La tape

Nous avions fini de jouer aux « mots enchaînés » quand soudain j’ai eu une idée. D’un signe du menton, j’ai dit au revoir à Grandes Oreilles 1 et je suis parti en courant. Arrivé en bas de chez moi, j’ai ouvert mon cartable en tremblant d’émotion et j’ai sorti mes trois feutres, des gros feutres que nous offre à Noël Martin, le type de la poissonnerie, et où il y a écrit sur un côté « Joyeux Noël, Poissonnerie Martin ». Ma mère, qui doit toujours râler 2, dit : « Il ferait mieux de nous offrir un kilo de crevettes. »

J’ai enlevé les capuchons des feutres et j’ai commencé à monter les escaliers en passant les pointes sur le mur. […] Je faisais trois traits : un rouge, un bleu et un noir. J’essayais de les faire droits pour que ça ressemble à une rampe. […] Je suis monté jusqu’au troisième étage en continuant ma superbe rampe. Pourquoi suis-je monté jusqu’au troisième ? Parce que j’habite au troisième, comme vous le savez tous.

Ma mère a ouvert la porte et a regardé mes mains, comme elle fait d’habitude quand je rentre. […] Elle les a vues toutes tachées de feutre. Soudain, elle est devenue blanche comme un linge en découvrant ma superbe rampe. Elle a commencé à descendre les escaliers en suivant sa trace et je crois bien qu’elle est arrivée jusqu’au rez-de-chaussée. Le Bêta 3 la suivait en passant son doigt sur les lignes. Puis, je l’ai entendue monter tout doucement. Quand ma mère fait quelque chose tout doucement c’est que la Troisième Guerre mondiale est sur le point d’éclater ; alors lorsqu’elle est arrivée au deuxième étage je me suis mis à pleurer, histoire d’essayer d’éviter qu’on me condamne à mort. Je pleurais doucement quelque part je savais que j’aurais besoin de toutes mes réserves de larmes pour les cinq heures à venir.

Mon intuition 4 avait été bonne. Arrivé au troisième, ma mère m’a donné la tape dans le cou que j’attendais. […]
Quand elle m’a donné cette tape, je me suis dit : « Bof 5, c’est pas si terrible. »
Mais une demi-heure après, j’ai commencé à sentir une brusque chaleur dans la partie en question. Juste pour que tu te fasses une idée : si on m’avait mis un œuf sur la nuque, il aurait frit 6. Cela dit, je préfère mille fois la tape dans le cou que les engueulades 7 à tue-tête 8. Lorsque ma mère trouve une bonne raison de t’engueuler, c’est fini pour toi. Ça peut durer des semaines, des mois, parfois des années.

Elvira LINDO, Manolito, Gallimard Jeunesse.

1. Le surnom de l’ami de Manolito.
2. Exprimer son mécontentement.
3. Le petit frère de Manolito.
4. Faculté de deviner un événement à venir.
5. Mot qui exprime le mépris, l’indifférence.
6. Il aurait cuit.
7. De violents reproches (langage familier).
8. De toute la puissance de la voix.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. Que désigne le titre de l’œuvre ?

2. a. Qu’est-ce qu’une tape ?
b. Pourquoi donne-t-on une tape ?

2. AU CŒUR DU TEXTE

1. a. Identifiez le narrateur. Quels mots du texte le désignent ?
b. Quelles remarques faites-vous sur l’emploi de ces mots ?

2. Précisez le lieu où se passent les événements.

3. Résumez les événements dans l’ordre où ils se produisent.

4. L’enfant mérite-t-il la tape qu’il a reçue ? Pourquoi ?

5. a. Qui est désigné par le pronom « vous » ?
b. Relevez, dans le texte, d’autres emplois du pronom de la deuxième personne.
c. Certains verbes sont conjugués au présent de l’indicatif. Indiquez les valeurs de ces emplois du présent de l’indicatif.
d. Relevez la phrase exprimée en langue parlée.

6. Quel temps est principalement utilisé dans ce texte ? Expliquez cet emploi.

3. PARTIE D’ÉCRITURE

Le narrateur raconte comment, avec ses trois feutres de couleurs différentes, il trace une rampe sur le mur.

J’ai enlevé les capuchons des feutres et j’ai commencé à monter les escaliers en passant les pointes sur le mur. Je faisais trois traits : un rouge, un bleu et un noir. J’essayais de les faire droits pour que ça ressemble à une rampe. Je suis monté jusqu’au troisième étage en continuant ma superbe rampe.

Sur ce modèle, racontez, en six lignes environ, un épisode de votre enfance que n’a pas aimé votre maman.

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