Suffixe exemple, tableau des suffixes français, suffixe exercice

Tels qu’ils sont définis à SUFFIXATION, les suffixes constituent une classe en principe fermée. Il est cependant à remarquer que leur nombre varie assez considérablement d’un ouvrage à l’autre : comme pour les préfixes, les critères, et surtout leurs combinaisons, sont variables. L’un d’entre eux, celui de la productivité du suffixe dans un état de langue donné, est d’appréciation délicate. L’identification de la base comme susceptible d’emploi autonome ne fournit qu’une présomption de productivité : les dérivés nominaux en -ure (froidure, blessure, couverture, toiture, etc.) laissent fréquemment apparaître une base autonome. Toutefois le suffixe est improductif. Des mouvements peu prévisibles peuvent rendre la productivité à des suffixes qui l’avaient perdue : ainsi les études sur la suffixation publiées autour des années 60 présentaient le suffixe nominal -erie comme très peu productif de noms désignant des locaux de vente. Il a donné lieu, dans les années 75 et suivantes, à un grand nombre de dérivés tels que bagagerie, billetterie, carterie, chaiserie, croissanterie, gadgeterie, jardinerie, juperie, roberie, tablerie, et même froquerie.

Compte tenu de l’aptitude de certains suffixes à opérer un transfert de classe, une répartition rigoureuse devrait faire apparaître le catégories suivantes :

1. Suffixes qui ne changent pas la classe grammaticale

1.1. Suffixes nominaux : bagage, bagagerie
1.2. Suffixes adjectivaux : gentil, gentillet
1.3. Suffixes verbaux : tirer, tirailler
1.4. Suffixe adverbial : quasi, quasiment

2. Suffixes qui changent la classe grammaticale

2.1. Suffixes nominaux :
2.1.1. À partir d’un adjectif : laid, laideur
2.1.2. À partir d’un verbe : élever, élevage
2.2. Suffixes adjectivaux :
2.2.1. À partir d’un nom : accident, accidentel
2.2.2. À partir d’un verbe : manger, mangeable
2.3. Suffixes verbaux :
2.3.1. À partir d’un nom : tyran, tyranniser
2.3.2. À partir d’un adjectif : vert, verdoyer
2.4. Suffixe adverbial, surtout à partir d’un adjectif : absolu, absolument.

Toutefois, ce classement entraînerait de nombreuses redites, du fait que certains suffixes apparaîtraient successivement dans plusieurs rubriques : ainsi -ard serait cité en 1.1. (montagne, montagnard), 1.2. (faible, faiblard), 2.1.1. (riche, richard), 2.1.2. (brailler, braillard), 2.2.2. (vanter, vantard). On a donc pris le parti de ne tenir compte, pour établir le classement qui suit, que de la classe du terme suffixé. Les indications sur les classes d’où sont issues les bases sont fournies pour chaque suffixe.

Lire aussi :  Rhétorique

TABLEAU DES SUFFIXES FRANÇAIS

1. Suffixes nominaux

Remarques. — 1. On n’a pas visé l’exhaustivité dans l’énumération des suffixes servant à former les désignations des habitants des villes et pays : on en a dénombré 47.
2. Il existe dans le lexique technique de nombreuses sciences des systèmes suffixaux qu’il était exclu de décrire ici. Ils ont fréquemment des aspects linguistiques proches des interfixes (notamment en médecine). En linguistique, l’élément -ème s’ajoute rarement à des éléments existant indépendamment dans le lexique (morphème, phonème, léxème, mais aussi sème, sémème, phème, virtuème, etc.).
3. La multiplicité des formes de certains suffixes s’explique a) par des phénomènes de distribution complémentaire (-eur et ses variantes); b) par des phénomènes de doublets.

2. Suffixes adjectivaux

Remarques. — 1. Dans l’opposition propriété/relation, qui apparaît pour spécifier le signifié des suffixes adjectivaux, on a reconnu l’opposition des adjectifs et des pseudo-adjectifs (ou adjectifs relationnels, voir ADJECTIF). Les adjectifs suffixés se répartissent donc entre les deux classes.
2. De nombreux suffixes nominaux (notamment les péjoratifs, diminutifs, ethniques, etc.) sont aptes également à construire des adjectifs. On ne les a répétés dans la liste des suffixes adjectivaux que lorsque leur signifié est différent (voir par exemple ain qui recouvre en réalité deux homonymes, l’un nominal, l’autre adjectival).

3. Suffixes verbaux

Remarques. — 1. Pour les raisons dites à SUFFIXATION, on n’a pas inclus dans l’inventaire des suffixes les morphèmes verbaux cités sous leur forme d’infinitif -er et -ir.
2. Les verbes sur lesquels sont formés les fréquentatifs, péjoratifs et diminutifs peuvent appartenir à une autre classe que la classe (l ou 2) à laquelle leur suffixation les intègre : fendre et vivre (classe 3.3) sont suffixés en fendiller et vivoter (classe 1). (Voir CONJUGAISON.)
3. De façon extensive, on désigne parfois comme factitifs les suffixes utilisés pour former des verbes sur des adjectifs (solide, solidifier ; aseptique, aseptiser).

4. Suffixe adverbial

Le seul suffixe adverbial est -ment. Il s’ajoute le plus souvent à des adjectifs (petitement, atrocement, véhémentement) parfois à un nom utilisé comme interjection (bigrement, diablement = « d’une façon propre à faire dire diable !»), par exception à l’adverbe quasi : quasiment, qui est condamné par les puristes. Le suffixe -ment est étymologiquement un nom féminin signifiant « de façon ». L’adjectif antéposé à ce nom avait donc la forme du féminin. C’est ce qui explique, diachroniquement, les très nombreux cas où l’adjectif suffixé est au féminin. Cependant, les adjectifs terminés par une voyelle ne présentent pas la marque (écrite) du féminin : hardiment, vraiment (seule exception : gaiement). Quelques adverbes en -ument comportent un accent circonflexe sur l’u, ultime séquelle graphique de l’-e étymologique : assidûment, congrûment, continûment, crûment, goulûment, incongrûment, indûment (mais : absolument, éperdument, etc.)

Lire aussi :  Argument

Les adjectifs en -ant et -ent, étymologiquement invariables en genre, ont fourni des adverbes en -amment et -emment [amɑ̃] : abondamment, décemment, etc. ; il y a toutefois quelques exceptions, explicables diachroniquement (lentement, présentement ; grandement a eu comme concurrent gramment).

Formés sur le modèle de aisément, modérément, un certain nombre d’adverbes présentent un -é- [e] qui s’oppose à l’-e [ə] de l’adjectif : confusément, impunément, intensément, uniformément, etc.

Enfin, des irrégularités, explicables par la diachronie, s’observent dans la formation de plusieurs adverbes, par exemple brièvement, gentiment, nuitamment, sciemment, traitreusement, etc.

Remarque. — Les formations en à + radical verbal + -ons (à reculons, à tâtons) fonctionnent comme des adverbes, mais ne sont plus productives.

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