Au même titre que l’impératif — avec lequel elle entretient des relations étroites — l’apostrophe est exclusivement liée au mode d’énonciation discursive. Elle consiste en effet à nommer, par l’une de ses désignations possibles, le destinataire, singulier ou collectif, à qui on adresse la parole en vue d’attirer (ou de retenir) non attention. L’apostrophe relève donc de la fonction phatique du langage.

Le terme mie en apostrophe peut appartenir aux classes suivantes :

— nom : le nom est alors, selon le cas, déterminé ou non déterminé : enfants, levez-vous ; réveillez-vous, les enfants ; vous ne travaillez pas assez, mes enfants. Aucun déterminant autre que l’article défini et le possessif de la 1re personne n’est possible.
— nom propre : je me demande, Jacques, si tu me comprends bien.
— pronom personnel de la 2e personne : tu viens, toi ? Et vous, vous restez ?

Comme le montrent les exemples cités, l’apostrophe, qui n’a pas à proprement parler de fonction syntaxique dans la phrase, peut s’y déplacer à peu près librement. Elle en est isolée par une pause, marquée par une virgule. Pause et virgule sont redoublées quand l’apostrophe s’intercale entre deux éléments de la phrase.

Quand le terme en apostrophe est coréférentiel au sujet (parfois à l’objet) de la phrase, il peut y avoir ambiguïté entre l’apostrophe et l’apposition. L’ordre des termes, la détermination du nom, l’intonation permettent parfois de lever l’équivoque : dans enfants, vous ne travaillez pas, seule l’intonation permet de repérer s’il s’agit d’un simple appel, ou si la coréférence entre enfants et vous est suggérée — ce qui fait d’enfants une apposition.

L’usage contemporain ne fait plus guère appel aux interjections (ô, hé, eh, etc.) qui, autrefois, accompagnaient fréquemment le terme en apostrophe.

APOSTROPHE (Signe graphique)

L’apostrophe est la marque graphique de l’élision : elle se substitue à la voyelle élidée. Elle n’apparaît pourtant pas de façon constante. Les règles qui déterminent la présence de l’apostrophe sont les suivantes :

a) la voyelle élidée est -e :

— pour ce pronom (le déterminant donne cet devant une voyelle), ainsi que pour je, me, te, se, le, de, ne, que, jusque, l’apostrophe apparaît devant toute initiale vocalique ;
— pour lorsque, quoique, puisque, l’apostrophe n’apparaît que devant il(s), elle(s), un(e), en, on, ainsi : puisqu’il vient, mais puisque Ernest vient ;
— pour presque, l’apostrophe n’apparaît normalement que dans le composé presqu’îls ;
— pour quelque, l’apostrophe n’apparaît normalement que dans l’indéfini quelqu’un (mais quelque élève).
— enfin, entre préfixe fait apparaître l’apostrophe dans s’entr’aimer, entr’apercevoir, entr’appeler, entr’avertir et entr’égorger (mais s’entraider, entre anciens, etc.).

b) la voyelle élidée est  : pour la, l’apostrophe se substitue au élidé devant toute initiale vocalique : je l’ai vue, l’armoire, etc.

c) la voyelle élidée est -i : l’apostrophe se substitue au -i élidé de la conjonction si devant il(s) : s’il veut (mais si elle veut).

d) la voyelle élidée est -u : pour tu, l’élision de -u est fréquente dans l’usage familier. Quand on la note graphiquement, on fait apparaître l’apostrophe devant toute initiale vocalique : t’as raison, t’iras ou t’iras pas ?

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