Dissertation Boileau

Sujet 1 : Montrer que L’Art poétique de Boileau est dans ses grandes lignes le sommaire de la doctrine et de Part classique.

(Alger)

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

I. Le sommaire de la doctrine, c’est-à-dire l’énoncé des grands principes auxquels se réfère l’art classique. — II. L’art classique, c’est-à-dire l’application de cette doctrine dans les œuvres.

Mais le sujet vous invite à montrer que cette doctrine est bien la doctrine professée par les Classiques. A chaque fois donc que vous énoncerez un des principes de la doctrine de Boileau, vous vous efforcerez de montrer que ce môme principe a été également énoncé par les écrivains classiques. Dans la seconde partie, vous montrerez successivement que Boileau, dans son Art poétique, et les Classiques, dans l’ensemble de leurs œuvres, ont appliqué pour l’essentiel cette doctrine. C’est seulement à ce prix que vous aurez traité complètement et exactement le sujet.

LECTURES — Consulter, pour Boileau, L’Art poétique, notamment livre III, l’Épitre IX. — Pour La Bruyère, Caractères, chap. 1, « Des ouvrages de l’esprit ». — Pour Molière, la Critique de l’École des femmes, Scène 6.

DÉVELOPPEMENT

Introduction

Avant Boileau, certains écrivains avaient composé des « Arts poétiques » où l’on retrouve déjà quelques-unes des idées chères à nos grands Classiques : tel Vauquelin de la Fresnaye, au début du XVIIe siècle. Cependant, lorsqu’on veut étudier le Classicisme, ce n’est pas Vauquelin qu’on consulte, mais Boileau ; c’est que son Art poétique ne contient pas seulement une ébauche très vague des théories classiques : il est le résumé de la doctrine des grands écrivains du XVIIe siècle, c’est-à-dire de leurs principes et idées, et un exemple de leur art, qui est l’application dans une œuvre de ces idées. Pourtant le poème de Boileau n’est qu’un « sommaire », aussi est-il parfois incomplet, et il faut y apporter quelques atténuations pour y retrouver la pensée d’un Racine ou d’un Molière. Il est malgré cela, « dans ses grandes lignes », le porte-parole du classicisme.

I. Le résumé de la doctrine classique

A. — L’IDÉE D’UNE BEAUTÉ IMMUABLE. Boileau croit à une beauté absolue dont l’écrivain doit se rapprocher le plus possible ; les jugements sans appel qu’il porte sur Ronsard ou sur le moyen âge le prouvent, ainsi que ses impératifs catégoriques lorsqu’il indique la voie à suivre pour le poète. En cela il ne fait que partager l’opinion de La Bruyère qui écrit dans Les Caractères : « Il y a dans l’art un point de perfection. Celui qui le sent et qui l’aime a le goût parfait. » Mais quelle est cette « perfection » littéraire ? Comment l’atteindre ? C’est ce que nous enseigne la doctrine de Boileau dans L’Art poétique.

B. — L’IMITATION DE LA NATURE ET LA RAISON. Une fois que le poète a senti « du ciel l’influence secrète », il lui faut se pénétrer de ce principe, qui est à la base de toute la doctrine de Boileau : l’écrivain ne fera jamais une œuvre valable s’il n’imite pas la nature et ne se laisse pas guider par la raison ; sans elles il n’atteindra pas la vérité.

Que la nature donc soit votre étude unique.

Mais quelle est cette nature ? Il ne s’agit pas de la nature extérieure, mais de l’âme et du cœur humain. Encore ne faudra-t-il pas imiter toute la nature humaine mais seulement ce qui, en elle, est conforme à la raison : « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable » ; lorsqu’il en est ainsi, il faut rejeter le naturel. Il ne faut conserver que ce que chacun peut croire, refuser la « merveille » et tous les extrêmes, l’excès étant contraire à la raison. Il s’agit donc, dans L’Art poétique, d’une nature universelle, « vraisemblable » plutôt que vraie. Boileau est-il seul en son siècle à donner comme guides, au poète, la nature et la raison ? Il n’est que de lire certaines Pensées de Pascal, les Préfaces de Molière, Racine ou Corneille, pour s’apercevoir que toutes les opinions émises par ces auteurs le sont au nom de la raison cartésienne et de la vérité. Dans la Critique de l’École des femmes, Molière veut que les personnages de comédie soient peints « d’après nature », et que dans toute pièce on dise « des choses qui soient de bon sens » ; dans la Préface de Bérénice, Racine écrit qu’ « il n’y a que le vraisemblable qui touche ». C’est de ces deux grands principes que découlent presque toutes les idées de Boileau.

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C. — L’IMITATION DES ANCIENS. La gloire d’un poète est-elle dans l’invention d’un sujet original ? Non ; puisque la nature est universelle, il ne pensera jamais que ce qu’un autre a déjà pensé. Pascal, avec La Bruyère, croit aussi que « tout est dit » et que la seule invention consiste à faire mieux, sur le même sujet, que les prédécesseurs.

Mais, parmi les penseurs des siècles passés, quels modèles choisir ? Boileau est formel : il faut rejeter le moyen âge, et suivre les seuls écrivains qui aient pratiqué l’imitation rationnelle de la nature : les Anciens. Il faut les suivre en tout ; en premier lieu dans le choix du sujet, qui doit être emprunté à la mythologie ou l’histoire grecque et latine. Sur ce point le poète a pour lui tous les grands écrivains du XVIIe siècle. Les seuls titres des chefs-d’œuvre classiques le prouvent, et les témoignages de chaque auteur vont dans ce sens. Racine cite Euripide, Plutarque, Tacite pour ses sources ; Molière, défendant la comédie contre les attaques des gens d’Église, en appelle au « témoignage de l’antiquité ». Il faut encore suivre les Anciens dans les règles que l’on doit appliquer à chaque genre littéraire, particulièrement à la tragédie et la comédie. C’est en s’inspirant d’Horace et d’Aristote que Boileau énonce, en complétant ces deux hommes, la fameuse règle des trois unités :

Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

C’est au nom de la raison que Boileau défend cette règle, et c’est en son nom aussi que Racine la justifie, trop d’événements ne pouvant se passer en si peu de temps de représentation. Corneille même, qui prend ses aises dans ce domaine, est, au départ, de leur avis. C’est en suivant l’opinion d’Horace que Boileau a pu placer au-dessus de la règle des trois unités celle qui veut qu’en matière littéraire le secret soit de « plaire et toucher ». Racine, dans la Préface de Bérénice, Molière dans la Critique de l’École des femmes, écrivent la même chose en termes semblables. Enfin Boileau est disciple de l’antiquité dans le but qu’il donne à l’œuvre littéraire : elle doit être utile, et instruire afin de corriger les hommes de leurs défauts. Là encore Molière suit Boileau, car pour lui la comédie a pour but de « corriger les vices des hommes ». Quant à Racine, dans la Préface de Phèdre, il est heureux de montrer que dans sa pièce le vice est peint de façon à ce qu’on le haïsse, but de tout auteur, dit-il.

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D. — L’ORIGINALITÉ DE LA FORME. Mais, pourra-t-on objecter à Boileau, puisque l’originalité du poète ne réside pas dans l’invention, qu’il faut suivre en tout les Anciens, où se trouve-t-elle ? — Elle est dans la forme, et surtout dans le style.

Au nom de la raison Boileau veut que dans toute œuvre il y ait un plan net, que chaque idée soit à sa place, qu’il n’y ait pas de digression : la clarté est ainsi répandue dans l’ouvrage. Mais il demande surtout que l’on soigne le style :

Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain.

C’est par le style qu’on met la beauté dans une œuvre littéraire. Ce style doit être clair, lui aussi, car on n’écrit que pour être compris : La Bruyère, avec Boileau, le dit dans ses Ouvrages de l’esprit. Pour cela le vocabulaire doit être précis, car (et là encore La Bruyère appuie Boileau) il n’y a, parmi tous les synonymes, qu’un mot juste pour exprimer une idée. Le mot doit être à sa place dans une phrase à la fois riche et concise, sans « abondance stérile ». La nature veut que le style soit différent pour chaque personnage et chaque genre de poésie : Racine dans la Préface d’Andromaque s’excuse de faire parler Pyrrhus un peu brutalement parfois, car ce n’est pas un précieux du XVIIe siècle. Cependant la raison veut que la langue soit un juste milieu : il ne faut pas d’emphase, ni de préciosité, ni excès contraire, de « style bas » et de burlesque. Enfin L’Art poétique préconise un type de vers qui est l’alexandrin classique avec son hémistiche correspondant au sens, son absence d’enjambement ; les sons doivent être harmonieux et aucun hiatus n’est permis. Pour atteindre cette perfection artistique, il faut travailler, et lentement, son style, travail que demandent aussi bien Fénelon et La Bruyère que Racine et Molière. Et si les critiques du XVIIe siècle ont fait un reproche à Molière, c’est justement de ne pas bien écrire.

II. L’application de la doctrine

A. — PAR BOILEAU. L’Art poétique est bien le résumé de la doctrine classique, puisque les grands auteurs du XVIIe siècle ont les mêmes opinions que Boileau. Mais tous ces écrivains ont-ils appliqué leurs idées dans leurs œuvres ? L’Art poétique peut-il être un modèle de classicisme ?

Dans ce poème, Boileau met en pratique les idées qu’il préconise : il imite Horace, un Ancien, et il n’invente rien que le poète n’ait déjà dit. Il justifie toujours une idée au nom de la raison et de la nature. Quant à la forme, elle est bien une illustration de ses théories ; le plan y est clair ; le Chant I contient les principes généraux, le Chant II les conseils concernant les petits genres, le Chant III les grands genres, enfin le Chant IV comprend la conclusion. Le vers est régulier, et, par là même, parfois un peu monotone. Mais L’Art poétique possède des vers parfaits, et leur force est comparable aux vers-formules de Corneille : si ce poème sent parfois un peu l’effort, certains passages sont donc de vrais modèles. L’ouvrage de Boileau réussit à plaire dans cette matière ardue de la critique : il joint donc, comme le veut son auteur, l’utile à l’agréable.

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B. — PAR LES CLASSIQUES. Les Corneille, Racine, Molière ont aussi, en général, adapté leurs opinions à leurs œuvres et se trouvent d’accord avec Boileau : la plupart des tragédies de Corneille et Racine ont un sujet antique. Les tragiques et Molière ont imité la nature humaine dont ils ont décrit les passions ; ils ont bafoué le vice et parlé cette langue pure qu’enseignait Boileau. Cependant, Racine a écrit Esther ; Corneille a composé Polyeucte ; Molière a écrit des farces, telles Les Fourberies de Scapin. Corneille et Racine ont parlé par moment le langage de la préciosité. Enfin ils n’ont pas hésité parfois à faire des enjambements d’un vers à l’autre. Tel celui qu’on trouve dans Bajazet :

Atalide à vos pieds demande à se jeter,
Et vous prie un moment de vouloir l’écouter,
Madame…

Tout cela est contraire aux théories de Boileau. C’est que L’Art poétique, dogmatique, n’est qu’un résumé. Il est bien « dans ses grandes lignes » le modèle des Classiques, mais il demande à être adouci. C’est ce qu’ont fait dans leurs œuvres les grands Classiques.

Conclusion

On pourrait donc dire que L’Art poétique de Boileau est aussi l’« Art poétique » des Classiques. Il est le « sommaire » de la doctrine classique. Il est aussi, à peu de choses près, celui de l’art classique. Une dernière preuve appuie toutes les autres : La Bruyère et Fénelon le citent à côté de L’Art poétique d’Horace.

REMARQUES

L’ampleur du sujet constitue sa difficulté essentielle. Plus le sujet est vaste, en effet, plus il est difficile de le traiter avec ordre, clarté, précision. C’est donc dans ce sens que nous vous invitons à faire un effort particulier.

1. Montrer comment l’Introduction explique les termes du sujet et annonce les grandes lignes du plan.
2. Relever ces grandes lignes en remarquant comment des exemples précis viennent à l’appui de chaque idée.
3. Étudier les transitions, en dégageant l’enchaînement naturel de ces grandes lignes.

SUJET COMPLÉMENTAIRE

Sujet 2 : Parmi les principes proclamés par Boileau dans son Art poétique, distinguer ceux qui vous paraissent aujourd’hui caducs de ceux qui demeurent encore vivants.

(Paris)

I. Partie vivante : a) imitation de la nature (cf. I, b, en haut de l’article) au nom de laquelle il condamne les charges triviales (les burlesques) et la fausse élégance (précieux et galants) ; b) les principes de style et de composition (cf. I, d, en haut de l’article).

II. Partie caduque : a) limites étroites dans lesquelles Boileau cantonne cette imitation de la nature ; d’où un certain souci de fausse noblesse qui l’empêche d’admettre, par exemple, pour l’églogue sa véritable saveur rustique. Proscription du détail « insignifiant » dont les naturalistes sauront exploiter la valeur expressive ; b) distinction trop tranchée des genres ; c) méconnaissance du lyrisme ; d) idée d’une beauté immuable (cf. I, a, en haut de l’article).

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