Marivaux Dissertation sur l’amour

Sujet : On sait que Marivaux préférait, selon ses propres termes, « être humblement assis sur le dernier banc des auteurs originaux, qu’orgueilleusement placé à la première ligne dans le nombreux des singes littéraires ».
Vous chercherez à définir cette originalité de Marivaux.

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

C’est évidemment — encore que les termes du sujet ne l’indiquent pas — l’originalité de Marivaux, auteur dramatique qu’il s’agit de définir. Et cela déjà vous suggère un plan de recherches : souvenez-vous par exemple de ce sujet qui figure dans la première partie, sur « La Fontaine, poète dramatique ». On y étudiait sujets, décors, intrigue, personnages, style. Tous ces éléments entreront-ils dans votre plan définitif ? Dans quel ordre se présenteront-ils ? Cela dépend de ce que l’étude des textes vous aura révélé sur l’intérêt et l’importance de chacun de ces points.

LECTURES — Une comédie de Marivaux, de préférence Le Jeu de l’amour et du hasard, dont vous trouverez une édition scolaire à un prix modique chez divers éditeurs. Vous en lirez utilement la Préface, qui envisage avec clarté les aspects essentiels de la pièce et de l’auteur.

DÉVELOPPEMENT

Introduction

Les comédies de Marivaux occupent une place à part dans le théâtre du XVIIIe siècle. Sa culture incomplète ne l’avait pas familiarisé avec les grandes œuvres de l’antiquité. Les circonstances de sa vie font qu’il est accueilli d’emblée dans ce cadre à la fois attirant, brillant et un peu factice des salons. Il y trouve une ample matière à ses qualités d’observation, en même temps que l’occasion de s’épanouir dans un milieu qui offre beaucoup d’affinités avec son propre tempérament. Il saura néanmoins y dégager l’originalité de son propre talent et, de l’aveu même de Fontenelle, il était « de tous nos bons écrivains, celui, peut-être, dont la manière de penser et d’écrire était le plus à lui ».

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I. Les sujets

Original, il l’est d’abord dans les sujets de ses pièces dont l’amour est l’objet unique. Il se distingue de Racine, cet autre peintre de l’amour auquel on a voulu l’assimiler, et Vitet l’appelle à tort un Racine en miniature. Il y a en effet entre l’amour que peint Racine et celui que peint Marivaux une différence de genre et d’échelle. La passion est nécessairement tragique chez l’auteur de Phèdre parce qu’il présente les personnages à l’état de crise, les passions à leur paroxysme et que ces passions sont malheureuses. La passion au contraire peut être objet de comédie chez Marivaux parce qu’il peint l’amour à son stade naissant, à l’heure où il est encore combattu par d’autres sentiments : l’amour-propre, la timidité, le souci des bienséances mondaines. Tel est le cas de Silvia et de Dorante dans Le Jeu de l’amour et du hasard.

II. L’action

De ce qu’est le sujet du théâtre de Marivaux, on peut aisément dégager ce que seront les caractéristiques de l’action. Puisqu’il traite de la naissance de l’amour, de la manière dont ce sentiment gagne progressivement l’âme des personnages, cette action ne peut être qu’intérieure. Dans Le Jeu de l’amour et du hasard, une fois acquis l’événement initial — l’arrivée de Dorante chez le père de Silvia — le ferment est posé, il ne reste plus qu’à le laisser agir, et ce sont les états d’âme successifs de Silvia qui marquent les différents temps de l’action. Seulement, tandis que chez Racine ces états d’âme toujours changeants provoquent de perpétuelles volte-face, chez Marivaux il n’y a que des transitions légères qui marquent toutes une progression dans le même sens jusqu’au moment où Silvia et Dorante prennent conscience du sentiment qui s’est développé en eux. Mais cette action a le défaut de traîner un peu en longueur. Comme elle doit se terminer en effet au moment où les personnages « voient clair dans leur cœur » et qu’il s’agit tout de même de remplir trois actes, les personnages donnent l’impression, pour faire durer les choses, de mettre trop de complaisance à s’abuser.

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III. Les personnages

Les personnages que cette action met face à face, sont à l’image de l’époque et de ces milieux que fréquentait Marivaux. Comme les commensaux de Marivaux, ils sont accessibles tous les plaisirs de l’esprit et leurs sentiments plus vifs que passionnés se revêtent de grâce délicate et d’exquise politesse. L’amour y est la chose la plus importante et la conversation le plus agréable des passe-temps. Il n’est pour s’en rendre compte que d’étudier les divers entretiens de Dorante avec Silvia qui s’est présentée à lui sous les traits de sa soubrette Lisette, tandis que lui-même a emprunté momentanément la livrée de son propre valet. Le contraste entre le ton de leur conversation et la condition sociale qu’ils ont momentanément empruntée n’en est que plus saisissant.

IV. Le style

Quant au style il est, comme on pouvait s’y attendre, en conformité avec le fond. Des sentiments raffinés, une analyse poussée jusqu’à la minutie subtile, des âmes délicates, élégantes, de mondains consommés, réclament un style savant, capable de toutes les nuances. Puisqu’il y a souvent, dans la pensée, de l’esprit et de l’affectation, on ne peut demander à l’expression d’être simple et unie. Au raffinement savant de la matière doit correspondre le raffinement de l’expression. ¾ D’où les abstractions personnifiées (« Ma familiarité n’oserait s’apprivoiser avec toi »), les antithèses («Je me console d’y perdre ce que tu y gagnes ») et les expressions mi-familières, mi-élégantes (« Voilà la glace rompue »).

Conclusion

On voit donc que l’originalité de Marivaux se manifeste aussi bien dans le choix des sujets que dans la conduite de l’action, dans la psychologie autant que dans le style. Rien de forcé au reste dans cette originalité qui n’est que l’épanouissement naturel de la personnalité de l’homme dans l’écrivain. En cela Marivaux vérifie, par son propre exemple. cette définition qu’il donnait lui-même de l’originalité : elle consiste à « se ressembler fidèlement à soi-même et à ne pas se départir du tour ni du caractère pour qui la nature nous a donné vocation ».

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REMARQUES

1. Étudiez les transitions. Voyez notamment comment elles soulignent que la nature des sujets commande les caractéristiques de l’intrigue, comment ces caractéristiques de l’intrigue nous éclairent déjà par avance sur ce que sera la psychologie, comment le style est à l’image des personnages. Bref, toutes ces transitions signalent des relations de cause à effet. Voilà pourquoi l’ensemble donne l’impression d’un enchaînement rigoureux.

2. Le plan assez court insiste sur les idées essentielles. Vous pouvez çà et là l’étoffer d’exemples. En particulier, montrez à propos de l’intrigue les différentes phases de l’évolution de Silvia qui marquent les étapes de sa progression.

3. La conclusion élargit le débat. De l’originalité d’un écrivain elle passe au problème général de l’originalité. C’est une conclusion commode et riche d’intérêt que d’utiliser ainsi l’étude d’un auteur dans le cadre d’un problème général à des remarques relatives à ce problème général en lui-même et applicables à une foule d’auteurs.

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