Dissertation Molière

PREMIER SUJET

Sujet 1 : Commenter cette phrase de Jules Lemaître : « J’admire ce surprenant Molière de toute mon âme : tandis qu’il intéresse les érudits, il fait penser les philosophes, et sait, mieux que tout autre, amuser les enfants. »

(Rennes, Poitiers)

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

Les citations sont souvent brillantes ou piquantes dans la forme, mais pas toujours parfaitement limpides de sens. Raison de plus pour les interpréter avec réflexion et pour les traduire en des phrases avant tout simples et claires. Trois points : I. Il intéresse les érudits, comprenons par une peinture exacte de la société de son temps. — II. Il fait penser les philosophes, par la peinture des vices de l’homme éternel et de leurs tragiques conséquences. — III. Il amuse les enfants par le comique de farce

Ne vous croyez pas obligé de traiter ces points dans l’ordre où vous les offre la citation. Allez, comme toujours, de ce qui attire sur-le-champ l’attention à ce qui se remarque moins aisément ; du moins important au plus important. Et bien entendu économisez intelligemment vos efforts. La « traduction » de la citation vous servira dans l’Introduction à poser le sujet.

LECTURES — Sur le comique de farce, Le Médecin malgré lui, I, 5 ; — Le Bourgeois gentilhomme, II, 2 ; IV, 5. — Sur la peinture sociale, Le Misanthrope, I, 2 ; II, 4 ; Don Juan IV, 3 ; — Les Femmes savantes, I, 1 ; II, 7 ; Le Bourgeois gentilhomme, III, 3. — Sur la peinture des vices, L’Avare, I, 4 ; III, 1 ; Le Misanthrope, I, 1 et 2 ; — Tartuffe, I, 1.

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PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

Il est peu d’œuvres qui soient aussi riches que celle de Molière de complexité et d’intérêt. Car Molière a su « croquer » et peindre avec exactitude la société de son temps ; mais il a su aussi à travers ces apparences, changeantes d’un siècle à l’autre, tracer avec ses vices de toujours et leurs tragiques conséquences le portrait de l’homme éternel. Enfin, il utilise à cette double peinture toutes les ressources de la verve la plus endiablée et la plus irrésistible. Bref, comme le disait Jules Lemaître : « Tandis qu’il intéresse les érudits, il fait penser les philosophes et sait mieux que tout autre amuser les enfants. »

I. Il amuse des enfants

C’est par le côté irrésistible de cette verve que Molière séduit dès l’abord et emporte les suffrages de ceux qui vont au théâtre pour se divertir. Le comique de gestes et le comique de mots réussissent toujours, non seulement auprès de l’enfance, mais encore auprès des hommes qui gardent malgré tout, quels que soient leur âge et leur culture, quelque chose de l’ingénuité et de la spontanéité de l’enfant. Une tempête de rires soulève l’auditoire quand Sganarelle se fait rosser à grands coups de bâton, quand les maîtres de Monsieur Jourdain se collettent comme des crocheteurs des halles et mettent leurs costumes en lambeaux, quand le même Monsieur Jourdain reçoit la dignité de Mamamouchi au cours d’une mascarade endiablée. Molière n’hésite même pas, dans L’Étourdi, à faire verser sur la tête d’un de ses personnages un vase malodorant. Les bégaiements des personnages, leurs bredouillements, leurs fautes de langage, les formules courantes estropiées, la même phrase répétée inlassablement par le même personnage, le calembour usé « Ce Monsieur Loyal porte un air bien déloyal », autant de moyens de susciter un rire facile, mais irrésistible.

II. Il intéresse les érudits

Sous l’apparence superficielle de ce rire se cache une forte peinture de la société du XVIIe siècle qui retient l’attention et l’intérêt des érudits. La noblesse, la bourgeoisie, le peuple tels qu’ils apparaissaient aux environs de 1660 s’y trouvent fixés autant dire pour l’éternité. La noblesse est en pleine décadence. De ses hautes qualités d’antan, de son légitime orgueil de jadis, elle a conservé à l’occasion un esprit chevaleresque : ainsi Don Juan ne craint pas de mettre l’épée à la main pour voler au secours d’un inconnu. Mais le plus souvent, chez des êtres dont la vie se passe sans cesse dans une ambiance de salons et d’intrigue, l’orgueil se limite désormais au besoin de briller par les moyens les plus futiles. Tel Oronte qui sacrifie à la poésie et dont l’ambition unique consiste à se faire saluer à tout propos comme un grand poète, tel Acaste et Clitandre qui ne veulent que faire admirer leurs rubans et leur costume et les plates méchancetés qu’ils prennent pour des épigrammes. Tous sont gens de qualité qui savent tout sans avoir rien appris, et leur extrême vanité les amène à ne considérer les autres que comme l’instrument de leur bon plaisir ; ils n’ont pas même conscience de faire souffrir un être humain — Don Juan, par un caprice, brise, comme sans y penser, le cœur d’Elvire — et exploitent sans vergogne la naïveté d’autrui ; voyez Dorante bernant et volant Monsieur Jourdain. La bourgeoisie commence, elle, à la même époque, à s’affirmer. Elle commence à prendre dans la société une importance croissante, mais elle s’adapte avec difficulté à cette position nouvelle. Pour une Henriette qui joint à une culture honnête le sens de la vie et de ses réalités, combien de Chrysale enfoncés dans la banalité de leurs préoccupations quotidiennes, lourdauds, timides et obtus, combien de Monsieur Jourdain à qui leur fortune monte à la tête et à qui leur désir d’obtenir la considération et les titres obnubile l’esprit et le cœur ! Le peuple fait montre de son naturel bon sens et d’un savoureux franc-parler : Nicole et Martine savent traduire en quelques formules savoureuses hérissées de proverbes les égarements de leurs maîtres. Mais il reste ignorant et brutal, superstitieux à l’occasion, comme Lucas et Sganarelle.

III. Il fait penser les philosophes

Plus que les érudits, les philosophes trouvent à glaner dans les comédies de Molière. Ils y trouvent la peinture des vices éternels de l’humanité : l’avarice chez Harpagon, qui lésine sur toutes les dépenses, prête à usure, refuse à ceux qui le servent la moindre gratification, et même des affaires de cœur fait des affaires d’intérêt. L’hypocrisie, chez Tartuffe qui gagne la confiance par l’affectation d’une piété intransigeante et cherche à satisfaire la violence de ses passions sous le manteau de l’homme de bien. La vanité chez Monsieur Jourdain, qui est coquet, avide de relations honorifiques, et pédant à souhait. La misanthropie enfin chez Alceste, qui se brouille pour des vétilles avec ses meilleurs amis, et qui dans son souci de ne jamais farder la vérité n’hésite pas à dire aux gens leur fait avec une brutalité inutile et souvent cruelle. Enfin, comme complément naturel de la peinture de ces vices, les philosophes y trouveront le tableau décevant mais exact de leurs conséquences tragiques : la vanité de Monsieur Jourdain fait le malheur de ses enfants, l’avarice d’Harpagon désunit sa famille, dresse le fils en face du père, et laisse la fille à l’abandon, sans surveillance et sans conseils. L’hypocrisie de Tartuffe divise en deux clans irréductibles la famille d’Orgon.

Conclusion

Ainsi l’œuvre de Molière se révèle accessible à tous les publics. Selon la nature de son caractère, ses goûts et sa culture, le spectateur se laissera plus volontiers gagner par la qualité du comique, la vérité ou la profondeur de la peinture. C’est l’apanage des grandes œuvres que d’être aussi riches, dans leur complexité, que la vie même.

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REMARQUES

1. Étudiez les transitions en montrant qu’elles justifient l’ordre dans lequel se succèdent les trois paragraphes, conformément aux conseils donnés en tête du développement.

2. Par souci de clarté chaque paragraphe commence par un rappel du point de la citation qu’il va développer et explique avec précision l’interprétation qu’il en donne. Le « flou » est l’ennemi de la pensée.

3. D’après le 2e paragraphe, apprenez à distinguer ce qui concerne la peinture morale et la peinture sociale. La peinture morale s’attache aux vices et aux défauts qui se retrouvent chez l’homme de tous les temps (cf. 3e paragraphe), qu’on a décrits à toutes les époques (ex. l’avare de Plaute, les avares de Balzac), dont notre expérience de la vie nous en offre des exemples actuels. La peinture sociale étudie les classes sociales (relevez-les ici) à un stade de leur évolution (la société est en perpétuelle transformation), d’où la nécessité de préciser en gros la date où l’on fait le point (ici, environs de 1660). Pour chaque classe son importance, grandissante ou en régression, ses occupations, ses ambitions entrent en ligne de compte. Tout cela détermine des défauts et des travers passagers : la noblesse, domestiquée à la Cour, dont la vie est oisive et mondaine, n’a plus grand’chose de commun avec les rudes chevaliers du moyen âge. Bref vous devez montrer comment ces défauts et ces travers passagers sont la conséquence du genre de vie que mène à cette époque telle ou telle classe sociale.

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DEUXIÈME SUJET

Sujet 2 : Pourquoi Molière est-il le plus populaire de nos auteurs dramatiques ?

(Paris)

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

Définissons d’abord le terme essentiel : « populaire » veut dire apprécié du grand public. Cela nous éclaire sur le biais selon lequel nous devons envisager le sujet. Ce qui plaît au grand public ce n’est pas ce qui agrée aux critiques. Il se moque des règles, mais il aime ce qui est traditionnel et lui donne l’impression du déjà vu ; une œuvre se recommande à lui par son parfum d’actualité, par sa variété. Voilà les mérites que nous allons rechercher dans les pièces de Molière, sans nous préoccuper des autres puisqu’il s’agit de se mettre à la place du grand public. Quel plan allons-nous suivre ? Allons-nous passer en revue toutes les comédies ? Non, évidemment. Il faut étudier propos de l’œuvre dans son ensemble les éléments que l’on distingue d’ordinaire dans une comédie : sujets, comique, peinture de mœurs, peinture de caractères, style, morale, en cherchant ce qui flatte le goût du public (c’est-à-dire de ce qui est traditionnel, ou actuel, ou varié).

LECTURES — Se reporter aux lectures indiquées pour le sujet précédent (voir en haut). En outre, Les Précieuses ridicules, Scène 9 ; — Les Femmes savantes, I, 3 ; II, 9 ; III, 2 et 3.

PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

Si Molière n’a pas toujours trouvé grâce auprès des critiques, il a toujours été apprécié du grand public. A de rares exceptions près, ses pièces connurent au XVIIe siècle, en dépit des cabales, le plus beau succès. Elles tiennent encore brillamment l’affiche, de nos jours. Le choix des sujets, la vigueur de son comique, la vérité de ses peintures sociales et morales, le style, la morale enfin sont autant d’éléments qui expliquent la popularité de Molière.

I. Les sujets des pièces de Molière plaisent au grand public

A. — PAR LEUR CARACTÈRE TRADITIONNEL. Le public aime tout ce qui lui donne l’expression du déjà vu, et ce sont ces thèmes inépuisables que Molière exploite après tant d’autres auteurs : le thème de l’avare volé (L’Avare) se trouvait dans L’Aululaire de Plaute. Georges Dandin ou Sganarelle, c’est l’éternelle histoire du mari trompé. L’École des femmes reprend le thème bien connu du Barbon amoureux.

B. — PAR LEUR ACTUALITÉ. Plus que les thèmes traditionnels le grand public aime les œuvres qui mettent en scène des événements récents et qui portent en elles comme un parfum d’actualité. Le Bourgeois gentilhomme évoque par ses turqueries » cette ambassade turque qui, l’année précédente, avait égayé le tout Paris ; Les Précieuses ridicules mettent en scène la préciosité à la mode.

C. — SURTOUT PAR LEUR VARIÉTÉ. Le grand public, en grand enfant qu’il est, se lasse très vite de l’uniformité. Or dans l’œuvre de Molière, Le Médecin malgré lui, qui est une farce, voisine avec Le Misanthrope, qui est une comédie sérieuse, avec Le Bourgeois gentilhomme, qui ressemble tant à nos opérettes modernes par ses ballets et sa mise en scène.

II. Le comique des pièces de Molière plaît au grand public

A. — PAR SA VARIÉTÉ D’UNE PIÈCE A L’AUTRE. La qualité du comique change d’une pièce à l’autre et, comme la qualité de ce comique est presque imposée par la nature du sujet, elle est aussi variée que ces sujets eux-mêmes. Le comique de caractère fait le fond du Misanthrope. Le comique de mots, de gestes s’étale dans Le Médecin malgré lui avec le charabia de Lucas, les coups de bâton qu’administrent à Sganarelle Lucas et Valère, et les tirades en latin de cuisine.

B. Bien plus, PAR SA VARIÉTÉ D’UNE SCÈNE A L’AUTRE A L’INTÉRIEUR D’UNE PIÈCE. Dans Don Juan la scène presque tragique qui dresse l’un en face de l’autre Don Juan et son père Don Louis et la scène où Don Juan berne Monsieur Dimanche avec une verve irrésistible se trouvent côte à côte. Les maladresses plaisantes du valet Du Bois égayent la scène qui suit immédiatement un entretien d’Alceste et de Célimène.

III. La peinture de mœurs plaît au grand public

Elle est pittoresque, variée, vivante. Elle fait défiler sous nos yeux les médecins à chapeau pointu, à seringue, à rhubarbe, au charabia qui tient du latin et de la cuisine, les hommes d’affaires comme Harpagon, prêteur à la petite semaine, les professeurs pédants et charlatans, les paysans de l’Ile-de-France, sententieux et lourdauds, les petits marquis comme Oronte, grands débiteurs de sonnets, et les pesants bourgeois comme Chrysale aux vérités prudhommesques.

IV. La peinture des caractères plaît au grand public

A. — PAR SON CARACTÈRE TRADITIONNEL. Ce sont les travers éternels, les défauts que l’on trouve chez l’homme à toutes les époques qu’incarnent l’avare Harpagon, Argan le malade imaginaire, Tartuffe l’hypocrite. Pour les personnages comme pour les sujets, le spectateur se complaît dans cette impression de déjà vu.

B. — PAR SA VARIÉTÉ. Il n’y a pas dans le théâtre de Molière deux personnages rigoureusement identiques. Même quand ils incarnent le même vice, ils l’incarnent différemment. Philaminte, Armande, Bélise incarnent toutes trois le pédantisme, mais Philaminte est une pure intellectuelle autoritaire, Armande une savante qui feint de mépriser l’amour, Bélise une visionnaire qui, à travers les sciences, ne poursuit que des rêves d’amour.

C. — PAR LA VIE QUI S’EN DÉGAGE. Aussi ces personnages ne sont pas simplement tel vice fait homme : il y a en eux une complexité qui les rend vivants. Harpagon en même temps qu’un avare est un amoureux sénile ; Tartuffe est un hypocrite à qui sa sensualité aveugle fait oublier à maintes reprises le rôle du « saint homme » qu’il doit jouer ; Alceste, le misanthrope, est le plus épris des amoureux.

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V. Le style plaît au grand public

A. — IL EST VIVANT. Les archaïsmes, les locutions populaires, les fautes de syntaxe, les lourdeurs, les redites, les images incohérentes, si elles sont sensibles à la lecture pour les puristes, donnent à la représentation l’expression d’une pensée jaillissante qui n’a le temps ni de se corriger, ni de s’alléger. C’est ainsi que l’on s’exprime dans la vie courante.

B. — IL EST VARIÉ. Il n’y a pas un style dans Molière, mais plusieurs styles : autant de styles, pourrait-on dire, que de personnages. Alceste s’exprime en formules catégoriques et ne parle que par superlatifs. Cathos et Madelon, dont la préciosité est toute de surface, mêlent la platitude à la recherche ; Mascarille et Jodelet, précieux d’occasion et valets de leur état, mêleront des expressions d’une préciosité outrancière et des formules d’une trivialité brutale.

VI. La morale est accessible au grand public

Au spectateur, homme de bon sens, la morale de Molière plaît parce qu’il est l’apôtre de la juste mesure. Le grand public applaudit à la morale du Misanthrope : pour lui comme pour Molière la vertu héroïque qui ne s’embarrasse pas des contingences est insupportable et même dangereuse au point de vue social. Le Français moyen est un homme de société. Il acceptera avec plaisir la peinture flattée des Aristes, des Clitandres, qui se plient aux exigences de la vie sociale, c’est-à-dire aux exigences de la vie en commun. Ainsi tempéré par le respect des exigences sociales, il acceptera volontiers le point essentiel de la morale de Molière, qui est de se laisser aller à la nature, car elle est bonne et raisonnable. Il haïra avec lui l’ascétisme qui violente la nature, comme les hypocrisies qui la masquent, celle des manières que pratiquent précieux et marquis, celle de l’esprit à laquelle se livrent pédants, cuistres et femmes savantes, celle de la religion qu’incarne Tartuffe.

Conclusion

Ainsi l’œuvre de Molière était-elle de nature à plaire au grand public. Le choix des sujets, le comique, la peinture sociale et morale, le style, la morale enfin. La raison en est que, dans cette œuvre qui s’inspire du réel, c’est ce réel que l’on retrouve tout entier. Le secret du succès de Molière est aussi le critérium auquel on reconnait qu’un auteur comique a fait du sain et bon ouvrage : on retrouve dans son œuvre l’image même et la leçon de la vie.

REMARQUES

1. A l’aide de ce sujet vous avez utilement complété l’apprentissage de la rigueur, puisque vous avez vu comment il fallait ici retenir seulement les détails susceptibles de plaire au grand public, dans une œuvre qui se recommande aussi par d’autres mérites essentiels. Être rigoureux c’est savoir faire un choix : une dissertation est une démonstration. Mais vous êtes-vous avisé que l’organisation des mêmes détails peut être aussi différente d’un sujet à l’autre ? Reportez-vous au paragraphe sur la peinture des mœurs. Les exemples ont l’air d’être en désordre. Dans le sujet précédent on vous présentait séparément et comme en corps constitués : noblesse, bourgeoisie, peuple. Mais c’était la peinture sociale, vue selon l’optique de l’érudit qui aime les classifications bien faites. Au contraire, si vous voulez montrer le côté varié et pittoresque dans sa bigarrure de cette même peinture, laissez ces gens se coudoyer un peu au hasard de leur fantaisie. Un « beau désordre » peut être « un effet de l’art ». Tout de même ne cultivez pas ce principe avec trop d’enthousiasme, l’application en est délicate.

2. Cette peinture de la société moins approfondie sur les classes sociales est complétée ici par l’évocation des « corps de métiers ». Demandez-vous pourquoi. Et comprenez aussi que quand un sujet est large comme le précédent on est obligé d’aller seulement à l’essentiel. Cet essentiel est-il le même dans les deux cas ?

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TROISIÈME SUJET

Sujet 3 : Molière fait dire à Dorante dans la Critique de l’École des femmes : « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. » Commenter cette formule en montrant de quelle manière Molière fait rire les honnêtes gens.

(Montpellier)

Comme toujours, pour éviter une erreur grave sur le sens général du sujet, définissons les termes difficiles. Les honnêtes gens, bien entendu, ce ne sont pas les gens honnêtes, mais les gens dont l’éducation, la pratique du monde ont affiné le goût. Il ne s’agit donc pas ici d’étudier le comique en général dans l’œuvre de Molière, mais ce qui dans ce comique est susceptible de plaire à des gens de goût. Or, la qualité supérieure du comique, c’est le comique de caractère. Faut-il laisser de côté les procédés plus grossiers du comique ? Non, dans la mesure où sous ses apparences un peu lourdes se peignent les ridicules des caractères. D’où les deux points de votre plan : I. Comique de caractère.II. Procédés comiques employés à la peinture des caractères.

LECTURES — Tartuffe, I, 4 ; — Le Misanthrope, I, 2 ; — L’Avare, III, 4 ; — Don Juan, II, 1 ; — Le Bourgeois gentilhomme, IV, v5 ; — L’École des femmes, I, 1 ; I, 4.

PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

A l’époque où, dans la Critique de l’École des femmes, il fait exposer sur la scène par un de ses personnages, Dorante, sa conception de la comédie, Molière se trouve à une étape essentielle de sa carrière. C’est la première fois qu’avec L’École des femmes il vient de réaliser pleinement sa conception de la haute comédie qui s’attache à peindre les ridicules humains. Il ne délaisse pas d’ailleurs pour autant les procédés plus grossiers du comique traditionnel, mais il les fait largement contribuer à l’expression du comique des caractères. On conçoit que la fusion étroite et harmonieuse de ces éléments hétéroclites réclame de la part de l’écrivain une parfaite maîtrise. C’est en ce sens qu’il fait dire à Dorante : « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. »

I. Le comique de caractère

C’est ainsi que les grandes comédies de Molière nous offrent la peinture des défauts et des ridicules de l’homme. Et cette peinture est comique parce que les personnages se montrent dominés par un trait essentiel qui dicte leur conduite à tout propos et surtout hors de propos. Bref ils ne sont jamais à l’unisson des circonstances. Orgon n’écoute pas les détails que lui donne Dorine sur la santé de sa femme. Il ne pense qu’à Tartuffe, son protégé, et le seul objet de ses soucis. Esclave de sa vanité, Monsieur Jourdain ne s’avise pas une seconde qu’il est berné et exploité, et il se prête avec enthousiasme à la grotesque cérémonie où il reçoit la dignité de Mamamouchi. Parfois ces personnages sont complexes sans cesser d’être comiques. En eux se heurtent des traits et des sentiments inconciliables. Ils sont le théâtre d’un perpétuel conflit. Ils ne sont jamais à l’unisson d’eux-mêmes. Alceste, le misanthrope, est amoureux d’une coquette. Il étouffe dans l’atmosphère brillante et factice du salon où brille Célimène, mais ne peut se décider à s’en évader. Dans la scène du sonnet on le sent tiraillé à la fois par ses scrupules d’homme de qualité qui ne saurait se résoudre à dire à Oronte de désobligeantes vérités et par sa volonté bien arrêtée de ne jamais déguiser sa pensée. Harpagon éprouve pour Mariane une passion sénile et, lorsque Cléante la comble de cadeaux en son nom, l’amour et l’avarice s’affrontent dans son âme sans que ni l’un ni l’autre de ces sentiments ne parvienne chez lui à l’emporter. Ses mimiques furieuses, ses sourdes exclamations traduisent son désarroi et son impuissance.

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II. Les procédés du comique de farce servent l’expression du comique de caractère

Or cette incapacité du personnage comique à se mettre l’unisson des circonstances ou à l’unisson de lui-même, se traduit d’abord dans ses propos. Par là le comique de mots, amusant en soi, l’est bien davantage quand on s’avise qu’il livre le secret d’un ridicule ou d’un travers. Le patois de Pierrot dans Don Juan trahit sa lourdeur et sa rusticité, comme font les calembours de Martine dans Les Femmes savantes. Il en est de même du comique de répétition, où la même formule inlassablement répétée exprime la hantise d’un individu. Tel est le cas du « sans dot » qu’oppose chaque fois l’avare aux objections de Valère qui veut le dissuader de marier sa fille au vieillard Anselme. De même le marquis de la Critique de l’École des femmes étale son obstination bornée dans ce « tarte à la crème » qu’il jette à plusieurs reprises, en guise d’argument, à la face de ses interlocuteurs. Il n’est pas jusqu’au comique de gestes qui ne contribue à mettre en relief le ridicule d’un caractère. Les coups de bâton qui pleuvent sur l’échine complaisante de Monsieur Jourdain au cours de la cérémonie où il est fait Mamamouchi prouvent qu’il est prêt à se plier aveuglément à tout pour satisfaire sa soif des honneurs et des titres. Et, la chute de Lépine dans Les Femmes savantes donne l’occasion à Bélise d’étaler dans une réflexion saugrenue son pédantisme. Enfin le comique de situation lui-même est, souvent provoqué par la réaction d’un trait de caractère ridicule : l’intrigue de L’École des femmes se fonde sur un quiproquo. Horace renouvelant, occasion ses confidences à Arnolphe ne sait pas qu’il s’adresse à son rival qu’il ne connaît que sous le nom de M. A. le Souche. Sans le changement de nom d’Arnolphe, Horace n’aurait pu commettre une pareille méprise. Or, si Arnolphe s’est ainsi « débaptisé », c’est qu’il voulait se débarrasser d’un nom que les conteurs du moyen âge attribuaient ordinairement aux maris malheureux en ménage. La hantise d’Arnolphe, qui fait son ridicule, est donc bien à l’origine du quiproquo sur lequel repose la conduite de la pièce.

Conclusion

Ainsi Molière a su faire servir à l’expression du comique le plus fin les procédés traditionnels du gros comique. Par là, il a pu satisfaire à la fois les catégories nécessairement variées et disparates de son public. Les « honnêtes gens » pouvaient donc s’associer aux éclats de rire du parterre, car, en fin de compte, s’ils se divertissaient aux mêmes choses et en même temps, ce n’était pas pour le même motif. Voilà pourquoi sans doute, en dépit des cabales, son œuvre a toujours connu un si large succès. Cet auteur comique reste avant tout un classique, puisque tous les éléments de son œuvre concourent, sans rien sacrifier des lois du genre, à mettre en valeur la vérité humaine de ses peintures.

REMARQUES

Nous retrouverons ce problème du comique. Mais vous pouvez déjà dégager de l’exposé ci-dessus quelques notions utiles à votre culture et qui débordent le cas particulier de Molière.

1. A quelles conditions, d’après la Ire partie, un caractère excite-t-il le rire ? Après l’avoir défini, choisissez, en dehors des exemples qui figurent dans notre dissertation, un personnage comique dans le théâtre de Molière et illustrez par son cas votre définition. Vous verrez par là qu’il ne faut pas confondre la peinture d’un caractère avec le comique de caractère. Ainsi Don Juan et Philinte ne sont pas comiques. Pourquoi ?

2. Cataloguez les procédés du comique qui figurent dans la seconde partie. Ils ne sont pas nombreux et ils se retrouvent d’un auteur comique à l’autre. Puis cherchez dans les comédies que vous avez lues, non pas seulement dans les comédies de Molière, des exemples de ces divers procédés.

Le problème du comique pourra vous être désormais posé, à propos d’un autre auteur. Vous ne serez pas dépaysé.

SUJETS COMPLÉMENTAIRES

Sujet 4 : Appréciez cette opinion d’un critique contemporain : « Les circonstances de la vie de Molière l’ayant mis à même d’embrasser du regard toute la comédie humaine, c’est toute la comédie humaine qu’il a transportée sur le théâtre. »

(Clermont- Ferrand)

I. La vie. Bien entendu, il ne s’agit pas d’esquisser dans le premier point la biographie de Molière, mais de montrer comment chaque étape de sa vie élargit le champ de cette expérience dont on retrouvera dans la seconde partie le bilan dans son œuvre. Donc on montrera successivement : a) son enfance à Paris et ses promenades avec son grand-père maternel ; — b) ses tournées de provinces, etc…

II.L’Œuvre : a) peinture sociale (cf. premier sujet, 2e point, voir plus haut). — b) peinture morale (premier sujet, 3e point, voir plus haut).

Conclusion sur le rôle et l’importance de l’observation sur le vif pour un auteur comique.

Sujet 5 : Expliquez et justifiez ce jugement de La Bruyère : « Il n’a manqué à Molière que d’éviter le jargon et le barbarisme et d’écrire purement : quel feu, quelle naïveté, quelle source de la bonne plaisanterie ! quelle imitation des mœurs, quelles images et quel fléau du ridicule ! »

(Caen)

I. Le comique.  —  Voyez le premier sujet (voir plus haut), première partie, et troisième sujet, voir plus haut, en condensant.

II. La peinture des « mœurs » : a) société de son temps (premier sujet, 2e point, voir plus haut) ; b) l’homme éternel (premier sujet, 3e point, voir plus haut). Ne pas oublier que « mœurs » se prend dans ces deux sens au XVIIe siècle.

III. La langue et le style : a) les fautes de syntaxe, lourdeurs (les qui… les que), redites, images incohérentes et surtout patois et charabias ; b) les mérites (qui proviennent en partie de ces défauts) : pittoresque, mouvement, naturel de la vie.

Conclusion : dans sa forme comme dans son fond, une œuvre vivante, qui « passe la rampe ».

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Sujet 6 : Expliquer, en empruntant des exemples au théâtre de Molière, cette pensée d’Anatole France : « Le comique est vite douloureux quand il est humain. »

(Nancy)

I. Côté tragique de cette œuvre comique : a) personnages à certains égards tragiques (exemple Alceste) ; b) scènes tragiques, (exemple, la discussion entre Harpagon et son fils) ; c) les conséquences tragiques d’un vice (la situation des enfants d’Harpagon, l’atmosphère dans la maison d’Orgon).

II. La « force comique » : a) Molière ne laisse jamais se prolonger l’impression tragique, il introduit un intermède comique dans une scène tragique ; à une scène tragique il fait succéder une scène cornique. b) Mais surtout la verve comique emporte tout ; étudier successivement les procédés du comique traditionnel ct le cornique de caractère (cf. troisième sujet, voir plus haut).

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