La progression du texte

1. La cohérence du texte

Le 10 janvier, nous entrâmes dans les eaux de la lagune. Une ombre est passée à quelques brasses. Elle était bien telle que je l’avais rêvée, immense, pâle […]. Un instant plus tard, la baleine jaillit à nouveau à la surface de la lagune […]. Elle resta immobile quelques fractions de seconde.

Jean-Marie Gustave Le CLÉZIO, Pawana, illus. Georges LEMOINE, Gallimard Jeunesse. 1999.

1. Chacune des phrases de ce texte est-elle correcte ?
L’ensemble de cette suite de phrases forme-t-il un texte cohérant ?

2. Comment faut-il réorganiser les phrases pour que le texte soit cohérant ? Justifiez vos propositions.

3. Qu’est-ce que, d’après vous, un texte cohérant ?

a. Mise au point

Pour qu’un texte soit cohérant, il faut que ses phrases s’enchaînent logiquement et qu’une progression assure sa continuité.
Ex. Nous regardions les baleines. Elles étaient nombreuses.
Pour comprendre cet enchaînement, il faut distinguer le thème et le propos dans les phrases.

2. Le thème et le propos

Le 10 janvier, vers 6 heures du matin, nous entrâmes dans les eaux de la lagune. Elle était bien telle que je l’avais rêvée […]

1. De quoi parle-t-on dans ces phrases ? Quel est le thème de chacune de ces deux phrases ?
Quelle fonction occupe le pronom « elle » ?

2. Que représente ce mot ?

3. Qu’apprend-on à propos de « elle » ?

a. Mise au point

Le thème de la phrase, c’est ce dont on parle dans la phrase. Il se trouve en tête de phrase. Il est donc souvent le sujet de la phrase.
Le propos, c’est ce qu’on dit à propos du thème. Il donne une information nouvelle sur le thème et fait avancer l’histoire, la description ou l’explication.
Ex. Les baleines (thème) glissaient tranquillement dans la langue (propos).

3. La progression thématique

1. Le 10 janvier, vers six heures du matin, nous entrâmes dans les eaux de la lagune, elle était bien telle que je l’avais rêvée, immense, pâle, rejoignant le ciel par les lignes fuyantes des bancs de sable et des presqu’îles.

2. Les baleines glissaient tranquillement dans la lagune, le long des canaux entre les bancs. Il y avait des femelles qui avaient mis bas, et qui soutenaient leurs petits à la surface pour qu’ils puissent prendre leur première respiration. D’autres, énormes, attendaient, basculées sur le flanc, que le moment d’accoucher arrive. À l’écart, les mâles étaient réunis, comme pour faire le guet […].

3. Un instant plus tard, la baleine jaillit à nouveau à la surface de la lagune, en un bond extraordinaire […]. Elle resta immobile quelques fractions de seconde, puis elle retomba dans une gerbe d’écume, et flotta à la surface, légèrement de travers, et on voyait le sang teinter la lagune.

1. Dans l’extrait 1, quel est le thème, quel est le propos de chacune des phrases ? Le pronom « elle » reprend-il le thème ou le propos ? Que nous apprend le seconde phrase ?

2. Dans l’extrait 2, quel est le thème principal ? Sous quelles formes est-il évoqué par trois fois ?

3. Dans l’extrait 3, pour qui sont mis les deux pronoms « elle » ? Reprennent-ils le thème ou le propos ? Sur qui ces pronoms insistent-ils ?

4. Dans l’extrait 3 peut-on rattacher le dernier énoncé « et on voyait le sang teinter la lagune » au thème ou au propos précédent ? Quel effet cet énoncé produit-il ?

5. En comparant ces divers procédés d’écriture, expliquez de quelles manières on peut faire progresser un texte.

a. Mise au point

Lorsque deux ou plusieurs phrases reprennent le même thème, on parle d’une progression à thème constant. L’accent est alors mis sur un personnage ou un fait.
Ex. Les deux loups roulèrent par terre. Ils continuèrent à se battre
Lorsque le thème d’une phrase reprend le propos de la phrase précédente ou un élément de ce propos, on parle d’une progression linéaire. Cet enchaînement des thèmes et des propos fait progresser le texte en donnant des informations.
Ex. L’enfant marchait avec son grand-père. Le vieil homme lui expliquait
Lorsque le thème principal d’une phrase éclate et qu’il est détaillé dans les phrases suivantes, on parle d’une progression à thèmes dérivés. Ce type de progression permet de donner des informations détaillées.
Ex. Toute sa personne était triste. Ses yeux étaient mélancoliques, ses bras pendaient, inertes
Quand le thème d’une phrase n’est en relation ni avec le thème, ni avec le propos de la phrase précédente, on dit qu’il y a rupture. Ces ruptures font varier le rythme du texte et annoncent des informations nouvelles.
Ex. Les pêcheurs rentraient au port. Ils étaient contents. Soudain, de gros nuages apparurent
La combinaison de toutes ces progressions permet l’écriture d’un texte riche, vivant et clair.

4. EXERCICES

a. La cohérence du texte / Le thème et le propos

1. Recopiez ce texte.

Le bazar de Damas
Damas. Le grand bazar a environ une demi-lieue de long. Les bazars sont de longues rues, couvertes par des charpentes très élevées, et bordées de boutiques, d’échoppes, de magasins, de cafés ; ces boutiques sont étroites et peu profondes, le négociant est assis sur ses talons, devant sa boutique, la pipe à la bouche et le narghilé à côté de lui. Les magasins sont remplis de marchandises de toutes sortes et surtout d’étoffes des Indes qui affluent à Damas par les caravanes de Bagdad. Des barbiers invitent les passants à se faire couper les cheveux. Une foule, aussi nombreuse que celle des galeries du Palais-Royal, circule tout le jour dans le bazar …

Alphonse de LAMARTINE, Voyage en Orient.

a. Soulignez en bleu les thèmes et en rouge les propos.
b. Combien de thèmes différents avez-vous trouvés ? Quel thème revient plusieurs fois ?
c. Quelle impression donne la variété des thèmes de ce texte ?

b. La progression thématique

2. Lisez ce texte puis répondez aux questions.

Une heure avant l’arrivée, Christophe était prêt à descendre : il avait enfoncé son chapeau sur sa tête ; il s’était boutonné jusqu’au cou par crainte des voleurs, dont on lui avait dit que Paris était plein, il s’était levé et rassis vingt fois ; il avait vingt fois déplacé sa valise du filet, pour l’agacement de ses voisins, qu’avec sa maladresse il heurtait, à chaque fois.
Au moment d’entrer en gare, le train s’arrêta en pleine nuit. Christophe s’écrasait la figure contre les vitres, et tâchait vainement de voir. Il se retournait vers ses compagnons de voyage, quêtant un regard qui lui permît d’engager, la conversation, de demander où l’on était. Mais ils sommeillaient, de demander où l’on était. Mais ils sommeillaient, ou ils faisaient semblant, l’air renfrogné et ennuyé […].

Romain ROLLAND, Jean-Christophe, Albin Michel.

a. Comment se fait l’enchaînement des phrases du premier paragraphe ?
b. Peut-on rattacher la première phrase du second paragraphe aux deux phrases précédentes ? Que provoque cette phrase dans le texte ?
c. Comment se fait l’enchaînement de la dernière phrase ?
d. Quels types de progressions trouvez-vous dans ce texte ?
e. Quel est le thème qui revient le plus souvent ? Pourquoi ?

3. Lisez ce texte puis répondez aux questions.

Une femme vêtue de noir parut sur la porte de la salle commune, en haut des trois marches usées. […] Elle vit, adossé au vieux mûrier, au tournant du chemin, un vagabond vêtu d’un pantalon en loques. Son torse nu était d’une maigreur effrayante. Une longue barbe sale lui cachait le cou. Et des larmes roulaient sur sa barbe. Elle faillit plier sur ses jambes. Elle voulut parler. Elle ne put pas. Elle ouvrit ses bras. Il s’élança, poussa la grille d’un coup de pied, ferma les yeux tandis qu’elle le serrait sur son cœur. Il retrouva sa voix d’amour pur, sa voix d’enfant du soir pour murmurer : « Maman, ma maman ! »

René BARJAVEL, Ravage.

a. Quel type de progression est utilisé pour la description du vagabond ? Que permet ce type de progression ?
b. Avec quel type de progression est racontée la réaction de la femme à la vue du vagabond ? Et celle du vagabond reconnu par sa mère ?

4. Précisez les types de progression utilisés, puis ajoutez une phrase en respectant la même progression.

1. Il y avait une file d’attente devant les robinets. Les femmes, patiemment, faisaient avancer les seaux, les enfants jouaient.
2. Le hibou lança un hululement sonore. Il s’envola brusquement.
3. Quatre énormes dragons se dressaient sur leurs pattes de derrière. Le cou tendu, ils rugissaient.
4. Il entra en coup de vent dans la salle commune. Cette pièce était éclairée par un feu de cheminée.

5. À partir d’un des tableaux illustrant votre manuel de français, rédigez trois courts paragraphes dans lesquels vous utiliserez diverses progressions thématiques.