Éruption sous-marine

La première fois que je me trouvai devant une éruption 1 sous-marine, je fus profondément impressionné par ce que sa puissance avait de silencieux. Je m’étais depuis une dizaine d’années familiarisé avec les volcans en activité, j’en avais visité bon nombre et en avais étudié quelques-uns. Mais cette éruption-ci différait des autres, et avant tout par son silence. Le vacarme habituel, fait d’éclatements, de clapotis 2, de sifflements, de coups de bélier, de hurlements, de secousses sourdes, de grondements, d’explosions, faisait ici curieusement défaut 3. Il fallait s’approcher du cratère 4 pour percevoir, plus d’ailleurs au travers de la plante des pieds que par l’oreille, un roulement profond, de très basse fréquence, à peine audible 5 mais dont l’origine fondamentale, instinctivement ressentie, provoquait une inquiétude sourde plus angoissante à la longue que les fracas des paroxysmes 6 ordinaires. Cette absence de bruit était due simplement à l’épaisseur de la couverture d’eau, suffisante pour les étouffer, et seul passait au travers du sol insulaire 7 qui avait émergé sous l’accumulation des scories 8 et des cendres le grondement étouffé des lourds ressacs 9 du magma déchaîné dans les cavernes du volcan.

Ce silence inhabituel surprenait plus encore du fait qu’il s’associait à des éjections 10 dont la puissance, elle aussi inhabituelle, se manifestait par la vitesse et la masse des matières sans relâche propulsées vers le ciel. Le spectateur habitué aux incandescences 11 éclatantes des éruptions ordinaires trouvait paradoxale cette matière volcanique noire. Par jets énormes et sinistrement obscurs, elle crevait sans guère reprendre haleine la surface bouillonnante de la mer et en dix à vingt secondes atteignait plus de mille mètres d’altitude. Par moments ces ruées se succédaient à des cadences affolantes, une centaine ou deux parfois à la minute, plusieurs d’entre elles souvent simultanées.

Haroun TAZIEFF, Les Volcans et la dérive des continents, PUF, coll. « Quadrige », 2e éd. 1991

1. Une projection plus ou moins violente par un volcan de produits solides, liquides ou gazeux.
2. Une agitation légère de l’eau, produisant un petit bruit.
3. Manquait ici.
4. La partie en creux, ouverte le plus souvent, au sommet d’un volcan.
5. Pouvant à peine être entendu.
6. Des éruptions.
7. Qui appartient à une île.
8. De la lave formée de bulles.
9. Les mouvements de la lave.
10. Ce qui est rejeté au-dehors.
11. Un corps qu’une température élevée rend lumineux.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. a. D’après vous, quelle est la spécialité de Haroun Tazieff ?
b. Comment l’avez-vous su ?

2. a. Quel est le thème de ce texte ?
b. Qu’est-ce qui vous informe sur ce thème ?

2. AU CŒUR DU TEXTE

1. a. Relevez dans le texte les verbes conjugués au plus-que-parfait.
b. Qu’exprime ce temps ?

2. Quelles différences Haroun Tazieff observe-t-il entre l’éruption sous-marine et l’éruption ordinaire ?

3. Par quelles sensations perçoit-il l’éruption sous-marine ?

4. a. Relevez le champ lexical propre aux volcans.
b. Que signale l’emploi de ce vocabulaire ?

5. Qu’apportent au texte les adjectifs qualificatifs ?

6. Quel est le temps verbal dominant ? Indiquez sa valeur.

7. Quel effet l’éruption sous-marine produit-elle sur Haroun Tazieff ? Justifiez votre réponse.

8. Cette description de l’éruption sous-marine est-elle objective ou subjective ? Justifiez votre réponse.

3. PARTIE D’ÉCRITURE

Haroun Tazieff compare l’éruption sous-marine à une éruption volcanique ordinaire.

Le spectateur habitué aux incandescences éclatantes des éruptions ordinaires trouvait paradoxale cette matière volcanique noire. Par jets énormes et sinistrement obscurs, elle crevait sans guère reprendre haleine la surface bouillonnante de la mer et en dix à vingt secondes atteignait plus de mille mètres d’altitude.

Aidez-vous de ce texte pour décrire en comparant, en un paragraphe de six lignes, la surface de la mer en été et en hiver.