Dissertation : Corneille

PREMIER SUJET

Sujet 1 : Voltaire a dit : « Le théâtre de Corneille est une école de grandeur d’âme. » Vous montrerez que les principaux personnages des grandes pièces cornéliennes incarnent en effet le patriotisme, le sentiment de l’honneur, l’esprit de sacrifice.

(Aix, Montpellier)

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

Pour comprendre, rechercher et organiser les éléments de la dissertation, rappelons quelques principes acquis au cours de la lecture de la première partie de l’ouvrage.

— Un paragraphe, c’est une idée illustrée par des exemples.
— Une dissertation, c’est une suite de paragraphes.

Il faut donc trouver dans le sujet posé de quoi bâtir plusieurs paragraphes : c’est-à-dire plusieurs idées et des exemples.

Dans le commentaire qui suit la citation et qui est destiné à guider vos recherches, le sujet pose trois idées : I. Les personnages de Corneille incarnent le patriotisme. II. Ils incarnent le sentiment de l’honneur. — III. Ils incarnent l’esprit de sacrifice.

La méthode pour illustrer chaque point consistera à présenter des exemples précis. Il faut chercher d’abord quels personnages incarnent respectivement le patriotisme (Horace, le vieil Horace, Curiace), le sentiment de l’honneur (Don Diègue, Chimène, Rodrigue), l’esprit de sacrifice (Polyeucte). Il faut ensuite chercher les manifestations du patriotisme, du sentiment de l’honneur, de l’esprit de sacrifice dans les actes et dans les propos de ces personnages. Relisons donc les pièces où ils figurent et notons au fur et à mesure ces manifestations pour chacun d’entre eux, au cours des scènes, à travers leurs répliques.

Quand vous lirez tout à l’heure la dissertation rédigée, vous verrez que c’est par le groupement de ces exemples à l’appui de l’idée qu’ils illustrent, que s’est étoffé chaque paragraphe. Pour le moment, contentons-nous de faire ensemble ce travail de recherches à propos du jeune Horace: vous pouvez confronter utilement chaque exemple avec la citation qui l’inspire et dont la référence vous est indiquée en regard :

Deux questions essentielles : 1. manifeste-t-il son patriotisme ? — 2. En quoi se montre-t-il dans chacun de ces cas un patriote ?

Quand Horace est désigné pour combattre contre Albe, il proclame qu’il luttera jusqu’à la mort (II, i, 383-384, 387-388). Il s’étonne et s’indigne à la pensée que Curiace le pleurera s’il meurt glorieusement dans le combat (II, i, 398).

Lorsqu’il apprend que Curiace sera son adversaire, il n’a pas une hésitation : il se battra avec ivresse. En son beau-frère il ne voit plus qu’un ennemi (II, iii, 491-492, 499-500, 502).

Il reste sourd aux supplications de sa femme Sabine et la congédie en l’adjurant de lui laisser faire son devoir de soldat (II, vi, 675-677).

Enfin quand sa sœur, le voyant revenir paré des dépouilles de Curiace, mort de sa main, outrage Rome, il la tue (IV, v, 1321-1322).

Remarque. — Est-ce à dire que le jeune Horace est aussi insensible qu’on l’a affirmé parfois ? Non, certes. Il se laisse parfois aller à l’émotion et, notamment, en face de Sabine (II, vi) il a un moment de faiblesse. Mais vous devez mettre en valeur son patriotisme, non sa sensibilité. Choisissez avec soin vos exemples dans le sens indiqué. La rigueur de votre développement est à ce prix.

Un exercice utile. Avant de lire dans les pages suivantes la dissertation rédigée, appliquez-vous à rechercher vous-même et à rédiger les exemples touchant le patriotisme du vieil Horace (II, vii, III, vi ; IV, ii) et de Curiace. A dessein nous ne vous indiquons pas, pour le premier, le détail des vers susceptibles de vous fournir les exemples ni même, pour le second, la référence des scènes. Il faut vous habituer progressivement à ce travail de recherches.

L’unité de la dissertation. — Trois paragraphes qui se suivent ne constituent pas une dissertation. Il faut découvrir entre eux une unité, donc dégager une idée centrale qui domine l’exposé. Dans les termes du sujet posé, le commentaire de la citation de Voltaire vous indiquait les idées secondaires, la citation elle-même vous fournit l’idée centrale : tous ces personnages manifestent de la grandeur d’âme. Le patriotisme, le sentiment de l’honneur, l’esprit de sacrifice sont en effet autant de formes sous lesquelles se manifeste la grandeur d’âme. Rappelez-vous un des principes essentiels énoncés dans la première partie : l’unité et la rigueur de la perspective logique dans votre dissertation sont désormais assurées. Vous étudierez comment dans l’introduction sont mises en valeur avec leur importance respective l’idée essentielle et les idées secondaires.

DÉVELOPPEMENT

Introduction

Les personnages cornéliens nous offrent l’exemple contagieux des plus hautes vertus morales. Tantôt ils immolent à leur idéal patriotique leurs affections les plus chères et les plus légitimes. Tantôt ils sont prêts à tout sacrifier pour obtenir réparation quand leur honneur est outragé. Tantôt enfin leur esprit de sacrifice les fait abandonner sans faiblir tous les biens terrestres dont ils sont comblés. Le théâtre de Corneille est bien, comme l’a dit Voltaire, « une école de grandeur d’âme ».

 I.   Le patriotisme

Horace, le vieil Horace, Curiace immolent à leur idéal patriotique leurs affections les plus chères et les plus légitimes. Lorsque le jeune Horace apprend qu’il vient d’être désigné avec ses frères comme le champion de Rome, il éclate d’une joie farouche. Il proclame qu’il luttera jusqu’à la mort. Il s’étonne et s’indigne à la pensée que Curiace le pleurera s’il meurt dans le combat. Quand il apprend que Curiace sera son adversaire, il n’a pas une hésitation : il se battra avec ivresse… En son beau-frère il ne voit plus désormais qu’un ennemi. En face des supplications de sa femme Sabine, il a tôt fait de se ressaisir et la congédie en l’adjurant de lui laisser faire son devoir de soldat. Dans l’allégresse de la victoire enfin, il ne peut concevoir que l’on verse des larmes sur le sort de ses frères dont le sacrifice n’a pas été vain. A plus forte raison s’indigne-t-il devant le désespoir de Camille qui pleure, en son fiancé, « un ennemi public ». Et lorsqu’elle s’oublie jusqu’à proférer, dans l’excès de sa peine, des imprécations contre Rome, il la tue. Moins exalté, moins rude que son fils, le vieil Horace accepte avec autant de fermeté le sacrifice que sa patrie lui demande. Avant le combat, malgré sa tristesse, il trouve le courage d’exhorter son fils et le fiancé de sa fille à ne pas se laisser attendrir et à songer, non aux liens qui les unissent, mais à la mission dont Rome et Albe viennent de les charger. A l’annonce que deux de ses fils sont morts et le troisième en fuite, il n’a pas une larme à l’égard des premiers, pas un mot d’indulgence à l’égard de l’autre qu’il aurait préféré voir mourir pour l’honneur dans ce combat inégal. Lorsque, contre toute espérance, il apprend que son fils est vainqueur, il salue en lui avec émotion et fierté le sauveur de la patrie. Lui non plus ne comprend pas les pleurs de Camille, et le triomphe de Rome lui paraît compenser largement tous ses deuils domestiques. Même après le meurtre de sa fille, il n’a pas un mot de commisération sur son sort : il ne « la plaint point », elle était criminelle ». Quant à Curiace, son patriotisme est encore plus riche de sens, car, plus sensible que les deux autres, il a d’autant plus de mérite à se plier à un devoir inhumain. Il ne cache pas à Horace qu’en dépit des circonstances qui les opposent il lui garde intacte son affection. Mais il ira au combat « sans terreur » comme sans faiblesse. A Camille il déclare que, malgré l’amour qu’il lui porte, il ne se reconnaît pas le droit de se dérober à la mission qu’Albe lui a confiée. Son pays compte pour lui plus encore que sa fiancée 1.

1 L’ordre dans lequel défilent les personnages n’est pas laissé au hasard. Le patriotisme du vieil Horace est plus émouvant que celui de son fils, car il fait preuve de plus de sensibilité. Celui de Curiace est plus émouvant encore, car il lutte plus douloureusement pour accomplir son devoir. Il faut ranger vos exemples dans un ordre progressif d’importance et d’intérêt.
Dans ce long paragraphe, prenez garde qu’il n’y a pas de bavardage. Chaque détail s’appuie étroitement sur le texte de la pièce. Pour vous en convaincre, relisez de près les répliques et notez les vers sur lesquels s’appuie le développement.

II.  Le sentiment de l’honneur

Don Diègue, Rodrigue, Chimène sont prêts à tous les sacrifices pour obtenir réparation quand leur honneur est outragé. Après le soufflet qu’il a reçu du Comte, Don Diègue n’hésite pas à envoyer son fils le défier. Il sait quels dangers va courir Rodrigue en face de cet adversaire vigoureux et expérimenté.

Il sait aussi quel déchirement il lui impose en le faisant combattre contre le père de sa fiancée. Mais rien ne l’arrête il s’agit de laver un affront qui rejaillit sur tous ses aïeux.

Après la victoire, il salue en son fils, avec un enthousiasme reconnaissant, celui qui lui a rendu l’honneur. Quant Rodrigue, le premier moment de stupeur passé, il accepte sans faiblesse, puisque son devoir l’exige, la cruelle mission que son père lui confie, comme il acceptera ensuite de défendre contre les Mores sa patrie en danger. Devant Chimène, il affirme hautement qu’il n’a point de regret de son acte, qu’il « le ferait encore s’il avait à le faire ». De son côté Chimène, malgré sa douleur, ne se reconnaît pas le droit de blâmer Rodrigue « d’avoir fui l’infamie » en prenant devant le Comte la place de son père outragé. Mais elle est décidée à poursuivre jusqu’au bout l’accomplissement de son devoir filial. A deux reprises, elle réclamera du Roi l’application de la loi contre le coupable qu’elle n’a pas cessé d’aimer ; et comme le Roi s’y refuse, elle chargera Don Sanche du soin de la venger.

III.  L’esprit de sacrifice

Polyeucte enfin offre le plus bel exemple de l’esprit de sacrifice. Il est comblé de toutes les joies que peut offrir la vie. Il possède la fortune, un haut rang : il est en Arménie (le chef de la noblesse ». Il vient d’épouser, après de radieuses fiançailles, une jeune femme qu’il aime tendrement et dont il parle à son ami Néarque avec une affectueuse tendresse. Pourtant il n’hésite pas, pour ne pas désavouer sa foi, à renoncer à son bonheur. Devant les supplications de sa femme et de ses proches, il reste inébranlable et dans un geste de détachement suprême, au moment de partir à la mort, illègue sa femme à son ancien rival.

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Conclusion

Horace, le vieil Horace, Curiace immolent toutes leurs affections à l’amour de la patrie. Don Diègue, Rodrigue, Chimène fondent sur le sentiment de l’honneur toute leur conduite. Polyeucte incarne la forme la plus pure de l’esprit de sacrifice. Tous nous offrent le contagieux exemple des plus hautes vertus. Mais s’ils s’élèvent ainsi au-dessus d’eux-mêmes, ce n’est pas sans effort et sans souffrances. Ils nous dominent mais en même temps nous émeuvent. Ils se révèlent des héros sans cesser d’être des hommes.

DEUXIÈME SUJET

Sujet 2 : A propos des personnages du théâtre de Corneille, un critique écrit : « Ils ne seraient pas des héros s’ils ne devaient à chaque instant lutter contre eux-mêmes… Dans toutes les circonstances critiques, ils laissent percer leur sensibilité. »
Vous vous attacherez à mettre en valeur cette sensibilité des héros et des héroïnes des grandes tragédies cornéliennes.

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

Elles seront très simples elles grouperont l’étude des personnages dans le cadre de chacune des grandes tragédies auxquelles ils appartiennent. Sensibilité des personnages : 1. du Cid ; — 2. d’Horace ; — 3. de Polyeucte. L’intérêt essentiel de la dissertation, c’est qu’elle constitue un excellent apprentissage de la rigueur. Comme pour le sujet précédent, il s’agit d’étudier à travers les scènes le détail des répliques. Mais vous devez ici en retenir et mettre en valeur ce que le sujet précédent vous invitait à laisser de côté : les hésitations et les faiblesses des personnages (cf. Corneille, 1er sujet, grandes lignes du plan, remarque, page 55). Étudier un texte en fonction d’une question posée, c’est toujours faire un choix.

PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

Le théâtre de Corneille est d’un bout à l’autre une apologie de la volonté et c’est là le côté de son œuvre que les critiques ont le plus complaisamment mis en lumière. Mais leur volonté ne s’exerce pas sans effort : sans cesse ils se trouvent engagés dans une lutte douloureuse contre eux-mêmes. « Dans toutes les circonstances critiques, ils laissent percer leur sensibilité. »

I. Les personnages du Cid sont sensibles

Don Diègue ne dissimule pas ses inquiétudes quand il attend l’issue du duel qui oppose son fils et le Comte. Rodrigue exhale en des plaintes touchantes le désarroi de son cœur au moment où son père vient de le mettre en face d’un devoir cruel : se battre contre le père de sa fiancée. Quand il revoit son père après le duel, il reste plongé dans une douloureuse tristesse ; puis il fait part de ses intentions de chercher la mort pour mettre fin à ses peines ; Chimène, lors même qu’elle requiert devant le Roi contre le meurtrier de son père, laisse percer l’affection qu’elle garde comme malgré elle à Rodrigue. Quand elle confie à Elvire son intention d’obtenir justice du meurtrier, elle lui avoue aussi qu’une fois son devoir accompli il ne lui restera plus qu’à mourir :

Le poursuivre, le perdre, et mourir après lui.

Lorsqu’elle croit Rodrigue tué des mains de Don Sanche elle avoue au Roi son amour. Plus encore, Rodrigue et Chimène dans leurs tête-à-tête montrent leur sensibilité profonde : Rodrigue dit à Chimène sa décision de mourir pour elle. Chimène trahit comme malgré elle la profondeur pudique de ses sentiments : « Va, je ne te hais point. »

II.  Les principaux personnages d’Horace sont sensibles

Le vieil Horace, au moment où ses fils vont partir pour le combat, ne peut maîtriser son émotion. Il ne peut trouver les mots qu’il faut pour leur insuffler le courage et dans son désarroi ne peut que s’en remettre à la sagesse divine :

Pour vous encourager ma voix manque de termes.
. . . . . . . . . . . . . . .
Moi-même en vous quittant j’ai les larmes aux yeux.
Faites votre devoir et laissez faire aux Dieux.

C’est avec émotion qu’il salue le retour de son fils vainqueur. Et lorsqu’il s’agit de défendre devant le Roi ce fils meurtrier de sa sœur, c’est dans son cœur de père plus encore que dans son cœur de patriote qu’il trouvera les accents capables d’arracher la clémence royale. Curiace révèle devant Horace sa tristesse mortelle lorsqu’il vient d’apprendre que ses deux frères et lui sont choisis comme champions d’Albe et adversaires des trois Horace. Il souligne douloureusement le tragique d’une situation pénible entre toutes— cette inhumanité d’un combat contre un être qui demeure, en dépit des hasards de la guerre, aussi cher à son cœur.

Je vous connais encore, et c’est ce qui me tue.

Horace lui-même trahit son émotion sous ses airs de défi. Devant Curiace il évoque, non sans un tremblement dans la voix, le rude combat intérieur dont il faut triompher pour se décider à porter les armes, sans arrière-pensée et même avec ivresse, contre un ami et un parent naguère si cher à son cœur. Il se laisse un instant attendrir par les larmes de sa femme et de sa sœur, et ne se sent pas la force de supporter leur présence pendant le combat.

III.  Les principaux personnages de Polyeucte sont sensibles

Polyeucte se complait à évoquer devant son ami Néarque les charmes de sa lune de miel et la douceur du temps de ses fiançailles. Il sourit avec attendrissement de l’inanité des inquiétudes de Pauline qui sur la foi d’un songe craint pour les jours de son mari. Même au moment de partir pour le temple pour y briser les idoles, au moment d’encourir par là le châtiment suprême et de briser son bonheur terrestre, il glorifie encore les mérites de Pauline, si chère à son cœur amoureux. Dans la brutalité même avec laquelle il repousse les prières de sa femme qui veut obtenir de lui une abjuration, on sent le sursaut d’une âme aimante qui se cabre pour ne pas faiblir. Et bientôt il avoue sa tendresse.

Je vous aime …
Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que moi-même.

Au moment de partir au supplice il demande à Pauline de ne l’oublier jamais.

Chère Pauline, adieu, conservez ma mémoire.

Pauline est sensible elle aussi. Elle a éprouvé pour Sévère un sentiment tendre et elle évoque devant Stratonice avec une douce mélancolie le souvenir du héros qu’elle croit mort pour elle. Lorsque Sévère revient, elle soupire avec lui sur le passé qui les unissait, sur le présent qui les sépare. Son affection pour Polyeucte se trahit dès le début de la pièce par ce pressentiment qu’elle a des menaces éparses autour de lui, par ces exigences qu’elle formule dans le menu détail de la vie quotidienne. Cette affection s’affirme à mesure que Polyeucte semble davantage se détacher d’elle :

Je ne te parlais point de l’état déplorable
Où ta mort va laisser ta femme inconsolable

et ne rêve plus que de s’unir avec lui dans la mort.

Conclusion

Ainsi les personnages du théâtre de Corneille, ceux du Cid, ceux d’Horace, ceux de Polyeucte se révèlent à nous comme des êtres sensibles. C’est cette sensibilité qui nous émeut ; c’est elle qui donne du prix à chacun de leurs efforts en nous faisant prendre conscience de ce qui leur en coûte. Par là enfin ces pièces sont vraiment dramatiques au sens propre du mot en nous faisant assister, à travers les obstacles qu’ils surmontent, à ces ascensions joyeuses, douloureuses et entraînantes que l’idéalisme cornélien fait accomplir à la nature humaine.

REMARQUE

Ne multipliez pas les citations. Vous avez isolé au cours de votre lecture une réplique qui vous paraissait offrir un bon exemple à l’appui de l’idée que vous vouliez illustrer. Efforcez-vous d’exprimer en une phrase ce qui, à ce titre, vous a paru intéressant. La citation est dès lors superflue. Vous en avez retiré l’essentiel et votre correcteur, qui possède une connaissance précise des textes, reconnaîtra aisément sous votre exemple le passage qui vous l’a inspiré. De loin en loin vous pouvez vous permettre de citer, mais de préférence lorsque le bonheur particulier de l’expression vous paraît tel que le commentaire ne parvient pas à exprimer entièrement ce que le passage contient. De toute manière la citation doit être précédée d’une phrase qui met en valeur ce qu’elle comporte d’utile à votre démonstration (voir IIe partie du plan, en haut de l’article).

TROISIÈME SUJET

Le sort qui de l’honneur nous ouvre la barrière,
Offre à notre constance une illustre matière,
Et comme il voit en nous des âmes peu communes,
Hors de l’ordre commun, il nous fait des fortunes.

Sujet 3 : Par ces vers qu’il place dans la bouche du jeune Horace, Corneille ne vous paraît-il pas définir l’essentiel de sa conception de la tragédie ?

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

Deux points à traiter : I. Les âmes peu communes. — II. Les fortunes hors de l’ordre commun. — En outre, la donnée vous fournit l’amorce d’une transition : les personnages sont à la taille des situations. Elle vous suggère une idée centrale : ce goût de l’extraordinaire inspire à la fois le choix des situations et des caractères.

PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

Dans son premier discours sur le poème dramatique, Corneille soutient qu’une tragédie, pour être belle, doit aller au-delà du vraisemblable ». Voilà pourquoi il place en face de situations extraordinaires, des êtres exceptionnels par leur clairvoyance et par leur énergie. Devant des « fortunes » « hors de l’ordre commun », il place des âmes peu communes.

I.  Les situations extraordinaires

Les situations dans lesquelles s’affrontent les personnages cornéliens sont « hors de l’ordre commun ». Dans Le Cid, pour venger l’honneur de sa famille, un jeune homme se voit contraint de se battre en duel contre le père de celle qu’il aime. Dans Horace, trois frères affrontent trois autres frères auxquels ils sont unis par des liens de famille et d’amitié, en un combat qui décidera du sort de deux nations. Dans Cinna, trois êtres s’unissent pour comploter la mort de celui qui les a comblés de ses bienfaits. Dans Polyeucte enfin, un homme favorisé par la vie, qui possède un haut rang en même temps que la fortune et, qui vient, d’épouser une femme tendrement aimée, renonce librement à tous ces biens terrestres pour briguer la palme du martyre.

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II.  Les êtres exceptionnels

Or les personnages sont à la hauteur des circonstances. Et ces situations extraordinaires où ils se trouvent placés leur fournissent l’occasion de révéler leur exceptionnel mérite. Lucides, ils ont tôt fait de prendre un parti en pleine connaissance de cause. Volontaires, ils conformeront leur conduite à leur décision, quoi qu’il leur en coûte. Lorsque Rodrigue vient d’apprendre l’affront fait à son père, il analyse clairement, malgré son désarroi, les éléments du conflit qui le déchire, envisage et pèse les solutions qui se présentent et finalement choisit celle qui lui paraît la plus raisonnable, pour sauver tout ce qui peut être sauvé d’un grand naufrage où son honneur a failli périr avec son amour 2. Sans hésitation désormais, il ira provoquer le Comte et, l’irréparable accompli, jamais il ne désavouera son geste. De son côté, Chimène, une fois qu’elle a clairement compris que son devoir lui impose de poursuivre le meurtrier de son père, s’applique constamment à cette tâche, le cœur déchiré mais sans faiblir : à deux reprises elle réclame du Roi l’application de la loi contre le meurtrier, et devant son échec s’en remet à Don Sanche du soin de la venger. Pas plus que le jeune Horace, Curiace ne se dérobera à son devoir de soldat. Il mesure clairement sa propre peine et la détresse de sa fiancée, mais sa décision reste inflexible. Auguste fait comparaître devant lui les coupables, ne laisse rien dans l’ombre de ce qui manifeste leur ingratitude et leur fourberie ; et c’est alors qu’il décide de pardonner. Mais s’il pardonne en définitive, c’est surtout pour se prouver à lui-même la toute-puissance que sa volonté exerce sur ses sentiments. Enfin Polyeucte, quand il a décidé de mourir pour sa foi, résiste victorieusement aux assauts de ses proches qui tentent de le dissuader de son dessein. Il reste sourd même aux supplications d’une femme tendrement aimée et, dans un effort de détachement suprême, veut léguer son épouse à son ancien rival.

2 Cf. Le Cid, I, v. Étudiez dans le détail ces stances fameuses et vous y retrouverez tous les éléments utilisés dans cet exemple.

Conclusion

Ainsi Corneille oppose en des conflits exceptionnels des êtres d’une rare qualité d’âme. En cela il a le sentiment de se conformer à la dignité de la tragédie. Mais en même temps il confère à son œuvre une haute valeur morale. Car, comme l’a dit Renan, « pour obtenir des hommes le simple devoir, il faut leur montrer l’exemple de ceux qui le dépassèrent ». La morale ne se maintient que par les héros.

REMARQUE

1. Apprentissage de la rigueur. — Pas le moindre nom propre dans la première partie. Pourquoi ? Parce que derrière les noms propres on ne peut manquer de se représenter des individus. Or il s’agit ici de situations, non de caractères. Des êtres différents de ceux que le poète a mis en scène peuvent se trouver dans une situation identique. Ils réagiront sans doute différemment, mais il n’importe : la situation initiale ne sera ni plus ni moins insolite. Nous ne devons donc retenir, à propos des personnages, que les détails qui contribuent à rendre extraordinaires les circonstances : par exemple les rapports qui les unissent. Voilà pourquoi on écrit : « Un jeune homme est contraint de se battre en duel contre le père de sa fiancée », et non pas « Rodrigue… contre Don Gormas »  Mais il faut en revanche mettre en valeur tous ces détails (voyez en particulier ce qui concerne Horace).

A plus forte raison vous n’écrirez pas : « Rodrigue n’hésite pas à se battre contre Don Gormas ». Car ce serait montrer la réaction d’un personnage devant les faits. Et c’est tout autre chose : c’est l’objet de la deuxième partie.

2. Apprenons à étoffer un plan. — Le développement est présenté sous forme de plan. C’est pourquoi la IIe partie n’exploite pas toute la richesse des exemples. Le cas de Rodrigue et celui de Chimène sont les seuls à être étudiés dans le détail pour vous frayer la voie. Il vous est facile de compléter le commentaire des autres exemples.

Ainsi, en analysant de près et en utilisant ce que Curiace 3 et Auguste 4 nous confient de leurs états d’âme quand ils prennent leur décision, vous mettrez en valeur d’une manière plus complète leur lucidité et leur volonté. De même, pour montrer la volonté ferme de Polyeucte, vous pouvez rappeler les arguments qu’utilisent successivement pour le faire céder Félix, Sévère, Pauline, et le combat intérieur dont il sort chaque fois vainqueur.

3 Horace, II, 1, et, surtout II, iii, et II, v.
4 Cinna, Acte V.

Enfin vous pouvez développer dans le même sens d’autres exemples (Don Diègue, le jeune Horace, le vieil Horace, etc…)

QUATRIÈME SUJET

Sujet 4 : Commentez, au moyen des pièces de Corneille que vous connaissez, ce mot de La Bruyère sur notre grand tragique : « Il peint les Romains. Ils sont plus grands et plus romains dans ses vers que dans leur histoire. »

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

Il suffit de décomposer la formule : I. Il peint les Romains. — II. Ils sont plus grands. — III. Ils sont plus romains.

PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

Corneille a toujours manifesté une prédilection pour les tragédies à sujets romains, et à travers la succession de ses pièces revivent toutes les grandes périodes de l’histoire de Rome. Mais des héros qu’il met en scène il offre une image idéalisée ; en eux il se plaît à incarner les plus hautes vertus qui symbolisent l’âme romaine. Ainsi s’explique le jugement de La Bruyère : « Il peint les Romains. Ils sont plus grands et plus romains dans ses vers que dans leur histoire. »

I. Il peint les Romains

Toutes les étapes essentielles de l’histoire du peuple romain se retrouvent de l’une à l’autre des tragédies cornéliennes. Avec Horace c’est la période des Rois qu’il nous retrace. Avec Sophonisbe, Nicomède, Sertorius, Pompée, c’est la République depuis les guerres puniques jusqu’au lendemain de Pharsale. Cinna, Othon, Polyeucte nous mènent de la fondation de l’Empire jusqu’au plus fort de sa lutte contre le christianisme. Attila enfin évoque la grande invasion barbare.

II. Ils sont plus grands que dans leur histoire

Cette évocation presque complète n’est pas à tout prendre une évocation fidèle. Sévère, il est vrai, représente assez exactement le Romain cultivé de l’Empire sur son déclin, mais Nicomède ne fut pas dans la réalité cet adversaire loyal qui lors même qu’il combat les Romains sait faire grand cas de leurs solides vertus. Il ne fut pas ce héros clairvoyant dont le bon sens égale la fermeté, mais un tyran doublé d’un parricide. Quant à Auguste que l’historien Duruy nous dépeint « cruel de sang-froid, clément par calcul…, tartuffe de piété sans religion, hypocrite de vertu, avec des vices », il n’est pas ce héros magnanime et majestueux dont Corneille à la suite de la tradition littéraire et légendaire nous a laissé le portrait.

III. Ils sont plus romains que dans leur histoire

Au reste, cette idéalisation va jusqu’à faire de ces héros des symboles des plus hautes vertus qui permirent à cette poignée de paysans de se lancer avec succès à la conquête d’un monde. On a eu raison de dire qu’« Émilie est l’altière descendante des Arria et des Cornélie ». Dans Horace on voit cette religion du foyer qui s’élargit en religion de la patrie, cette puissance de la famille qui fait de l’autorité paternelle un droit absolu et sacré.

Conclusion

Tels sont les Romains dans les pièces cornéliennes. En leur donnant un relief, une noblesse de sentiments et de conduite qu’ils ne possédaient pas dans la réalité, Corneille s’est laissé guider par les historiens et les moralistes latins qui sacrifiaient volontiers à leur goût du panache la scrupuleuse exactitude. Ainsi transfigurés, ces héros étaient dignes de la haute conception qu’il se faisait de la tragédie. En ce sens, Guez de Balzac écrivait à l’auteur d’Horace et de Cinna : « Aux endroits où Rome est de brique, vous la rebâtissez de marbre. »

REMARQUES

Comment étoffer ce plan ? Par des précisions supplémentaires illustrant l’idée qui domine chaque paragraphe. Ainsi, dans la Ire partie, préciser le sujet  historique de chaque pièce à l’intérieur des grandes périodes (ex. « Sertorius », les guerres civiles) ; (Ile partie, compléter chaque portrait moral par des détails qui montrent en quoi les personnages sont conformes à la réalité ou idéalisés (par ex., pour Sévère, son scepticisme profond, le respect de pure forme qu’il accorde aux Dieux du paganisme).

CINQUIÈME SUJET

Sujet 5 : « J’aime à suivre les règles, écrit quelque part Corneille, mais loin de me rendre leur esclave, je les élargis et resserre selon le besoin qu’en a mon sujet. »
Ce que vous savez de ses principales pièces vous paraît-il prouver que Corneille aime, comme il le dit, à suivre les règles ? Ne prend-il pas à chaque occasion des libertés avec elles ? Dans quelle mesure ces libertés s’expliquent-elles par sa conception de la tragédie ?

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

Elles se déduisent aisément du sujet posé. Il s’agit des règles : c’est-à-dire de l’observance des trois unités.

Donc trois parties : Unités 1. de lieu ; — 2. de temps ; — 3. d’action. — Le dernier point — « Dans quelle mesure ces libertés s’expliquent-elles par sa conception de la tragédie » ? — s’éclaire à l’aide des trois premiers. Il figurera donc naturellement en conclusion.

Vous rechercherez les exemples, comme on vous y invite, dans le cadres des grandes pièces cornéliennes : unité de lieu dans Le Cid, Horace, etc… , puis unité de temps dans ces mêmes tragédies.

PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

Corneille ne s’est jamais trouvé à l’aise dans le cadre étroit des trois unités. Sans doute s’est-il toujours gardé de prendre ouvertement parti contre elles pour ne pas s’aliéner la puissante cabale des théoriciens. Mais il a toujours revendiqué pour l’écrivain le droit d’en assouplir le cadre pour pouvoir exploiter dans sa plénitude, avec toutes les ressources de son talent original, la richesse de la matière qu’il avait choisie. C’est en ce sens qu’il écrit : « J’aime à suivre les règles, mais loin de me rendre leur esclave, je les élargis et resserre selon le besoin qu’en a mon sujet. »

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I.  Unité de lieu

Or cet assouplissement qu’il apporte aux règles se manifeste clairement pour celle d’entre elles dont la violation s’impose  immédiatement aux yeux du spectateur : l’unité de lieu. Tantôt il en élargit le cadre aux proportions d’une ville — c’est le cas pour Le Cid, dont la scène se passe à Séville tour à tour dans le palais du roi, dans la maison de Chimène et, sur la place publique. Tantôt il s’attache à la respecter strictement, mais c’est au prix d’une invraisemblance. Dans Horace, le Roi prend la peine de se déplacer pour venir, au mépris des usages, juger le jeune Horace dans la maison de son père. Dans Cinna, les conjurés, au mépris de toute prudence, tiennent les assises de leur complot dans une salle du palais de l’Empereur contre qui ce complot est dirigé. Enfin, pour permettre à Polyeucte de sortir de sa prison et de venir affronter, dans ce vestibule du palais où se passe l’action, les derniers assauts de ses proches, il faut invoquer le danger d’une insurrection populaire. Pour observer strictement l’unité de lieu, Corneille a toujours besoin de faire appel à quelque artifice.

II.  Unité de temps

C’est de la même manière qu’il ruse avec l’unité de temps. Il ne la viole pas délibérément en ce sens qu’il enferme coûte que coûte les événements dans la limite des vingt-quatre heures. Tel est le cas dans Le Cid où l’on conçoit mal qu’en dépit de sa juvénile ardeur Rodrigue puisse, sans désemparer, provoquer et tuer le Comte, engager et gagner contre les Maures un combat décisif, entreprendre un nouveau duel contre Don Sanche, et mener à bien en même temps ses affaires de cœur. Horace- et Cinna concentrent sans doute moins d’événements en une seule journée : pourtant la première de ces pièces comporte encore un combat, un meurtre, un procès — et la deuxième, un complot, la découverte de ce complot et le pardon accordé aux conjurés. Dans Polyeucte, les faits se succèdent aussi à un rythme accéléré mais la rapidité de cette succession peut se justifier par les réactions naturelles des caractères. Avec l’ardeur d’un néophyte, Polyeucte aussitôt après son baptême se précipite au temple pour briser les idoles. Si Néarque est mis à mort sur-le-champ, c’est dans le feu de l’indignation que provoque le sacrilège, et Félix espère par le spectacle de cette exécution sommaire intimider son gendre et le faire renoncer à sa folie de la croix. Enfin, la conversion de Pauline et de Félix suit immédiatement le supplice de Polyeucte, par un élan de contagion mystique que provoque la conduite édifiante du martyr. Chargée d’événements qui se précipitent, l’action reste néanmoins dans les limites de la vraisemblance.

III. Unité d’action

On conçoit que ces péripéties multiples ne puissent s’organiser aisément au sein de l’action. Et c’est pourquoi l’unité d’action est loin d’être parfaite dans la plupart des grandes pièces cornéliennes. Dans Horace, le meurtre de Camille provoque un rebondissement, alors qu’avec l’issue du combat qui consacrait la victoire de Rome se dénouait la première intrigue. A ce moment, comme disait Voltaire, c’est « une nouvelle pièce qui commence ». Seule subsiste une unité d’intérêt, puisque le jeune Horace reste dans les deux cas le personnage essentiel et qu’à deux reprises il risque sa vie. Dans Cinna, l’intérêt s’attache d’abord aux conjurés, à Cinna et à Émilie, pour passer ensuite à Auguste. Dans Le Cid, certains épisodes et notamment ceux qui concernent l’infante et le tendre sentiment qu’elle nourrit sans espoir pour Rodrigue, restent extérieurs au problème essentiel : l’amour de Rodrigue et de Chimène. Mais dans Polyeucte, si l’action n’est pas unique, elle est au moins unifiée. Certes, il existe une intrigue secondaire, le roman de Pauline et de Sévère où l’on était tenté de voir au XVlle siècle le véritable sujet. Mais les éléments de cette intrigue ne se développent qu’en fonction de l’action principale qui est l’ascension de Polyeucte vers le martyre : c’est l’arrivée de Sévère et le sacrifice auquel cette arrivée donne lieu qui fournissent à Polyeucte l’occasion d’affirmer hautement sa foi, et c’est encore la présence de Sévère qui empêche Félix de pardonner.

Conclusion

Telle est donc l’attitude de Corneille en face des règles : il n’entend pas s’en rendre esclave ; le respect qu’il leur témoigne se manifeste moins souvent par une stricte observance que par le mal qu’il se donne à composer avec elles. On ne saurait d’ailleurs à la réflexion s’en étonner. Car à l’époque où Corneille écrit ses principales pièces, les règles n’ont pas encore gagné la partie au théâtre, et les faveurs du public comme celles des auteurs se partagent encore entre la tragédie qui observe les règles et la tragicomédie qui n’en a cure. En outre, le système dramatique de Corneille est moins que tout autre propre à s’accommoder des règles. Les personnages sont des êtres volontaires et leur volonté pour s’affirmer doit triompher d’obstacles sans cesse renouvelés. C’est dire que la pièce ne peut manquer de comporter ces péripéties multiples dont l’enchaînement se fait malaisément au sein d’une action unique et s’enferme péniblement dans l’étroitesse des unités de lieu et de temps.

REMARQUES

1. Étudiez les transitions. Vous devez non seulement montrer comment vous passez logiquement d’un point à un autre, mais aussi pourquoi vous placez en tête tel point plutôt que tel autre :

a) Le début de la IIIe partie présente les libertés prises avec l’unité d’action comme une conséquence inévitable des libertés prises avec l’unité de temps.
b) Le début de la Ire partie explique pourquoi il est naturel de parler d’abord de l’unité de lieu. Évidemment vous pouvez adopter un ordre différent à condition de justifier cet ordre par des transitions rigoureuses (si possible par des transitions de cause à effet).

2. Apprenez à mettre de l’ordre. Notez la disposition des exemples. Ils ne sont pas déversés au hasard, ni transcrits dans l’ordre chronologique des pièces, mais selon une gradation. Laquelle ?

3. Apprenez à étoffer. Ce plan détaillé ne va bien entendu qu’à l’essentiel. Si vous voulez le développer encore, pas de bavardage, mais enrichissez vos exemples de nouveaux détails. C’est facile. Lisez plutôt les examens que Corneille a lui-même consacrés à ses pièces ; il y envisage et y discute toutes les libertés qu’il a prises avec les règles. Vous trouverez là une abondante moisson.

SUJETS COMPLÉMENTAIRES

Sujet 6 : Vous montrerez, par des exemples empruntés aux principales tragédies de Corneille, le sens et la force de ces expressions : le tragique cornélien, un héros cornélien, un style cornélien.

(Ait, Montpellier)

Les deux premiers points sont traités dans le plan détaillé no 9, voir en haut. Éléments du troisième : les plaidoyers qui s’opposent point par point, les répliques vers à vers ; les formules et les sentences ; les images et les traits précieux. Bref un style brillant, non sans emphase et sans recherche.

Sujet 7 : Commenter cette remarque de Brunetière sur le théâtre de Corneille : « Ce n’est proprement ni le devoir ni la passion qu’il s’est plu à nous représenter ; c’est la volonté, quel qu’en fût d’ailleurs l’objet. »

(Nancy)

S’inspirer du premier sujet en haut de l’article, et du troisième sujet en haut de l’article, pour la matière. Pour le plan, classer les exemples d’après les différents objets vers lesquels tend cette volonté. Ajouter la volonté de vengeance chez Cléopâtre dans Rodogune, et chez Émilie dans Cinna. L’objet de la volonté chez les héros cornéliens n’est pas toujours noble.

Sujet 8 : On a dit, on dit encore « le grand Corneille ». Justifier ce titre par le caractère de son génie.

(Lille)

Même sujet 6 (voir en haut) : la « grandeur » de Corneille se retrouve dans les situations, les personnages, le style de ses pièces.

Sujet 9 : Les héros de Corneille, qu’ils soient romains, espagnols ou barbares, peuvent-ils donner encore aux Français d’aujourd’hui des exemples d’honneur, de courage et de patriotisme ?

(Nancy)

Voir premier sujet, en haut. Toutefois, l’Introduction insistera sur la valeur toujours actuelle des exemples. Les grandes lignes du Développement s’appliqueront à dégager dans les exemples leur caractère général : ainsi pour Le Cid, conflit entre les sentiments et les devoirs de famille ; pour Polyeucte, le dévouement absolu et désintéressé à des convictions pas seulement religieuses, mais morales, sociales, voire politiques. — Conclusion sur la portée universellement humaine du théâtre classique.

Sujet 10 : Est-il juste de prétendre, comme on l’a fait, que Polyeucte marque « le midi de Corneille » ?

S’inspirer du cinquième sujet, voir en haut, qui montre que Polyeucte respecte mieux que les autres tragédies la règle des trois unités. En outre prouver que les conventions habituelles aux tragédies (songe, monologues, récits) ont une valeur psychologique et, dramatique et que le sujet de la pièce est à la fois humain et sublime (ascension douloureuse et entraînante d’une « grappe d’âmes » vers le ciel).

Sujet 11 : L’abbé d’Aubignac écrivait en 1657 dans sa Pratique du théâtre : « Les poètes tragiques prennent de l’Histoire ce qui leur est à propos et y changent le reste pour en faire leurs poèmes, et c’est une pensée bien ridicule d’aller au théâtre pour apprendre l’Histoire. »
Discuter cette théorie et examiner si elle s’applique au théâtre de Corneille.

(Poitiers)

La plupart des éléments figurent dans le plan no 10, voir en haut. Mais grouper différemment. — Introduction : Corneille, pour donner une valeur d’authenticité aux exploits et aux personnages exceptionnels qu’il met en scène, les emprunte à l’histoire.
I, Les situations et les personnages sont pour l’essentiel historiques. — II, Mais il a parfois corsé le piquant d’une situation (ainsi Horace ou Polyeucte) et la noblesse des caractères. —
Conclusion : l’historien cherche la vérité, l’écrivain a le droit d’exploiter la richesse pathétique et la portée morale de son sujet, même emprunté à l’histoire.

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