Dissertation : Alfred de Musset

Sujet 1 : On a dit que Musset est romantique par le cœur et classique par l’esprit. Dites, d’après les œuvres de Musset que vous avez lues, ce que vous pensez de ce jugement.

(Caen)

LES GRANDES LIGNES DU PLAN

Deux points essentiels indiqués dans la citation :

I. Romantique par le cœur. — II. Classique par l’esprit. — Mais il convient de peser la valeur des termes et de se demander si une formule aussi rigoureusement symétrique dans ses doux éléments n’a pas sacrifié au goût des « fausses fenêtres », si en même temps elle rend compte de tous les aspects de l’œuvre poétique de Musset. Romantique par le cœur : cela signifie que parmi les thèmes du Lyrisme romantique il a choisi exclusivement ceux qui ont trait à l’expression des sentiments. Classique par l’esprit : cela se rapporte à sa culture et à ses sympathies littéraires, à son goût, et à la forme de ses poèmes.

LECTURES — Les Nuits, en particulier La Nuit d’octobre ; dans les Poésies nouvelles, Souvenir. — Les candidats expérimentés pourront se reporter à : GASTINEL, Le Romantisme d’Alfred de Musset.

PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

Alfred de Musset fut l’enfant terrible du Romantisme. Honni dès ses premières œuvres par les Classiques, suspect aux Romantiques, il offre dans le concert des poètes lyriques de son temps une note originale. Il s’apparente sans doute à eux par la sincérité avec laquelle il épanche sa sensibilité meurtrie. Mais il s’en éloigne par sa culture, son goût de la forme et ses poèmes. C’est en ce sens que l’on a pu dire qu’il était romantique par le cœur et classique par l’esprit.

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I. Il est romantique par le cœur

Il est romantique par le cœur. Et ceci suppose une restriction première. Parmi les thèmes qu’empruntent les poètes de son temps, il en est un certain nombre qui ne figurent guère dans son œuvre. Les grands thèmes religieux et philosophiques ne l’attirent pas et moins encore ceux qui s’inspirent de l’actualité politique et sociale. Le poète pour lui n’est pas le mage chargé de guider les peuples sur la route du progrès. Si la nature se trouve dans son œuvre, elle ne prête pas chez lui aux grands épanchements auxquels elle donnait lieu chez Lamartine et chez Hugo. Dans le célèbre poème du Souvenir, elle s’associe sans doute à sa rêverie, mais comme à l’arrière-plan. En revanche, il exprime inlassablement les tourments de son cœur. Il professe qu’une émotion sincère est la source de la vraie poésie. Ainsi Les Nuits retracent l’histoire de sa liaison avec George Sand et tour à tour expriment sa douleur, puis l’apaisement. Le Souvenir traduit son retour sur le passé et la douceur de sa mélancolie. Une pareille sincérité ne saurait s’accommoder de ces effusions caricaturales où se complaisent selon lui ses contemporains.

Je hais les pleurards, les rêveurs à nacelles,
Les amants de la nuit, des lacs, des cascatelles.
Cette engeance sans nom, qui ne peut faire un pas
Sans s’inonder de vers, de pleurs et d’agendas.

II. Il est classique par l’esprit

Cette discrétion montre déjà que par ses goûts il a quelque chose d’un Classique. S’il se moque des (Classiques à perruques » de son temps, il rend hommage à ceux de la grande époque. Ne parlons pas de Corneille qui trouve grâce devant la plupart de nos Romantiques. Mais la prédilection de Musset allait à Racine, à Molière, à La Fontaine. Il avait en commun avec eux ce culte compréhensif de l’antiquité.

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Grâce, ô mère des arts…
…Je suis un citoyen de tes âges antiques.

Par leur commerce il avait aiguisé ses qualités naturelles de grâce aimable et spirituelle qui l’apparentent si étroitement à ses grands devanciers. La culture classique s’accompagnait chez lui d’un goût classique.

Sa versification enfin s’inspire de la même tradition. Il tient en horreur ces rythmes rares, ces vers « désarticulés » où se complaisait un Victor Hugo. Il y voit « un sacrilège envers les Dieux, une offense à la Muse ». Aussi coupe-t-il régulièrement ses alexandrins à l’hémistiche et proscrit-il l’enjambement. Mais il ne se plie pas à la rude discipline du métier d’écrivain qu’enseignait Boileau. Faute d’un travail méticuleux, il multiplie les incorrections, les impropriétés et laisse même échapper des non-sens. Il gâte ainsi par des taches regrettables l’élégance et la simplicité naturelle de son style. Il n’a pas non plus ce sens de l’équilibre dans la composition par lequel se recommandent les grands écrivains du XVIIIe siècle. Par là, sa forme s’éloigne de celle des Classiques.

Conclusion

Romantique par le cœur, Musset est donc bien un Classique par l’esprit. Cette formule, qui englobe les aspects essentiels de son talent, rend compte également de la place originale qu’il occupe parmi les poètes de son temps. Elle montre enfin l’éclectisme de l’homme qui savait unir Shakespeare et Racine dans sa compréhensive admiration.

REMARQUE

Ce plan vous donne les indications essentielles. Il vous appartient de l’étoffer à l’aide de précisions et d’exemples. Mais n’oubliez pas que tous les détails doivent aller dans le sens de la démonstration.

Ainsi, au début de la IIe partie, vous pouvez : a) signaler d’autres auteurs classiques appréciés par Musset ; b) dire les mérites qu’il reconnaît aux uns et aux autres.

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Or, si vous nous montrez Musset appréciant chez ces écrivains des qualités qui sont le reflet des siennes et qui en même temps correspondent aux traits essentiels que l’on retrouve chez la plupart des Classiques, vous annoncez par là même, entre Musset et le Classicisme, des affinités de tempérament et de goût. Vous voyez l’importance que prennent alors ces détails dans votre démonstration.

SUJET COMPLÉMENTAIRE

Sujet 2 : Alfred de Musset a parodié et raillé les Romantiques. Au sortir de quelque réunion du Cénacle, dans une conversation ou une lettre, vous supposerez qu’il expose en quoi sa conception personnelle de la poésie diffère de celle de ses amis.

(Paris)

Une remarque d’abord : efforcez-vous de donner à la forme ce parfum de grâce et d’ironie légère qui font le charme de Musset. Pour les grandes lignes du plan :

I. Les reproches sur le fond : a) Exagérations sentimentales où vous utiliserez la fin de la 1re partie du Développement ci-dessus voir en haut) ; b) Abus d’un orientalisme factice.

II. La forme : ce qu’il proscrit, ce qu’il souhaite (utilisez IIe partie du même Développement (voir en haut).

Conclusion : il prône un Classicisme élargi.

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