Différence phonologie et phonétique : les sons phonétiques

Les langues utilisent des sons pour transmettre du sens. La phonétique est la discipline qui étudie les sons sous l’angle de leur émission, propagation et réception (avec l’écriture, le seul aspect matériellement concret des langues). La même étude dans la perspective de l’utilisation linguistique qui en est faite est la phonologie.

Le français ayant un système de transcription dit phonétique ou phonographique, un alphabet qui transcrit les sons, il devrait idéalement y avoir correspondance entre lettre et son. Or, ce n’est pas du tout le cas en français moderne, où l’orthographe reflète à peu près la prononciation du XIIe siècle : on ne trouve aucun cas de correspondance biunivoque (où un son corresponde à une seule lettre, et inversement). Comme la situation est la même pour toutes les langues à graphie phonétique (quoique le français soit un extrême de ce point de vue ; voir ORTHOGRAPHE), les phonéticiens ont mis au point un système de transcription dit « Alphabet phonétique international » (A.P.I. ou APhI), susceptible de décrire la prononciation de toutes les langues du monde. Le tableau I reproduit la partie de I’A.P.I. nécessaire à la description du français : les transcriptions sont conventionnellement placées entre crochets.

TABLEAU I

Pour l’auditeur, une-langue se présente comme une suite de sons enchaînés, que le travail du phonéticien découpe en unités. Ce sont les sons, ou phonèmes (voir plus bas pour la distinction). Mais cette chaîne présente aussi un autre aspect, que l’on appelle prosodique : il n’y a pas d’énoncé oral sans intonation (ou courbe mélodique, qui peut parfois suffire à modifier le sens d’un message, comme par exemple dans le passage d’une assertion à une question), ni sans accent (ou mise en valeur d’une syllabe dans un groupe, pouvant avoir selon les langues ou selon les phénomènes, fonction démarcative, culminative, expressive ou syntaxique). Ces phénomènes, qui concernent des unités plus grandes que la syllabe, sont traités à l’article PROSODIE (on peut aussi les appeler suprasegmentaux.)

A. Classement des sons du langage

L’aspect physique de la phonétique lui permet d’aborder la production vocale selon trois angles différents :

la phonétique auditive (ou perceptive) étudie la réception des sons par le destinataire. Elle est historiquement à l’origine des travaux de phonétique, mais elle est aujourd’hui à peu près abandonnée, à cause de son caractère subjectif ;
la phonétique articulatoire (ou physiologique) travaille du point de vue de la production des sons, à partir d’une étude anatomique des positions des organes de la parole lors de la production des sons (voir tableau II). Outre sur l’auto-observation, elle se fonde sur l’expérimentation (observation d’empreintes, radiographie et photographie) ;
la phonétique acoustique travaille du point de vue de la transmission : le son est étudié comme un phénomène vibratoire possédant certaines caractéristiques d’amplitude, de durée et de fréquence. Le domaine s’étudie à l’aide d’appareils, selon les lois de l’électroacoustique.

Il y a des correspondances entre les résultats obtenus par ces différents points de vue : le choix sera donc dicté par des considérations théoriques d’ensemble. De façon générale, les linguistes se sont satisfaits jusqu’à ces dernières années de l’étude articulatoire des données, plus aisément exposable et représentable. Il est cependant incontestable que la phonétique acoustique offre la rigueur d’un contrôle expérimental, et constitue la phonétique de l’avenir.

Malgré les réserves que l’on peut faire au classement articulatoire (les positions des organes ne sont qu’une simplification, qui ne tient pas compte du fait qu’un même effet acoustique peut être obtenu de différentes façon, grâce à des compensations), c’est lui qui est présenté ici.

B. Éléments de phonétique articulatoire

Il n’y a pas d’organes spécifiquement dévolus à la parole : lèvres, dents, langue, larynx, poumons, ont avant tout une fonction biologique.

Les organes phonatoires sont de trois types (V. tableau II en bas) :

— l’appareil respiratoire, qui fournit l’air à partir des poumons ;
— le larynx, contenant les cordes vocales, dont le rapprochement ferme la glotte, responsable à la fois du voisement (caractère sourd/ sonore, voir plus loin) et de l’intensité ;
— les résonateurs supralaryngés (pharynx, bouche, fosses nasales et cavité labiale), qui donnent leurs caractéristiques aux sons par le jeu des organes mobiles modifiant le volume et la forme de chaque cavité.

On distingue deux sortes de sons : les voyelles et les consonnes. Phonétiquement, la distinction réside dans l’existence, pour les consonnes, d’un obstacle au niveau des résonateurs sur le chemin de l’air provenant des poumons ; les voyelles n’en connaissent pas.

1. Les voyelles

Les voyelles se caractérisent par quatre traits articulatoires :

a) la zone d’articulation, ou position de la langue, qui peut se masser à l’avant de la bouche (la voyelle est alors antérieure, comme [i]), se masser à l’arrière de la bouche (la voyelle est postérieure, comme [u]), ou rester centrale (comme [ə]) ;
b) l’aperture, ou distance entre le dos de la langue et le palais. Le français connaît quatre degré d’aperture : fermé (comme [i]), semi-fermé (comme [e]), semi-ouvert (comme [ɛ]), et ouvert (comme [a]) ;
c) la position des lèvres qui peuvent être arrondies, comme dans [o], ou rétractées comme dans [i] ;
d) l’action du voile du palais : il peut être relevé, permettant la production de voyelles orales, ou abaissé, permettant à l’air de circuler partiellement par le nez et produisant des voyelles nasales (comme [ɛ̃] ou [ɑ̃]).

Ces quatre traits suffisent à décrire la plupart des voyelles (dont celles du français), mais il existe aussi dans d’autres langues des diphtongues (comme [ɔj], dans l’anglais boy), ou des oppositions entre voyelles brèves et voyelles longues (résiduelles en français ; en anglais le [i] de fit et le [i:] de feet). Les deux triangles (ou points) suivant la transcription de la voyelle permettent de noter cette particularité.

TABLEAU II

2. Les consonnes

Les consonnes se caractérisent aussi par quatre traits articulatoires :

a) la nature de l’obstacle (ou mode d’articulation). On distingue, en fonction du degré croissant d’ouverture :

— les occlusives (comportant une fermeture momentanée totale, suivie d’un relâchement : par exemple, [b] est une occlusive. C’est une catégorie qui existe dans toutes les langues du monde) ;
— les occlusives (comportant une fermeture momentanée totale, suivie d’un relâchement : par exemple, [b] est une occlusive. C’est une catégorie qui existe dans toutes les langues du monde) ;
— les latérales et les vibrantes (qui tiennent à la fois des occlusives par la fermeture totale, et des constrictives par le passage de l’air autour de l’obstacle central : le [l] est la seule latérale du français, et le [r] ou [R] la seule vibrante, ajoutant la vibration de l’organe faisant l’occlusion) ;
— les semi-voyelles, ou semi-consonnes comportent l’obstacle le plus lâche ([j] est une semi-voyelle) ;

b) le lieu de l’obstacle (ou point d’articulation) : selon la nature du point de contact entre organe mobile et partie fixe, on distingue, de l’avant vers l’arrière de la bouche : des bilabiales ([p] et [b]), des labiodentales ([f] et [v]), des apico-dentales ([t] et [d]), des apicoalvéolaires ([t] et [d] en anglais; [s], [z], [ʃ] et [ʒ] en français), des rétroflexes (qui n’existent pas en français ; par exemple le [ŋ] du mahrathi ; l’extrémité ou le dessous de la langue prend contact avec le palais), des palatales (qui n’existent pas en français ; par exemple, le [ç] de l’allemand), des vélaires ([k] et [g]), des uvulaires (le [ʁ]) des pharyngales (qui n’existent pas en français ; par exemple, le [h] de l’arabe), et des glottales (qui n’existent pas en français ; par exemple le [h] initial de l’anglais). On peut suivre ces différents points d’articulation sur le tableau II ;

c) l’action des cordes vocales : selon qu’elles entrent ou non en vibration, on distingue les sonores (en français : [b], [d], [g], [v], [z], [ʒ]) et les sourdes ([p], [t], [k], [f], [s], [ʃ]). Le trait qui les distingue est le voisement (voisées/non voisées) ;

d) l’action du voile du palais : s’il est tendu et soulevé au point que la luette le ferme, l’air sort totalement par la bouche et la consonne est orale. Sinon, il est relâché et abaissé : l’air circule dès lors à la fois par la bouche et par le nez, et la consonne est nasale ([m], [n], [ɲ] et [ŋ]).

Ces quatre traits suffisent à décrire la plupart des consonnes des langues du monde (en tout cas ils suffisent pour le français). Il existe toutefois des sons plus complexes : les labialisées, palatalisées, vélarisées, glottalisées, aspirées, affriquées, semi-nasales, et les clics.

Aussi bien pour les consonnes que pour les voyelles, cette caractérisation est à prendre comme valeur moyenne, susceptible d’être produite d’une façon légèrement différente grâce à des compensations.

C. Phonétique et phonologie : son et phonème

La phonétique se lie de plus en plus aux sciences expérimentales et physiques, et c’est maintenant par la phonologie que l’étude des sons maintient son lien à la linguistique.

1. Le phonème

Si la phonétique est l’étude matérielle, physique des sons, la phonologie (ou phonémique) est l’étude de ceux-ci du point de vue de leur contribution au sens, donc du point de vue de leur rôle dans le système linguistique. L’unité en est le phonème, dont on a pu dire que, bien qu’il soit une unité abstraite, il a plus de réalité que le son, car c’est lui que perçoit le locuteur-auditeur dans la production compréhension.

La phonétique étudie le son vocal indépendamment de la langue à laquelle il appartient (et l’A.P.I. doit distinguer, pour décrire toutes les langues du monde, quelque cinq cents sons) alors que la phonologie travaille à l’intérieur d’une langue donnée, où elle étudie le rôle de chaque son. Si deux sons remplissent la même fonction, que leur différence n’est jamais utilisée dans le système pour distinguer deux messages, on dit que leur opposition n’est pas distinctive, et les deux sons constituent un même phonème. Si par contre leur opposition est distinctive, que le fait de passer de l’un à l’autre suffit à faire passer d’un message à un autre, alors, ils constituent deux phonèmes différents. Ainsi, pour le français : la différence entre [p] et [b] suffit à distinguer le mot [pɑ̃] du mot [bɑ̃]; il s’agit donc de deux phonèmes différents, ce que l’on représente en les entourant de barres obliques (/p/ et /b/ sont deux phonèmes du français). Par contre, les trois sons physiquement très différents, [r] (roulé de la pointe de la langue, tel qu’il est prononcé en Bourgogne), [ʁ] (uvulaire ; prononciation la plus fréquente) et [R] (dit grasseyé), ne permettent jamais d’opposer des messages : il y a là trois sons, représentés avec des crochets : [r], et [ʁ], et [R] mais un seul phonème, que l’on peut représenter par /r/. Il y a autant de phonèmes dans un mot qu’il y a de choix successifs et indépendants.

L’opération qui consiste à évaluer le rôle de la différence entre deux sons s’appelle commutation. Soit la paire minimale (couple de mots séparés par la plus petite différence possible) constituée par [pɑ̃]/[bɑ̃] : de la certitude de la différence de sens (qui ne fait appel au sens que sous l’angle de la différence) introduite par le passage de [p] à [b] on déduira que /p/et lb/ sont deux phonèmes en français. Par contre, de la comparaison de [ri], [ʁi] et [Ri], qui ont le même sens, on ne peut conclure qu’à la similitude de rôle phonologique pour [r], [ʁ], et [R].

Si les sons sont en nombre élevé, les phonèmes d’une langue sont toujours en nombre limité : toutes les langues du monde comportent entre 10 et 100 phonèmes environ, avec une moyenne vers 33. Le français a 36 phonèmes, le tahitien 14, l’espagnol 32, l’anglais 46, l’oubykh (langue caucasienne) 81 dont 78 consonnes.

Le système phonologique de sa langue maternelle revêt pour le locuteur une importance particulière : c’est lui qui détermine sa perception des sons. Un locuteur adulte perçoit les sons d’une autre langue à travers la grille de sa propre langue, au point qu’on a pu parler de « surdité phonologique » : un Français interprète le [Ɵ] anglais comme un [s], et un Japonais ne fait pas la différence en français entre [ʁ] et [l], qui correspondent dans sa langue à un seul phonème.

2. Les variantes

L’existence d’un certain nombre de faits introduit toutefois une nuance dans ce qui se présente comme opposition — apparemment radicale — entre caractère distinctif ou non distinctif des sons : les phonèmes n’ont pas toujours une valeur stable. Leur qualité phonétique peut changer en fonction de l’entourage phonique, et on a alors affaire à un phénonème de variation. Leur qualité phonologique peut s’effacer dans certains contextes, et on a alors affaire à un phénomène de neutralisation.

— D’un strict point de vue phonétique, il n’y a jamais similitude totale lors de la répétition d’un son, pour des raisons liées à la labilité des organes vocaux, et à l’influence du contexte : ainsi, par exemple en français, le [k] ne sera pas prononcé exactement de la même façon selon qu’il précède [u] ou [il ([ku]/[kil]). Le [k] précédant le [i] est beaucoup plus antérieur, comme l’indiquent certaines représentations graphiques du français populaire (la dame du cintième). On dit qu’il s’agit de variantes combinatoires ou allophones, dans la mesure où il n’est pas possible d’opposer, dans le même contexte, un mot comportant le [k] de [ku], et un mot comportant le [k] de [ki] : ces deux sons sont en distribution complémentaire. Ce n’est donc pas par leur similitude phonétique que les deux [k] seront considérés comme un même phonème, mais pour l’identité des relations qu’ils entretiennent avec le reste du sytème, alors même que, dans d’autres langues, cette différence peut correspondre à deux phonèmes.

Lire aussi :  Attraction modale / paronymique

— Certaines oppositions n’existent que dans certaines positions, disparaissant dans les autres. C’est le cas par exemple en allemand, où /t/ et /d/ sont des phonèmes, en opposition partout sauf à la finale, où seul [t] peut apparaître : Rad et Rat se prononcent de la même façon. On dit qu’il y a neutralisation de l’opposition, et la production unique remplaçant les deux phonèmes est dite archiphonème.

— D’un point de vue sociolinguistique, une communauté ne constitue pas un ensemble homogène. Ainsi, en français, pour l’opposition entre [ɛ̃] et [œ̃] ([bʁɛ̃]/[bʁœ̃]) : il est des locuteurs pour lesquels c’est une opposition pertinente (leur système comporte les deux phonèmes), et d’autres pour qui elle ne l’est pas (ceux-là n’ont qu’un phonème, généralement /ɛ̃/).

On voit donc que ce n’est jamais sur ses caractéristiques phonétiques qu’on assigne une place à une unité, mais sur son rôle dans le système : si deux occurrences d’un même son ne sont matériellement jamais identiques, deux occurrences d’un même phonème ne peuvent, en tant qu’unités abstraites, que l’être, par la place occupée dans le système, et donc par la représentation qu’en a le locuteur. La fonction linguistique est remplie quand, au niveau phonique, un phonème se maintient différent de tous les autres, quels que soient, en dehors de ce fait systématique, sa zone de dispersion et ses caractères acoustiques.

3. Les traits distinctifs

Au lieu d’être caractérisé de façon purement négative par le système des oppositions dans lequel il entre, un phonème peut être décrit comme un faisceau de traits distinctifs, chaque trait distinctif étant ce qui maintient un phonème différent de tous les autres du système.

On dira ainsi de /d/ qu’il est apical (ce qui l’oppose à /b/), sonore (ce qui l’oppose à /t/), et occlusif (ce qui l’oppose à /z/); de /i/ qu’il est fermé ( ~ /ɛ/), antérieur ( ~ /u/) et rétracté ( ~ /y/). Seuls /l/ et /r/ ne se définissent que par un seul trait (latéral pour /l/ et vibrant pour /r/), car ce trait suffit à les opposer à tous les autres phonèmes du système. La phonologie, contrairement à la phonétique, élimine les redondances, en ne retenant que les traits strictement pertinents.

La notion de trait distinctif est très importante pour organiser le système d’une langue : elle permet de s’apercevoir que c’est, en français, le même trait distinctif (sonore/sourde) qui oppose /b/ à /p/, /d/ à /t/, /v/ à /f/… On dira qu’il y a corrélation de sonorité en français, et l’on peut représenter /b/ comme comportant le trait [+ sonore], là où /p/ a le trait [— sonore]. La réduction du coût est considérable : un trait unique va rendre compte de six oppositions, et le gain en pouvoir explicatif est aussi très net.

En comparant la phonétique à la phonologie, on voit qu’elles n’ont pas les mêmes buts. Si la réflexion phonologique est indispensable pour l’étude d’une langue comme système, c’est plutôt à la phonétique qu’il faut faire appel pour l’apprentissage d’une langue étrangère, la correction des fautes de prononciation, l’enseignement aux sourds-muets…, cas où l’on a besoin de connaître toutes les caractéristiques d’une prononciation, et non les seules pertinentes. Ainsi, une transcription phonétique pourra faire apparaître la durée des voyelles, l’accent tonique, les intervalles entre groupes accentuels… Passer de la transcription phonétique à la transcription phonologique, c’est déterminer un certain nombre de règles caractéristiques du système étudié : par la généralisation, une transcription phonologique est nécessairement plus simple qu’une transcription phonétique.

4. La phonologie générative

Un grave inconvénient du système de traits tel qu’on vient de le décrire est de laisser entendre que les traits distinctifs s’alignent sur les traits articulatoires, et qu’ils seraient, dans une certaine mesure, accessibles à la conscience du sujet parlant. En fait, il est important de mettre en lumière une différence de nature radicale entre les deux : le domaine du distinctif ne peut être pensé dans les termes du physiologique.

C’est un inconvénient que peut éviter une théorie qui s’appuie sur la phonétique acoustique (dans la mesure où celle-ci ne peut faire appel à l’introspection), et particulièrement la phonologie générative.

Dans la grammaire générative, la phonologie n’est pas en elle-même une partie générative : elle assigne une forme phonique (prononciation) à la structure de surface produite par la partie syntaxique. À partir de la représentation sous-jacente, sont formulées des règles explicatives du fonctionnement phonologique de la langue, et sont exclues les formes impossibles. Les traits distinctifs sont ici purement abstraits, les règles obéissant, comme dans la syntaxe, à des critères de généralité et de simplicité.

D. Caractères généraux du système français

1. La base articulatoire : tension et antériorité

On désigne par « base articulatoire » l’ensemble des caractères articulatoires fondamentaux d’une langue.

a) Les traits les plus typiques de la prononciation française sont le mode croissant et le caractère tendu de son articulation. Voyelles et consonnes se réalisent avec une énergie physiologique qui commence doucement et s’accroît progressivement : on parle d’attaque douce. Le mouvement ouvrant est progressif. De là découlent :

— la syllabation : la consonne se rattache à la voyelle qui suit plutôt qu’à celle qui précède, il y a prédominance d’une syllabation ouverte ;
— les caractères des consonnes : l’absence d’affriquées (exception en français canadien), la forte détente des consonnes finales ;
— les caractères des voyelles : absence de diphtongaison, absence de neutralisation vocalique (jamais une voyelle, même atone, n’est réduite à un [ə] muet) ;
— le faible pouvoir assimilateur : quand une assimilation a lieu, elle est plutôt anticipante que progressive ;
— la non-nasalisation des voyelles orales suivies de consonnes nasales ;
— la prédominance des tons stables dans l’intonation, où apparaissent peu d’inflexions.

b) Un autre caractère fondamental est l’antériorité : le lieu d’articulation est surtout l’avant de la cavité buccale :

— 9 voyelles sur 16, 13 consonnes sur 17 et 2 semi-voyelles sur 3 sont antérieures ;
— la fréquence des sons antérieurs est deux fois plus élevée que celle des sons postérieurs ;
— toute consonne suivie d’une voyelle labiale est automatiquement labialisée (avec projection et arrondissement des lèvres).

c) Le français se caractérise également par l’égalité rythmique :

— la proéminence accentuelle est moins marquée que dans les autres langues européennes ;
— les syllabes sont presque égales, il y a une certaine stabilité intonative dans le groupe accentuel.

Ces traits permettent de voir à quel point une langue comme l’anglais a une base articulatoire différente : articulations reculées, labialisation faible, pas de série antérieure labiale, articulation relâchée et nombreuses diphtongues, accent fort soulignant le contraste entre syllabes accentuées et inaccentuées, syllabes inaccentuées faiblement articulées et neutralisées, pas de voyelles nasales phonologiques, conservation de l’indépendance phonétique du mot. Aussi peut-on comprendre que les Français prononcent généralement mal l’anglais, et les Anglais mal le français.

2. La syllabation

La syllabe dans une langue se définit par trois caractéristiques essentielles : le son qui forme le sommet syllabique, la finale de la syllabe, et les combinaisons de consonnes et de voyelles qui constituent la syllabe-type.

La syllabe française est vocalique : il y a autant de syllabes que de voyelles ([paʁ – tiʁ], [sɛk – tœʁ]). La répartition peut varier légèrement selon les registres, selon le degré de maintien des [ə] muets. La syllabe orale est donc loin de toujours reproduire la syllabe graphique.

On distingue deux types de structures syllabiques : les syllabes ouvertes, terminées par une voyelle prononcée ([e – le – fɑ̃], trois syllabes ouvertes), et les syllabes fermées terminées par une ou plusieurs consonne(s) prononcée(s) ([sɛk – tœʁ], deux syllabes fermées).

La syllabe-type du français est la syllabe ouverte. Par exemple, dans la phrase : [i – la – bjɛ̃ – vu – ly – ɑ̃ – paʁ – le], on constate qu’il y a sept syllabes ouvertes pour une seule syllabe fermée. La fréquence de l’enchaînement consonantique augmente le nombre de syllabes ouvertes (ainsi, les deux premières syllabes de notre phrase sont [i -la], et non [il – a] comme le ferait attendre la graphie) : la syllabation ne s’arrête pas à la frontière du mot.

La syllabation se fait selon les principes suivants :

— toute consonne intervocalique forme syllabe avec la voyelle qui la suit, aussi bien à l’intérieur du mot qu’à l’intérieur du groupe ;
— un groupe de deux consonnes se sépare en deux syllabes ([sɛk – tœʁ]), sauf si la seconde est un [ʁ] ou un [l] (ta – plik], [a pʁɑ̃dʁ]) ou une semi-voyelle ([pɔ̃ – pje]) ;
— un groupe de trois consonnes avec un [s] au milieu subit une coupe syllabique après le [s] : [ɔps – takl] (obstacle).

Deux facteurs contribuent à augmenter le nombre des syllabes fermées : la fréquence des emprunts (speaker, spoutnik…) et l’augmentation des chutes des [ə] muets.

Le français se caractérise par son aspect très lié (surtout au niveau soigné) : les jonctures (ou jointures) sont faiblement marquées, et la différence est mince, du point de vue de la syllabation, entre les petits trous et les petites roues.

3. Le schéma canonique

La forme syllabique du français est très variée : on trouve des syllabes en V – CV – CCV – CCCV – ([stʁa – bism]), VC – VCC – CVC – CCVC – CVCC – CCVCC – CCCVCC ([stʁikt], strict). Cependant, la fréquence du type CV est nettement supérieure à celle de tous les autres.

Un certain nombre de phénomènes contribuent à généraliser l’alternance CVCV, au détriment des autres types de syllabes :

— la liaison, l’élision et l’enchaînement (voir ces mots) ;
— l’apparition de la forme masculine des déterminants possessifs devant un nom féminin commençant par une voyelle (mon amie);
— l’emploi d’une forme masculine spécifique pour certains déterminants et adjectifs devant un nom commençant par une voyelle (cet individu, un nouvel ami, le vieil homme);
— la double forme de certains préfixes, dont l’une est réservée à l’occurrence devant voyelle (– ou més- : mésaventure, dé– ou dés- : désillusion)
— la prononciation [ij] de [j] après deux consonnes ([kʁije], [plijɑ̃]) ;
— l’apparition d’un [t] « euphonique » dans des formes comme a-t-il, va-t-il… ;
— la tendance du français de conversation courante à simplifier les groupes consonantiques complexes ([izɔ̃] pour ils ont, [ʒesjɔ̃] pour gestion), tendance encore accentuée en français populaire ;
Néanmoins, les syllabes de type V ne sont pas totalement éliminées ([aeʁe], [bay], [ʁeysiʁ], [aleosinema]), et l’hiatus n’est pas insupportable : Papa a à aller à Arles.

E. Remarques sur le système français : les voyelles

1. Le tableau des voyelles

Le tableau III représente les positions respectives des différentes voyelles françaises :

TABLEAU III

Les voyelles postérieures sont toutes arrondies, et les voyelles antérieures présentent les rétractées à gauche, et les arrondies dans la série voisine.

2. Caractères généraux des voyelles

On doit distinguer entre voyelle accentuée et voyelle inaccentuée. C’est toujours la dernière syllabe d’un mot qui est accentuée, mais, dans la chaîne parlée, l’accentuation des mots s’efface devant l’accentuation des groupes rythmiques (voir PROSODIE). La plupart des voyelles sont donc inaccentuées (on dit aussi atones).

L’allongement est un facteur secondaire susceptible d’apparaître sur les syllabes accentuées. Il n’a cependant que rarement valeur distinctive, uniquement pour certains locuteurs, en registre soigné, et seulement pour les deux voyelles [ɛ] et [a]. Pour [ɛ] [lɛtʁ] (lettre) /[lɛ:tʁ] (l’être); [mɛtʁ] (mettre)/ [me:tʁ] (maître). Pour [a] : [mal] (mal)/ [ma:l] (mâle), qui ajoute généralement l’opposition de timbre à l’opposition de longueur. Le caractère distinctif de ce trait est en voie de disparition.

Cependant, d’un strict point de vue phonétique, et toutes choses égales par ailleurs, plus une voyelle est fermée, plus sa durée est brève, et une voyelle accentuée est légèrement plus longue qu’une voyelle atone. Les consonnes qui suivent une voyelle ont aussi un rôle : il existe des consonnes allongeantes, comme le [ʁ] et les constrictives sonores, et des consonnes abrégeantes, comme [p], [t] et [k]. Mais ces phénomènes n’ont pas valeur distinctive, étant complètement soumis à l’entourage phonétique.

3. Les voyelles fermées

Les trois voyelles [i] (antérieure rétractée), [y] (antérieure arrondie) et [u] (postérieure, dont il est redondant de dire qu’elle est arrondie, puisqu’elle ne s’oppose pas à une rétractée de même définition), peuvent apparaître dans toutes les positions du mot.

4. Les voyelles ouvertes

Le français connaît en principe deux voyelles ouvertes : [a] antérieur et [ɑ] postérieur. Toutes deux sont arrondies, ce qui ne constitue pas un trait phonologique.

En position accentuée, on trouve 95 % de [a] pour 5 % de [ɑ]. Le [ɑ] apparaît dans des monosyllabes ouverts (tas, las, bas…) et en syllabe fermée par la seule consonne [z] (rase, gaz, phrase). Il y a quelques cas d’oppositions : patte/pâte, halle/hâle, tache/tâche, bail/baille… Cependant, cette opposition, peu rentable, tend à disparaître (beaucoup de locuteurs ne la font plus).

En position inaccentuée, la tendance à la disparition de l’opposition est encore plus forte, d’autant plus que les cas d’oppositions sont rares (matin/mâtin), et généralement assurés par le contexte.

Lire aussi :  Multiplicatif

5. Les voyelles d’ouverture intermédiaire

Elles sont six : les antérieures rétractées [e] et [ɛ], les antérieures arrondies [ø] et [œ], et les postérieures [o] et [ɔ]. Du moins en est-il ainsi dans le système du nord de la France, car dans le Midi, l’évolution vers la disparition des oppositions est plus avancée.

Dans le système du Nord, toutes ces voyelles ne sont pas susceptibles d’occuper toutes les positions dans le mot, et la nature du timbre est fonction à la fois de la structure syllabique, de la position dans le mot (syllabe accentuée ou inaccentuée) et de la nature de la consonne qui suit dans le cas d’une syllabe fermée. Comme les rares cas d’opposition ne sont pas semblables pour les trois couples, et que l’attraction vocalique est souvent susceptible de jouer, dans des limites plus ou moins influencées par la morphologie, il n’est pas possible de généraliser davantage, et il est préférable de passer chaque couple en revue :

a) [e] et [ɛ]

En position accentuée, la finale ouverte permet l’opposition, assez répandue, entre [e] et [ɛ] : outre quelques oppositions lexicales (ré/ raie, poignée/poignet…) de termes qui pourraient difficilement être confondus à cause de leurs caractéristiques morphosyntaxiques, la raison de l’assez bon maintien de l’opposition est son rôle dans la conjugaison ([e] infinitif et participe passé/[ɛ] marque de l’imparfait : chanter et chanté/chantait ; [e] marque du futur/[ɛ] marque du conditionnel à la première personne du singulier : je parlerai/je parlerais). Néanmoins, certaines de ces oppositions sont aussi en voie de disparition.

Toujours en position accentuée, et en syllabe fermée, le son réalisé est toujours [ɛ] ([bɛl]).

En position inaccentuée, il n’y a jamais opposition : la règle générale est syllabe ouverte → voyelle fermée, syllabe fermée voyelle ouverte. Les rares exceptions sont dues à l’attraction vocalique qui joue en syllabe ouverte. II y a une tendance à ce que le dira son, qui devrait être [e], puisse être harmonisé à un [ɛ] final : on dira [ete] (il a été), mais on peut dire aussi bien [ɛtɛ] que [etɛ] (était).

b) [ø] et [œ]

Les oppositons, rares, ne se rencontrent que dans des monosyllabes fermés : veûle/veulent, jeûne/jeune, cas différenciés par la morphosyntaxe. Tous les autres cas répondent la règle générale vue pour [e] et [ɛ], sauf les syllabes accentuées fermées en [-z] (menteuse, gazeuse, chanteuse), cas très fréquent du féminin d’adjectifs et de noms, et quelques mots isolés (neutre, meute, Maubeuge…).

En syllabe inaccentuée, la règle est généralement respectée, mais il y a une certaine liberté pour les dérivés, qui peuvent ou non conserver le timbre du terme simple (peureux : [pøʁø] ou [pœʁø], peupler : [pøple] ou [pœple]).

c) [o] et [ɔ]

Cette opposition se rapproche de ø/oe : la seule position d’opposition est celle de monosyllabes fermés, en nombre assez important quoiqu’il ne s’agisse que d’oppositions lexicales (Beauce/bosse, saule/ sol, Aude/ode, nôtre/notre…), avec les exceptions de la finale en [-z], où la voyelle est toujours [o] (cause, rose, pause…), et des finales en [-ʁ], [-ɲ] et [-g] où la voyelle est toujours [ɔ] (or, port, sort aussi bien que saur, vogue ou rogne), ce qui leur fait retrouver le cas général. Pour tous les autres cas, la règle générale est respectée.

Cependant, en syllabe inaccentuée, les dérivés conservent généralement la nature de la voyelle du mot simple, ce qui aboutit à la possibilité d’opposition : [bɔte]/[bote], où le premier, botté, provient de botte, et le second, beauté, provient de beau. C’est donc ici la morphologie qui l’emporte sur la règle phonétique.

6. Les voyelles nasales

Il existe en français quatre voyelles nasales : [ɛ̃], [œ̃], [ɔ̃] et [ɑ̃], qui correspondent à la graphie voyelle orale + n ou m. La transcription que I’A.P.I. donne de ces voyelles est légèrement déplacée : [ɛ̃] est en fait plus ouvert que [ɛ], [œ̃] plus ouvert que [œ], et [ɑ̃] plus à l’arrière que [ɑ]. Si [ɛ̃], [ɑ̃] et [ɔ̃] sont des voyelles assez fréquentes, permettant de différencier de nombreux mots, [œ̃] est en voie de disparition sur le territoire français, au profit de [ɛ̃]. En effet, l’opposition entre /œ̃/ et /ɛ̃/ ne distingue que fort peu de mots (brin/brun, empreint/emprunt, distingués par ailleurs par la morphosyntaxe). De plus, il n’y a pas, comme pour les autres voyelles nasales, de couple [œ̃]/[œn] permettant d’opposer masculin et féminin (comme [ɛ̃]/[ɛn] dans chien/ chienne, [ɑ̃]/[an] dans paysan/paysanne, [ɔ̃]/[ɔn] dans bon/bonne), correspondances qui favorisent le maintien de la voyelle nasale. Les rares correspondances existantes, entre [œ̃] et [yn], s’appuient sur la graphie, non sur la prononciation (par exemple : chacun/chacune).

7. Le [e] muet

Phonétiquement, c’est la seule voyelle centrale du français, mais phonologiquement on peut douter qu’il s’agisse là d’un phonème. On ne le trouve qu’en syllabe ouverte.

Les dénominations de « muet », « caduc », « instable » ou « féminin » font référence à sa particularité d’être susceptible de disparaître, selon des règles que, pour la conversation courante, on peut représenter dans le tableau IV, qui donne les conditions de sa réalisation :

TABLEAU IV
 Prononciation
facultative
Prononciation
réalisée
Prononciation
non réalisée
initialeaprès une seule
consonne :
je veux
ne viens pas
● après deux consonnes :
prenez
● dans le pronom interrogatif que :
que voulez-vous ?

● dans les cas d’oppositions :
dehors/dors
le hêtre/l’être
jamais
intérieur
de mot et
intérieur
de groupe
rythmique
dépend du styleaprès deux consonnes
prononcées :
il me dit [ilmədi]
justement [ʒystəmɑ̃]
une petite [ynpətit]
après une seule
consonne
prononcée :
samedi [samdi]
la petite [laptit]
finalejamaisdans les mots ce,
le
et parce que accentués :
prends-le
sur ce
toujours :
il aime [ilɛm]
robe rouge [ʁɔbʁuʒ]

Quand plusieurs [ə] se suivent, les règles qui s’appliquent sont les suivantes : 1) en début de groupe rythmique, on prononce généralement le premier, et on supprime le second : je le sais ([ʒəlsɛ], qui peut aussi se prononcer [ʒləsɛ]); 2) certains groupes figés se prononcent toujours de la même façon : parce que [paʁskə], je ne [ʒən], je te [ʃtə], ce que [skə]…; 3) à l’intérieur d’un groupe rythmique, la règle qui s’applique est celle du tableau IV, en fonction du nombre de consonnes qui précèdent le [ə].

Classiquement, la possibilité de chute du [ə] était soumise à la « règle des trois consonnes », tendant à éviter l’apparition de trois consonnes successives, forme évitée dans le schéma canonique du français (voir en haut). Cependant, cette règle, qui se maintient à l’intérieur d’un mot ([ɑ̃baʁkəmɑ̃]), [bʁyskəmɑ̃]), joue de moins en moins à la frontière des mots ([ynpɔʁtfɛʁme]), sauf quand interviennent des causes rythmiques, comme l’accentuation secondaire (voir PROSODIE). Celle-ci peut faire réapparaître un [ə] muet final dans un groupe de mots ou un mot composé dont le dernier élément est monosyllabique (garde-fou se prononce toujours [gaʁdəfu], alors qu’on peut dire [gaʁdbaʁjɛʁ]).

Par ailleurs, un [ə] muet « parasite » peut apparaître à des frontières de mots, pour éviter un groupe de plus de deux consonnes : souvent pour éviter un groupe de trois ([aʁkəbutɑ̃]) et très souvent pour éviter un groupe de quatre ([uʁsəblɑ̃]).

Pour décider du caractère phonologique ou non du [ə] muet, on cherche à le faire entrer dans des paires minimales : [dəvɑ̃] semble s’opposer à [divɑ̃] et à [ləvɑ̃], cependant, quand il est prononcé [dvɑ̃] dans [ladvɑ̃], c’est bien du même mot qu’il s’agit. Le [ə] muet ne joue donc un rôle phonologique que lorsqu’il s’oppose à l’absence de phonème : [dəɔʁ]/[dɔʁ] ; [ləɛtʁ]/[lɛtʁ] ; [ləo]/[lo]. D’un strict point de vue phonologique, il ne faut le considérer comme phonème que dans ces cas, très rares.

8. Les semi-voyelles

On les range ici de manière à les comparer aux voyelles qui leur correspondent ; mais il y aurait autant de raisons (sinon plus) pour les ranger parmi les consonnes, étant donné leur rôle dans la syllabation. Le français connaît trois semi-voyelles : [j] (qui correspond à [i]), [w] (qui correspond à [u]), et [ɥ] (qui correspond à [y]). Si les trois semi-voyelles sont comparables du point de vue de la distribution (rares à l’initiale et peu fréquentes à la finale), leurs rôles phonologiques ne sont pas semblables.

[j], désormais /j/, entre en opposition avec la voyelle /i/ dans des finales de mots, rares, mais qui suffisent à lui donner son caractère distinctif : [abei] (abbaye)/ [abɛj] (abeille); [pei] (pays)/ [pɛj] (paye), dans lesquels la différence de syllabation suffit à expliquer la différence des voyelles [e]/[ɛ], /i/ étant une voyelle et créant une syllabe supplémentaire, et /j/ jouant le rôle d’une consonne en ce qu’elle ferme la syllabe. Opposition aussi dans lai/ (haï) / /aj/ (ail), sans problème de voyelle.

[ɥ] ne présente aucun cas d’opposition avec la voyelle [y] : ces deux sons sont donc en distribution strictement complémentaire. [y] et [ɥ] sont des variantes d’un seul phonème, voyelle ou consonne, selon la position dans la chaîne. Aussi un mot comme [nɥi] peut-il être prononcé [nyi]. (Voir DIÉRÈSE.)

Le cas de [w] est un peu différent : on peut en effet relever l’existence d’oppositions, bien que la distinction soit de plus en plus rarement faite : [lwa] (loi)/ [lua] (louɑ), [ʁwa] (roi)/ [ʁua] (rouɑ), [tʁwa] (trois)/ [tʁua] (trouɑ). Étant donné les statuts morphosyntaxiques respectifs, il n’y a guère d’inconvénient à la confusion. La seule paire où la différence se maintienne effectivement est la troisième : troua est fréquemment prononcé [tʁuwa], en parallèle avec la prononciation [ij] de /j/ dans [plije].

F. Remarques sur le système français : les consonnes

1. Tableau des consonnes

Le tableau V représente les relations entre les consonnes du français, d’un point de vue qui tient compte des oppositions pertinentes :

TABLEAU V

Marginaux hors système : 1 et r (s’opposant aux autres consonnes globalement, et non par un seul trait).

Les modes d’articulation ne figurent pas dans ce tableau, dans la mesure où, selon le point de vue adopté, les points d’articulation suffisent à opposer tous les phonèmes.

2. Remarques sur les consonnes

Le système des consonnes est beaucoup moins affecté par la variation que ne l’est le système des voyelles. On peut faire sur ce système quelques remarques générales.

L’opposition sourde/sonore peut s’appliquer à toutes les consonnes françaises. Toutefois, pertinent pour opposer les deux séries p, f, t, s, ʃ, k d’une part, et b, v, d, z, ʒ, g de l’autre, le trait [+ sonore] n’est pas distinctif pour les nasales m, n, ɲ et ŋ, ni pour 1 et r, qui ne s’opposent pas à des sourdes de même point d’articulation.

Les consonnes sont fortes ou douces, ceci du fait de leur nature propre (les sourdes sont plus fortes que les sonores, et les occlusives sont plus fortes que les constrictives), et du fait de leur position dans la chaîne (une consonne à l’attaque de syllabe est plus forte qu’en finale).

Toutes les consonnes sont susceptibles d’apparaître dans toutes les positions (initiale, intérieure et finale). Les seuls groupes fréquents à l’initiale sont C + l et C + r. Au h graphique ne correspond pas de phonème : ce qu’on appelle « h aspiré » a pour seul rôle d’empêcher la liaison. On lui reconnaîtra néanmoins une réalisation expressive dans un mot comme halte.

En règle générale, les consonnes graphiques initiales se prononcent toujours, même dans les groupes (pneu, psychologie), sauf en français populaire qui peut parfois les simplifier ; les consonnes graphiques intérieures se prononcent presque toujours, avec quelques exceptions (aptitude, [aptityd], mais compter, [kɔ̃te]); les consonnes graphiques finales se prononcent rarement (elles ne se prononcent pas dans chantes, chantent, forêt, mais se prononcent dans cap, bob), sauf -l et -r qui se prononcent presque toujours, si l’on excepte les infinitifs en -er, ainsi que -c et -f qui se prononcent fréquemment (sac, nef, piaf…). À quoi il faut ajouter le phénomène de liaison, qui fait apparaître une consonne sous-jacente. Un certain nombre d’autres cas constituent des points de variation sociolinguistique, surtout en fonction de l’âge du locuteur : par exemple pour cinq, on constate que le [k] se prononce toujours à la finale et devant voyelle (j’en veux cinq), mais est facultatif devant consonne : cinq femmes ([sɛ̃fam] ou [sɛ̃kfam]), cinq cents ([sɛ̃sɑ̃] ou [sɛ̃ksɑ̃]). Ce phénomène s’inscrit dans une tendance générale (qui semble s’accentuer chez les jeunes) à la distinction des homophones brefs, qui favorise par exemple la prononciation [fʁɛt] de fret, ainsi opposé à frais.

Un cas particulier est constitué par les deux mots tous et plus, pour lesquels le -s final tantôt se prononce, tantôt ne se prononce pas, selon des règles obéissant à des principes à la fois phonétiques et syntaxiques. pour tous, voir INDÉFINIS. Quant à plus, ses variations apparaissent dans le tableau VI :

TABLEAU VI
 PLUS négatifPLUS positif
en finale[s] jamais prononcé
il n’en veut plus
[s] facultatif
un peu plus
[ply] ou [plys]
le mot suivant
commence par
une consonne
[s] jamais prononcé
plus du tout
[s] jamais prononcé
plus beau
le mot suivant
commence par une
voyelle ou un
h muet
selon le registre,
[z] prononcé ou non
il n’en a plus assez
[plyzase] ou [plyase]  
[z] prononcé
plus intéressant
[plyzëtegesû]

Enfin, dans la prononciation des groupes consonne + r ou consonne + l à la finale ou devant consonne, il arrive (avec des variations sociolinguistiques), dans une prononciation familière ou rapide, que le [r] ou le [l] tombe : j’en prends quatre ([ʒɑ̃pʁɑ̃kat]); ouvre la porte ([uvlapɔʁt]), sinon [uvʁəlapɔʁt] , où le [ə] permet d’éviter le groupe de trois consonnes.

Lire aussi :  Corpus

Tous les sons du système consonantique se maintiennent fort bien en français. Il n’y a pas, comme pour les voyelles, remaniement en cours. Un seul cas de disparition possible est à signaler : /ɲ/, phonème assez rare, limité dans ses positions (il n’apparaît à l’initiale qua dans des termes argotiques comme gnon, gnasse) est en train de se transformer pour beaucoup de locuteurs en [n + j] : [ɔɲɔ̃] est de plus en plus prononcé [ɔnjɔ̃], prononciation plus antérieure.

Par ailleurs, une nasale vélaire [ŋ] est en train de s’implanter dans le système français, à la finale des mots empruntés à l’anglais ([paʁkiŋ], [kɑ̃piŋ]). Elle acquiert statut de phonème, car elle entre dans des oppositions : [ʁim]/[ʁiŋ], et cela d’autant plus naturellement qu’elle trouve place dans le système. (Voir EMPRUNT.)

3. Les géminées

II s’agit d’une succession de deux consonnes semblables, qui fait généralement l’économie des phases intermédiaires de fin de prononciation de la première et de mise en place de la seconde.

Les géminées ont valeur distinctive dans deux cas :

— pour certains verbes, elles permettent de distinguer l’imparfait du conditionnel ([kuʁɛ]/[kuʁʁɛ], [espeʁɛ]/[espeʁʁɛ], ou le passé simple du futur : [ekleʁa]/[ekleʁʁa]).
— dans un certain nombre d’autres formes, comme [iladil/[illadi], [tymɑ̃]/[tymmɑ̃], [tytʁuv]/[tyttʁuv], [ladɑ̃]/[laddɑ̃] (respectivement : il a dit/il l’a dit; tu mens/tu me mens; tu trouves/tu te trouves; la dent/là-dedans). Même s’il n’y a pas opposition, la conservation des deux consonnes peut être importante pour la compréhension ([vɛ̃ttʁwa], [nɛtte] (vingt-trois, netteté).

On remarquera que, très souvent, c’est à la suite de la chute d’un [ə] qu’une géminée apparaît, évitant ainsi une homophonie.

La plupart des géminées n’ont pas valeur phonologique : à [villa] ne s’oppose aucun [vila], et si un locuteur prononce de cette manière, on ne peut que comprendre villa. Elles sont plus importantes au contact de deux morphèmes (un préfixe et un radical), car la prononciation en géminée permet alors de conserver la marque morphologique du préfixe ([immɔʁal], [illegal], [iʁʁɛspɔ̃sabl]). Dans les autres cas, leur conservation, très répandue, passe pour une affectation ([bɛllikø], [allɔkasjɔ̃]…).

En langue familière, on voit apparaître une gémination injustifiée sur je l’ai vu, prononcé [ʒəllevy], marque d’un souci de souligner le pronom, qui peut distinguer [ʒlapʁɑ̃] (je la prends) de [ʒəllapKɑ̃] (je l’apprends). Cet usage se rapproche du rôle expressif de la gémination (voir PROSODIE).

G. Phonétique combinatoire

Dans les deux parties précédentes, on a considéré les sons comme des unités isolées. Or, la chaîne parlée se présente comme un continuum à l’intérieur duquel les sons agissent les uns sur les autres.

1. Les facilités de prononciation

Elles résultent à la fois d’un principe strictement physiologique (le manque de coordination des mouvements articulatoires), et d’un principe plus général, que le linguiste français Martinet a appelé « économie » l’antinomie entre les besoins communicatifs de l’homme et sa tendance à réduire au maximum l’effort mental et physique. Ainsi, par exemple, dans [nɛtte], la gémination du [t] se fait au prix d’une prononciation incomplète du premier [t] (qui ne comporte pas d’explosion finale); dans [tɛtdəvo], (tête de veau) le point d’articulation étant le même entre [t] et [d], les organes gardent la même position, et les cordes vocales commencent à vibrer dès le milieu du [t] ; dans une maison, la suite des nasales [n] et [m] permet au passage par le nez de rester ouvert pendant tout le temps de la prononciation ; dans grande nation la pointe de la langue ne bouge pas entre le [d] et le [n], où on se contente d’abaisser le voile du palais. Chaque fois que la proximité des sons contigus le rend possible, on se dispense d’un travail consistant à faire deux fois de suite un même mouvement.

2. Les caractères secondaires des consonnes

Presque toutes les consonnes tendent à modifier légèrement (ou quelquefois beaucoup) leur lieu d’articulation en fonction des voyelles qui les suivent. Ainsi, on a déjà signalé que [k] et [g] avaient un point d’articulation différent selon qu’ils étaient suivis de [i] ou de [u]. La langue et les lèvres prennent, dès le moment de la prononciation de la consonne, la position nécessaire pour la prononciation de la voyelle. Il y a en fait autant de prononciations possibles pour une consonne qu’il y a de voyelles susceptibles de la suivre : ces variantes sont complètement inconscientes pour le locuteur qui ne peut que difficilement les distinguer. Les consonnes peuvent donc être légèrement palatalisées, vélarisées, labialisées, ou labio-vélarisées.

Une autre particularité du français, destinée à faciliter la prononciation, et qui s’accentue encore au registre familier, est la chute de certaines consonnes dans les groupes lourds (par exemple : quelque chose, prononcé [kekʃoz] avec chute du [l] ; ou bien chute du [ʁ] et du[l] en finale après consonne).

Historiquement, les facilités de prononciation ont joué un rôle important dans l’évolution des formes : c’est ainsi qu’on peut expliquer la présence d’un d dans je viendrai, produit de la dénasalisation anticipée du [n] devant le [ʁ].

3. L’assimilation

Il arrive que les modifications qu’on vient d’évoquer changent de façon plus radicale les caractères d’un son : c’est l’assimilation, qui se produit à la rencontre de deux consonnes, soit naturellement quand elles sont contiguës, soit à la suite de la chute d’un [ə] muet. Ainsi, dans vingt-deux, la position du [t] est implosive, et celle du [d] explosive : il y a assimilation, et le [t] se sonorise, en partie ou totalement : [vɛ̃ddø].

Étant donné les caractères généraux du phonétisme français, l’assimilation y est la plupart du temps régressive (ou anticipatrice) : c’est la nature du deuxième son qui modifie les caractères du premier. Elle peut porter sur le mode ou sur le point d’articulation : ainsi, on entendra une heure et demie prononcé rapidement [ynœʁenmi], où le [d] devient [n] en étant assimilé par le [m] qui le suit et le nasalise.

Elle peut aussi porter sur l’opposition de voisement, et c’est le cas le plus fréquent en français. Quand il y a rencontre entre une consonne sourde et une sonore, la première est assimilée à la seconde quant à la sonorité : [metsɛ̃], [apsɑ̃], [anɛgdɔt]. La même chose se produit au contact de deux mots dans un groupe : [bɛgdəgɑz], [kubdəʃɑ̃paɲ] pour bec de gaz et coupe de champagne. La première consonne change de sonorité sous l’influence de la seconde (bien qu’elle conserve son caractère de forte ou de douce), et on peut dire qu’il y a, pour la première, neutralisation du trait [± sonore]. On peut aussi noter phonétiquement ce phénomène à l’aide d’un signe diacritique : un º souscrit sous une sonore, et un v souscrit sous une sourde permettent de noter que le caractère de sourde ou de sonore ainsi obtenu n’est pas propre au son. On transcrira : [medºsɛ̃],

Le rare cas d’assimilation progressive s’appliquant à la rencontre d’une sourde et d’une sonore est constitué par la suite [ʃ + v] à l’initiale : au lieu du [ʒv] qu’on attendrait (d’ailleurs prononcé par certains locuteurs), la forme la plus fréquente est [ʃ f] (par exemple, [ʃfal] et [ʃfø]). Le français canadien fait cependant ici une assimilation régressive, et cheval est prononcé [ʒval], qui a donné naissance à la prononciation [ʒwal] de joual, terme caractérisant le dialecte de Montréal.

Dans les finales comportant une consonne sourde suivie d’une consonne dont la sonorité n’est pas phonologique, l’assimilation peut au choix (et selon le registre) être régressive ([kɔmynizm]) ou progressive ([kɔmynismº], avec apparition d’un [mº] assourdi, phonologiquement inconnu du français, et donc inaudible pour le locuteur). Ce phénomène touche ainsi /m/, /n/, /l/ et /r/ (les autres sonores sont phonologiques, /ɲ/ et /j/ n’apparaissant pas dans une telle position).

L’assimilation peut donner naissance à des ambiguïtés, éventuellement sources de plaisanteries : [aʃte] est aussi bien acheter que à jeter. Elle peut porter sur d’autres traits articulatoires, comme l’avancée de la langue, l’aperture, la labialité ou la nasalité : [gʁɑ̃nvil], (grande ville), [mɛ̃m] (même), [ʃkʁºwa] (je crois). On parle d’assimilation réciproque quand l’influence joue dans les deux sens : ainsi dans [kɥi], le [ɥ] s’assourdit partiellement, et le [k] se labialise partiellement.

L’assimilation existe également pour les voyelles. Mais elle a lieu à distance, et non en fonction du voisinage immédiat : on parle alors de dilation ; la dilation a lieu à l’intérieur du groupe accentuel. C’est par exemple le phénomène qui explique la différence de prononciation entre [e] et [ɛ] dans [ilɛmɛ] et [ilaeme]. Constituant une règle dans certaines langues (par exemple le turc), l’assimilation (ou harmonisation) vocalique n’est aucunement obligatoire en français : elle peut dès lors constituer un critère permettant d’opposer les registres, et elle est sentie comme un relâchement.

Les lapsus sont souvent linguistiquement analysables en termes d’assimilation et de dilation : par exemple [ʒyʃkə] pour jusque, où le [sl se transforme en [ʃ] sous l’influence du [ʒ] initial.

En opposition à l’assimilation qui tend à réduire les différences, la dissimilation agit en sens inverse sous l’effet de l’exigence de compréhension. C’est essentiellement en phonétique historique que cette tendance joue un rôle.

H. Phonologie d’un idiolecte ou d’un usage de convergence

Au sein d’une communauté, les pratiques linguistiques sont diverses. Si l’analyse d’un idiolecte unique peut se faire en termes de caractères distinctifs ou non (ce qui signifie qu’un sujet donné traite ou ne traite pas une unité donnée comme un phonème), par contre au niveau de la communauté entière existe ce qu’on peut appeler un « usage de convergence » : alors que le système de production peut être très divergent, il peut y avoir d’une part des zones communes, d’autre part un système de compréhension qui les dépasse très largement.

Certaines oppositions, examinées dans l’étude des consonnes et des voyelles, ne sont pas distinctives dans la totalité des pratiques : [ɛ̃]/[œ̃], [a]/[ɑ], [e]/[ɛ], [o]/[ɔ], [ø]/[œ], [ø]/[ə], [n + j]/[ɲ], [ɑ̃]/[ɑ] (quand année est prononcé [ɑ̃ne]). Certains usages font une opposition de longueur sur les voyelles fermées, certains remplacent les voyelles nasales par le groupe voyelle orale correspondante + consonne nasale. À quoi il faudrait ajouter de nombreuses variations locales.

Par contre, certaines zones phonétiques échappent toujours à la divergence : l’opposition sourde/sonore semble appartenir à tous les usages, tous les systèmes comportent au moins sept phonèmes vocaliques, et /m/, /n/ et /j/ sont toujours réalisés de la même façon. Il y a donc au moins 22 phonèmes communs, base d’invariants d’une convergence réelle.

Si les différences affectent le nombre des phonèmes, elles touchent aussi leur réalisation phonique : c’est ce qu’on appelle la variation libre, dont l’exemple-type en français est la réalisation du /r/, apical roulé dans certaines régions, et uvulaire à Paris. Ces variantes, qui ne sont pas à la disposition d’un même individu (mais dont tout locuteur a une connaissance au moins passive) donnent lieu à jugement social : dès lors qu’il y a différence dans les pratiques, il y a jugement et système de valeur. L’une des formes est valorisée (ici, le [ʁ] parisien), les autres sont stigmatisées.

À côté de la stratification sociale existe la stratification stylistique, qui dépend des circonstances de la communication (voir SOCIOLINGUISTIQUE et REGISTRES). Par exemple, un Méridional qui prononce beaucoup de [ə] muets peut, en parlant avec un Parisien, en diminuer l’usage, et de son côté le Parisien peut rétablir une partie des consonnes qu’il a tendance à ne pas prononcer.

I. Autres problèmes liés à la phonétique

1. La phonétique diachronique

À l’heure actuelle, où la distinction entre synchronie et diachronie est fermement établie, la phonétique diachronique est devenue une discipline qui réfléchit sur les modalités et les raisons du changement dans les langues.

La notion de système phonologique a permis de fournir un cadre explicatif aux changements phonétiques, en affirmant la primauté du système. L’équilibre entre le maintien et l’instabilité est soumis à la double influence des pressions structurales internes (tendance à la différenciation maximale, à l’équidistance des phonèmes…) et des pressions externes (asymétrie des organes de la parole, besoins communicatifs). Parmi les faits externes, il faut ranger la dynamique des faits sociaux : on pourra distinguer les pressions d’en haut (processus de correction explicite, norme), et les pressions d’en bas (opérant sur la totalité du système, concernant à la fois les pressions structurales et l’inégalité des pratiques) : le changement est donc à comprendre comme interaction de facteurs objectifs et subjectifs.

En confirmation du système établi synchroniquement, on constate le caractère plus stable des faits centraux (pertinence maximale, meilleure intégration structurale, rendement fonctionnel élevé), et le caractère plus fragile des faits marginaux.

La comparaison de langues apparentées a permis d’établir des lois phonétiques sur l’évolution des langues : ainsi, par exemple, la comparaison des langues anciennes (grec, latin, sanskrit) a permis de restituer leur ancêtre commun non attesté, l’indo-européen.

2. Les rapports entre phonétique et syntaxe

La phonétique doit aussi s’interroger sur le rapport entre faits phoniques et autres niveaux de l’analyse linguistique, sur leur degré d’autonomie. La plupart des systèmes placent la phonétique au début de la construction grammaticale, pour ne plus y revenir. La grammaire générative, en plaçant le composant phonologique en fin de grammaire, a attiré l’attention sur le caractère tardif de l’interprétation phonétique. Dans une phrase comme les poules du couvent couvent, seule la connaissance de la structure syntaxique permet de décider de la bonne association graphème/son : c’est le fait que le premier couvent soit un nom qui invitera à le prononcer [kuvɑ̃], et le fait que le second soit un verbe qui le fera prononcer [kuv].

3. Les sous-disciplines liées à la phonétique

Liées à la phonétique, existent aussi l’orthoépie, discipline normative donnant les règles d’une prononciation correcte, qui a surtout lieu d’exister étant donnée l’incohérence de l’orthographe française ; l’orthophonie, discipline correctrice des troubles dans l’apprentissage et la rééducation de la parole, trouvant aussi un vaste champ dans l’enseignement des langues étrangères ; la phonostylistique, discipline qui réfléchit, au-delà de l’arbitraire du signe, et aussi bien au plan phonétique qu’au plan prosodique, sur les effets d’évocation et d’expression de tout ce qui n’est pas imposé par le système, et sur l’identification ainsi rendue possible du locuteur.

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