, et tout entrait dans l’éternité.

MELCHIOR, vicomte de VOGÜÉ, Voyage aux pays du passé.

1. les cercueils, à forme humaine, des momies égyptiennes.
2. s’ouvre.
3. ceux qui explorent un lieu, qui fouillent un site.
4. il s’agit du XXe siècle.
5. un enduit qui imite le marbre.
6. la construction souterraine où les Anciens déposaient les morts.
7. la tombe royale d’Égypte pharaonique, creusée dans le roc en forme de galerie.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. À quoi peut faire référence le « pays du passé » du titre de l’œuvre ?

2. Aidez-vous du chapeau pour identifier le pays en question et préciser l’époque.

3. D’où viennent les voyageurs ?

2. AU CŒUR DU TEXTE

1. Relevez tous les verbes du texte qui expriment le mouvement vers le bas.

2. Aidez-vous de ces verbes pour indiquer les étapes du chemin parcouru par les voyageurs.

3. Relevez, au début des paragraphes 2 et 3, les indicateurs de temps puis expliquez leur rôle dans le récit.

4. Relevez les éléments (le cadre, les jeux de lumière, le suspense, le vocabulaire) qui permettent au narrateur de créer une atmosphère de mystère.

5. a. Indiquez les valeurs du présent dans ce texte.
b. Quel est le temps dominant du passé employé dans le paragraphe 3 ? Pourquoi est-il employé ?

6. a. Délimitez le passage descriptif.
b. Justifiez sa place dans la narration.

3. PARTIE D’ÉCRITURE

Le narrateur raconte comment a été construite et décorée la tombe de Séti 1er.

Durant toute la vie du roi, on creusait dans la montagne ; d’année en année, le caveau allait s’approfondissant. Le pharaon mort, le crayon n’achevait pas les silhouettes des dernières décorations ;

En vous inspirant de cet extrait, racontez, en une dizaine de lignes, comment a été construit le palais de Beiteddine ou un autre monument ancien de votre pays.
Renseignez-vous auprès de votre professeur d’histoire pour vous aider dans votre travail.
Votre récit doit être à l’imparfait.