Relative

Une relative est un type de subordonnée qui commence par un pronom, un déterminant ou un adverbe relatifs, et dont le lien à la principale tient à la fois de la subordination et de la représentation : l’élément introducteur a le rôle démarcatif d’indiquer le début de la proposition, et il manifeste une fonction à l’intérieur de la subordonnée. Dans la femme qui a élevé Pierre n’est pas sa mère, qui remplit trois rôle différents : il marque la subordination, il représente le syntagme nominal la femme, et il indique, par sa forme, la fonction de sujet de a élevé Pierre. La relative n’a donc aucune indépendance, elle ne peut constituer une phrase à elle seule. On distingue trois types de relatives : les relatives adjectives, les relatives substantives, et les relatives prédicatives.

A. Les relatives adjectives, ou relatives à antécédent

Ce sont les plus fréquentes, au point qu’on les considère parfois comme les seules. Elles ont toujours un antécédent exprimé, et leur valeur d’adjectif est établie à la fois par la possibilité de les substituer à un adjectif (le ballon rouge/le ballon qui est rouge), et par celle de les coordonner avec un adjectif (c’est un homme chauve et qui paraît plus que son âge).

L’antécédent de ces propositions est la plupart du temps un nom (l’homme qui marche sur la plage est mon beau-frère) ou un pronom (choisis celui que tu veux). Mais ce peut aussi être un adjectif (de rouge qu’il était, il devint écarlate), un adverbe (viens là où je suis), ou une proposition (il est parti, de quoi je ne me console pas).

1. La place du relatif

La règle générale est que le relatif est en tête de la proposition relative, éventuellement précédé d’une préposition : de quoi, sur lequel. Dans la mesure où il représente un nom pouvant occuper différentes places dans la subordonnée, l’ordre canonique des mots dans la phrase subit une altération quand le pronom n’est pas sujet. Ainsi, dans la femme qui a élevé Pierre n’est pas sa mère, qui occupe la place de sujet (respect de l’ordre canonique). Mais, dans l’homme que j’ai rencontré est un escroc, ou dans l’homme dont je te parle est un escroc, que, dont la forme manifeste la fonction d’objet, et dont, complément du verbe parler, n’occupent pas les places qu’ils auraient dans les phrases simples (j’ai rencontré l’homme, et je te parle de l’homme). Plus les formes bouleversent l’ordre canonique des termes de la phrase, plus elles sont rares à l’oral et dans les écrits d’enfants et de locuteurs peu scolarisés (les relatives en dont sont particulièrement rares, et les fautes fréquentes). La structure des relatives dites de « français populaire » évite le déplacement et respecte l’ordre canonique : on dira l’homme que je te parle (où le que ne fait qu’indiquer la subordination, et non la relation), l’homme que je te parle de lui (où le que ne fait également qu’indiquer la subordination, mais où la relation est marquée par un schéma conforme à ce qui se produirait en phrase simple : je te parle de l’homme), ou l’homme que je t’en parle (même fonctionnement que dans la phrase précédente, mais la relation est exprimée par un clitique). Dans ces différents cas, que, étant l’unique marque du relatif, peut être assimilé à une conjonction, puisqu’il ne fait qu’indiquer la subordination. Une forme apparemment comparable, mais, en fait, différente car plutôt archaïsante et littéraire, est celle que peut prendre la relative temporelle, dans laquelle que peut alterner avec où (du temps que/où j’étais écolier).

La règle de proximité immédiate du relatif avec son antécédent, qui a souvent pour effet d’interrompre une proposition, évite d’éventuelles ambiguïtés. Ainsi, on dira le blé est emporté sur le dos de l’âne au moulin que tu connais, plutôt que le blé est emporté au moulin sur le dos de l’âne que tu connais. Cette règle peut s’accompagner, dans la langue littéraire, d’une inversion entre sujet et verbe : cette parole que répétait souvent ma mère (inversion facilitée par la brièveté de la relative et la simplicité de la forme verbale). La disjonction entre l’antécédent et le relatif n’est tolérée que quand il ne peut y avoir de confusion (un loup survint à jeun, qui cherchait l’aventure). Un tour littéraire peut éventuellement placer la relative avant l’antécédent (survint brusquement, qui cherchait l’aventure, un loup énorme). Enfin, si le relatif est séparé de son antécédent par un groupe qualifiant, il peut être précédé d’une coordination, afin d’éviter toute confusion (un homme de grande allure et qui parlait latin).

La règle de succession de l’antécédent et du relatif se complique quelque peu dans une phrase complexe. Ainsi, par exemple : le candidat sera élu peut être transformé en relative (le candidat qui sera élu aura de la chance). Cependant, si l’on prend comme forme de base j’espère que le candidat sera élu, on devrait pouvoir former la phrase agrammaticale le candidat qui j’espère que sera élu. On remplace cette forme inacceptable par : dans l’usage littéraire, le candidat que j’espère qui sera élu, et dans l’usage oral, soit une infinitive (le candidat que j’espère devoir être élu ou : voir élu), soit une relative en dont (le candidat dont j’espère qu’il sera élu), soit une incise (le candidat qui, je l’espère, sera élu). L’usage populaire préférera là aussi rétablir l’ordre canonique, avec le candidat que j’espère qu’il sera élu.

Quand deux relatives se succèdent au moyen d’une coordination, on peut ne pas répéter le pronom si c’est qui ou que, et si c’est que, omettre également la répétition du sujet (une lettre que je vous destinais et ne vous ai pas envoyée), tour condamné par les puristes.

2. Les types de relatives adjectives

L’interprétation des nuances sémantiques apportées par les relatives s’avère plus ou moins importante pour l’interprétation globale de la phrase. Classiquement, on distingue deux types de relatives adjectives : les déterminatives (dites aussi restrictives) et les appositives (dites aussi explicatives ou descriptives). Il existe deux modes de définition de ces fonctionnements :

— la définition en termes d’extension : on dira que l’appositive laisse l’extension de l’antécédent inchangée (dans les enfants, qui dormaient, n’ont rien entendu, l’extension de « les enfants » et de « les enfants qui dormaient » est la même), alors que la déterminative restreint l’extension (les enfants qui dormaient n’ont rien entendu : « les enfants qui dormaient » est un sous-ensemble, par opposition à l’ensemble complémentaire de « ceux qui ne dormaient pas »). On peut dès lors rapporter l’appositive à une proposition universelle (dans un univers donné), et la déterminative à une proposition particulière.

— la définition en termes d’identification du référent : l’appositive apporte une remarque supplémentaire sur un référent déjà déterminé, de façon contextuelle ou situationnelle : les enfants sont ceux dont nous avons déjà parlé ; alors que la déterminative constitue le processus même d’identification du référent à l’intérieur de la phrase (les enfants sont ceux que l’on spécifie par le fait qu’ils dormaient).

Outre les éléments de définition qu’on vient de voir, la distinction repose sur des marques formelles :

a) l’intonation et la ponctuation : l’appositive est précédée et suivie de pauses intonatives et, à l’écrit, de virgules, et non la déterminative. Mais il s’agit là de critères assez faibles, étant donné les variations auxquelles sont sujets ces phénomènes ;

b) la possibilité de remplacer qui par lequel dans l’appositive (la femme de Pierre, laquelle sort de prison…) et pas dans la déterminative.

Cependant, ce critère ne s’applique qu’au sujet ;

c) la nature de l’antécédent : la plupart des groupes nominaux, quel que soit leur déterminant, permettent les deux interprétations, mais il existe quelques restrictions. La relative qui suit un nom propre ne peut en principe être qu’appositive (Paris, qui est la capitale de la France…), bien qu’on puisse interpréter Paris qui se met en colère… comme une déterminative. De même, quand l’antécédent est précédé d’un possessif, la relative est la plupart du temps appositive (son roman qui a reçu le prix Goncourt, qui peut néanmoins être une déterminative = celui de ses romans). Par contre, les cas où s’impose l’interprétation déterminative ne souffrent pas d’exception : quand l’antécédent est un pronom indéfini (je cherche quelqu’un qui puisse chanter), un pronom interrogatif (qui voyez-vous qui puisse y aller ?), et quand l’antécédent nominal a pour déterminant chaque, tout singulier et quel (tout achat qui ne donne pas satisfaction est remboursé), ou qu’il est accompagné de seul ou d’un adjectif au superlatif relatif (le seul que j’aime ; le plus intéressant que j’aie vu). Le fonctionnement de déterminative est souvent souligné par un subjonctif, ou par la possibilité d’un conditionnel ;

d) la possibilité de remplacer la relative par une coordination est une caractéristique de l’appositive (les enfants, et ils dormaient, n’ont rien entendu), de même que la possibilité de paraphraser les différentes valeurs circonstancielles d’implication, de cause, de but, de concession ou d’hypothèse (les enfants, parce qu’ils dormaient… ; Pierre, qui a le cœur faible, fait du vélo = Pierre, bien qu’il ait le cœur faible, …) ;

e) seule l’appositive peut être supprimée sans modification du sens de la phrase, ce qui est lié à son caractère superflu ;

f) seule l’appositive permet l’insertion d’une particule logique comme cependant, de plus ou justement (les enfants, qui justement dormaient…), d’un adverbe de phrase ou d’une incise, (les enfants, qui, dit-on, dormaient…);

g) le statut du le précédant l’antécédent : anaphorique dans l’appositive, il annonce le qui dans la déterminative.

Cependant, tous ces critères, qui établissent un parallélisme fonctionnel entre déterminative et adjectif épithète d’une part, appositive et adjectif apposé d’autre part, révèlent davantage une dualité de fonctionnement qu’une ambiguïté structurale. Aussi est-ce souvent dans l’interprétation que se fait la distinction. Par exemple, si dans les syndicats qui défendent les travailleurs appellent à la grève, rien ne laisse savoir si le locuteur pense à une appositive ou à une déterminative, le récepteur peut comprendre, selon la conception qu’il a des syndicats, soit qu’il s’agit de tous les syndicats (appositive, tous les syndicats défendent les travailleurs), soit de certains syndicats (déterminative, seuls certains syndicats défendent les travailleurs). Même importance des positions idéologiques pour interpréter une appositive : dans Napoléon, qui reconnut le danger, envoya ses gardes sur l’ennemi, quel statut faut-il donner à la relative ? cause ? concession ? concomitance ? Tout dépend de la relation que l’on pose entre les deux faits.

On peut aussi faire une seconde remarque : une telle opposition n’épuise pas les fonctionnements des relatives adjectives. Ainsi, pour la phrase le médecin qui est venu ce matin est tout à fait rassurant, on peut envisager une interprétation appositive (justement, il est venu ce matin), une interprétation déterminative (celui qui est venu ce matin, pas l’autre), mais aussi une interprétation « non contrastive », qui serait simplement une réponse à la question : qu’est-ce qui s’est passé ? eh bien, le-médecin-qui-est-venu-ce-matin dit que… On peut aussi distinguer plusieurs autres types, par exemple une relative que l’on pourrait appeler « qualificative », comme dans l’imbécile qui m’a répondu au téléphone ne m’a pas laissé parler : les interprétations appositive et déterminative sont impuissantes à montrer l’implication entre le fait de ne pas laisser parler et la dénomination d’imbécile, et tout aussi impuissantes à expliquer la non-indépendance des phrases-sources, qui ne peuvent pas être l’imbécile m’a répondu au téléphone et l’imbécile ne m’a pas laissé parler. Sous certaines conditions de contraste prosodique, on peut aussi envisager une interprétation « sélective » : le médecin qui est venu ce matin… (ce n’était pas un guérisseur), où la mise en relief oppositive ne porte que sur l’antécédent. Ce rapide passage en revue montre la souplesse de la structure relative, une même forme permettant plusieurs interprétations différentes.

Une troisième remarque qui invite également à s’interroger sur la dichotomie déterminative/appositive concerne le fait que les deux types de définitions ne s’appliquent pas de façon également satisfaisante à toutes les phrases. Pour les Alsaciens qui boivent de la bière sont obèses, la définition en termes d’extension est adéquate à refléter la dualité de fonctionnement, mais celle en termes d’identification ne l’est pas : dans la mesure où les est générique, l’identification du référent est faite du même coup. Inversement, dans les élèves qui ont triché ont été punis, la définition en termes d’identification rend compte de la dualité, mais non celle en termes d’ensembles (en lecture appositive, « les élèves qui ont triché » ne peut avoir la même extension que « les élèves »).

Cette dernière remarque invite à examiner la nature du déterminant de l’antécédent, dont on constate le rôle lorsqu’on tente de rendre leur indépendance aux propositions sous-jacentes : dans l’homme que j’ai rencontré est parti au japon, les deux phrases indépendantes j’ai rencontré l’homme et l’homme est parti au Japon ne suffisent pas à rendre compte du fonctionnement. Il vaudrait mieux supposer j’ai rencontré un homme, ce qui souligne le lien entre le déterminant le et le processus même de la relative.

3. Le mode de la relative

Le mode de la relative ne pose généralement pas de problèmes : le cas le plus fréquent est l’indicatif. Cependant, le subjonctif n’est pas rare dans les déterminatives. Si le déterminant de l’antécédent est indéfini, on peut trouver le subjonctif dans des relatives dépendant de phrases dont le verbe exprime une incertitude, comme chercher, demander, désirer, préférer…, structures qui autorisent l’alternance entre je cherche une maison qui a des volets verts (je sais qu’elle existe), et je cherche une maison qui ait des volets verts (j’aimerais en trouver une). Un conditionnel dans la principale peut produire le même effet (Pierre apprécierait une viande qui soit bien cuite, où le subjonctif est peu vraisemblable si apprécier est au présent), de même qu’un modal (Pierre devra opérer avec une méthode qui nous satisfasse, impossible avec opérera). On trouve également le subjonctif avec un indéfini (quelqu’un qui sache conduire), après un antécédent comportant un superlatif ou les adjectifs seul, premier, dernier, unique (il est le seul qui puisse le faire), et quand la relative détermine une proposition négative, dubitative, interrogative ou conditionnelle (il y a peu d’hommes qui soient contents de leur sort). Dans certains cas, le subjonctif peut être remplacé par un conditionnel (je rêve d’un jardin qui aurait de grands arbres).

La relative peut également être à l’infinitif, essentiellement après et les relatifs comportant une préposition, et quelquefois après dont (un endroit où se reposer, un lit sur lequel dormir, un sujet dont parler).

Dans les formes clivées, le verbe s’accorde en personne avec l’antécédent (c’est moi qui sais).

Relatif de liaison

Par comparaison avec le relatif latin, on donne le nom de relatifs de liaison aux formes qui reprennent en apposition soit un nom, soit une idée de la proposition précédente (je me suis acheté une voiture ; voiture que j’ai dû revendre très vite, ou véhicule que j’ai dû revendre), et les relatives qui reprennent, avec ou sans ce, la proposition précédente : il partit ; ce que voyant, je le suivis; il a vendu sa maison ; ce à quoi je n’avais pas pensé; il partit, après quoi je ne savais plus que faire — toutes formes pouvant comporter une ponctuation plus ou moins forte.

B. Les relatives substantives, sans antécédent

Marquées par un pronom relatif dépourvu d’antécédent, ces relatives occupent la place d’un nom. Le relatif appartient à un système en qui/quoi (c’est-à-dire qu’il n’existe pas de formes en que sauf dans les rares expressions du type je n’ai que faire, très proches des interrogatives indirectes telles que je ne sais que faire).

Si elles désignent une personne, elles sont introduites par qui, sujet (qui veut voyager loin ménage sa monture), attribut ou objet (embrassez qui vous voudrez). La forme à qui est toujours suivie de l’infinitif (trouver à qui parler). En position sujet, on peut remplacer qui par quiconque, et, de façon générale, on peut paraphraser la relative en restituant un pronom antécédent celui (celui qui veut voyager loin…). La fonction de la relative substantive peut être sujet, attribut (c’est qui vous savez), objet (j’aime qui m’aime), ou suivre une préposition (dis-le à qui tu veux). Il existe par ailleurs quelques locutions comportant une relative substantive sans verbe (à qui de droit, à qui mieux mieux).

Si la relative désigne une chose, le relatif quoi ne peut que suivre une préposition, à l’intérieur d’une relative attribut (c’est à quoi je pense) ou après les présentatifs voici et voilà (voilà de quoi elle est capable). De quoi introduit une relative à l’infinitif (il y a de quoi faire).

Les relatives substantives peuvent également être réalisées avec l’adverbe relatif , qui marque le lieu (je vais où tu vas), mais peut aussi être attribut (c’est où nous voulions en venir), objet, ou suivre les prépositions de et par (il sera puni par où il a pêché).

C. Les relatives prédicatives

Elles sont aussi dites attributives ou déictiques. On les trouve après les compléments d’objet de verbes de perception (apercevoir, observer, regarder, écouter, entendre, sentir… je vois Pierre qui se promène), ou de quelques autres verbes comme montrer, trouver ou avoir (j’ai ma femme qui m’attend ; j’ai rencontré Pierre qui mendiait). On les trouve aussi avec les verbes être, rester, se trouver suivis d’une détermination de lieu (il est là qui t’appelle), avec les présentatifs voici, voilà, c’est, il y a (voilà Pierre qui pleure ! il y a Pierre qui pleure !).

On peut rapprocher de celles-ci les relatives indépendantes exclamatives (mon train qui n’arrive pas !).

Les relatives, surtout avec antécédent, sont des structures très répandues à travers les langues du monde, où on retrouve toujours la grande richesse sémantique constatée ici pour le français.

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