Mariage oriental

27 septembre 1832, tour de Fakardin.

Introduits dans les jardins de la maison d’Habib, on a fait entrer les femmes dans l’intérieur des divans 1 pour faire leurs compliments à la jeune fille, admirer sa parure et voir les cérémonies. Pour nous, on nous a laissés dans la cour, ou fait entrer dans un divan inférieur. Là, une table était dressée à l’européenne, chargée d’une multitude de fruits conflits, de gâteaux au miel et au sucre, de liqueurs et sorbets 2 ; et pendant toute la soirée on a renouvelé cette collation 3 à mesure que les nombreux visiteurs l’avaient épuisée. J’ai réussi à m’introduire, par exception, jusque dans le divan des femmes, au moment où l’archevêque grec donnait la bénédiction nuptiale 4. La jeune fille était debout à côté de son fiancé, couverte, de la tête aux pieds, d’un voile de gaze 5 rouge brodé en or. Une moment le prêtre a écarté le voile, et le jeune homme a pu entrevoir pour la première fois celle à qui il unissait sa vie : elle était admirablement belle. […] Son mari eut à peine le temps de la regarder. […] L’évêque prit des mains d’un de ses prêtres une couronne de fleurs naturelles, la posa sur la tête de la jeune fille, la reprit, la plaça sur les cheveux du jeune homme, la reprit encore pour la remettre sur le voile de l’épouse, et la passa ainsi plusieurs fois d’une tête à l’autre. Puis on leur passa également tour à tour des anneaux aux doigts l’un de l’autre. Ils rompirent ensuite le même morceau de pain, ils burent le vin consacré dans la même coupe. Après quoi on emmena la jeune mariée dans des appartement où les femmes seules purent la suivre, pour changer encore sa toilette. Le père et les amis du mari l’emmenèrent de leur côté dans le jardin, où on le fit asseoir au pied d’un arbre entouré de tous les hommes de sa famille. Les musiciens et les danseurs arrivèrent alors, et continuèrent jusqu’au coucher du soleil leurs symphonies barbares 6, leurs cris aigus et leurs contorsions 7 auprès du jeune homme, qui s’était endormi au pied de l’arbre, et que ses amis réveillaient en vain à chaque instant.

Quand la nuit fut venue, on le conduisit seul et processionnellement jusqu’à la maison de son père. Ce n’est qu’après huit jours que l’on permet au nouvel époux de venir prendre sa femme et de la conduire chez lui.

Alphonse de LAMARTINE, Voyage en Orient.

1. des salles de réception garnies de coussins le long des murs.
2. des boissons glacées à base de sucre et de jus de fruits battus avec du lait et des œufs.
3. un repas léger.
4. c’est la cérémonie de mariage au cours de laquelle le prêtre bénit les époux.
5. étoffe légère et transparente.
6. qui choquent celui qui les écoute, contraires à ses habitudes.
7. mouvements acrobatiques qui donnent au corps une posture étrange.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. Indiquez le jour, le mois, l’année et le lieu où s’est passé le mariage.

2. Où sont placées ces informations ?

3. Dans quel type de texte trouve-t-on de telles informations ?

2. AU CŒUR DU TEXTE

1. a. Délimitez les parties du texte où les principaux temps employés sont respectivement le passé composé et le passé simple.
b. Expliquez l’emploi de ces deux temps.

2. a. Qui observe la cérémonie du mariage ?
b. Quels gestes l’évêque et les mariés accomplissent-ils pendant la cérémonie ? Sur quoi ces gestes renseignent-ils ?

3. À partir des indicateurs de lieu, reconstituez les déplacements du narrateur.

4. a. Relevez les indicateurs de temps (les mots et les expressions)
b. À quoi servent-ils dans le récit ?

5. Quels mots montrent que le narrateur porte un jugement sur ce qu’il évoque ? Justifiez votre réponse.

3. PARTIE D’ÉCRITURE

Le narrateur évoque les gestes de l’évêque durant la cérémonie du mariage.

L’évêque prit des mains d’un de ses prêtres une couronne de fleurs naturelles, la posa sur la tête de la jeune fille, la reprit, la plaça sur les cheveux du jeune homme, la reprit encore pour la remettre sur le voile de l’épouse, et la passa ainsi plusieurs fois d’une tête à l’autre.

À votre tour, rapportez, à la manière de Lamartine, d’autres gestes que vous avez observés au cours d’une cérémonie de mariage. Ne dépassez pas cinq lignes.

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