À l’âge de sept ans, Nassim perd ses parents, ses frères et ses sœurs. Il est alors placé dans un orphelinat.

L’orphelinat. Une immense cage 1 au plus creux d’un vallon […]. Rien, absolument rien n’y ressemblait à chez nous, pas même la propreté, aussi inodore et raide qu’un mur blanchi à la chaux.

Les premiers soirs je reniflais les draps, à la recherche d’une senteur familière. Ah ! comme je l’aurais aspiré, ce bleu parfum de lavande, empreint de soleil et de bourdonnement d’abeilles. Avec ma mère et mes sœurs, nous en cueillions des brassées que nous égrenions comme épis de blé, sur des plateaux d’osier. Maman renouvelait alors le contenu des sachets qu’elle nichait dans les armoires, et c’est ainsi que nous humions 2 l’été en plein cœur de l’hiver.

On m’octroya 3 une place au dortoir, une place au réfectoire, une place en classe, une place à l’étude, une place à la chapelle.

Je m’octroyai une place dans un coin de la cour récréation, sur un banc de pierre, toujours le même.

On me donna de nouveaux habits. Je portai un pantalon et une chemisette que maman n’avait ni choisis, ni lavés, ni repassés. Il ne me restait plus rien de chez nous. Ainsi fut accomplie la rupture définitive avec les miens.

Je revoyais ma mère devant sa corbeille de linge à repriser 4. Elle examinait une chaussette et s’écriait :

« Allah, que mes petits sont experts en gros trous, inchallah que tout enfant soit gardé à ses parents ! »

Elle passait et repassait son aiguille en une reprise parfaite et puis … comment pourrais-je jamais l’oublier … elle déposait un baiser sur la chaussette réparée, avant de la ranger.

C’était cela, ma mère : un jaillissement de bonheur pour tout son entourage. Elle ne nous habillait pas seulement de vêtement. Elle nous habillait de son regard, de la douceur de sa voix et de ses gestes, des baisers qu’elle nichait dans ses corbeilles comme la lavande dans ses armoires.

Mansour LABAKY, L’Enfant du Liban, Éditions du Jubilé.

1 Une prison.
2 Nous soutions le parfum.
3 On m’accorda.
4 Réparer à l’aiguille une étoffe trouée.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. a. Quel est le nom de l’auteur ?
b. Quelle peut être sa nationalité ?

2. a. Quel est le titre de l’œuvre ?
b. Présenter les informations fournies par le titre.

3. a. Qu’est-ce qu’un souvenir ?
b. Comment et pourquoi les souvenirs viennent-ils à l’esprit d’une personne ?

2. AU CŒUR DU TEXTE

1. Le narrateur est-il intérieur ou extérieur au récit ? Justifiez votre réponse.

2. a. Quels sont les principaux temps verbaux utilisés ?
b. Précisez, à partir d’un exemple, la ou les valeur(s) de chacun de ces temps.

3. a. Indiquez les deux endroits dont se souvient le narrateur.
b. Comment le narrateur passe-t-il d’un endroit à un autre ?

4. Lequel de ces endroits ne plaît pas au narrateur ? Pourquoi ?

5. a. Relevez le champ lexical de l’affection.
b. À quel personnage se rattache-t-il ?
c. Expliquez le lien qui existe entre ce personnage et le narrateur.

3. PARTIE D’ÉCRITURE

Le parfum de la lavande ramène le narrateur à son enfance auprès de sa mère et de ses sœurs.

 » Ah ! comme je l’aurais aspiré, ce bleu parfum de lavande, empreint de soleil et de bourdonnement d’abeilles. Avec ma mère et mes sœurs, nous en cueillions des brassées que nous égrenions comme épis de blé, sur des plateaux d’osier. « 

En vous inspirant de ce texte, racontez à vos camarades de classe, en cinq lignes environ, ce que vous faisiez enfant, pour gagner l’affection de votre maman.

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