Dérivation

Dérivation 1

En grammaire générative, la dérivation est le processus par lequel les phrases sont générées par l’application des règles de réécriture.

Dérivation 2

Dans l’étude de la néologie, c’est-à-dire de la formation d’unités lexicales nouvelles, on oppose traditionnellement la dérivation à la composition en faisant intervenir le critère suivant :

a) sont dites dérivées (c’est-à-dire résultant d’un processus de dérivation), les unités dont l’un seulement des éléments constitutifs est susceptible d’être employé de façon autonome dans l’énoncé : dans événement-iel comme dans re-faire, événement et faire sont aptes à apparaître isolément dans une phrase. Il n’en va pas de même pour -iel et re-, qui se manifestent exclusivement dans des formations dérivées. Ces éléments reçoivent le nom d’affixes.

b) sont dites composées (c’est-à-dire résultant d’un processus de composition), les unités dont tous les éléments constitutifs sont susceptibles d’être employés de façon autonome. C’est le cas de formations telles que porte-avions, pomme de terre, prendre peur, à mesure que, etc.

La dérivation, ainsi distinguée de la composition, présente deux aspects, que l’on distingue en tenant compte de la place et de la fonction syntaxique de l’affixe :

— quand l’affixe apparaît au début (à la gauche) de la formation nouvelle, il n’a jamais (voir cependant la remarque) pour effet de modifier la classe grammaticale de l’élément qu’il précède : refaire est un verbe comme faire. Les affixes qui présentent ce double caractère sont appelés préfixes, et le processus de dérivation reçoit le nom de préfixation.

Remarque. — Le préfixe anti- a parfois pour effet de produire un adjectif à partir d’un nom.

— quand l’affixe apparaît à la fin (à la droite) de la formation nouvelle, il a fréquemment pour effet de modifier la classe grammaticale de l’élément auquel il s’ajoute : événementiel est un adjectif formé sur le nom événement. Les affixes qui apparaissent après la base sont les suffixes et le processus de dérivation est la suffixation.

La plupart des suffixes sont aptes à modifier la classe grammaticale de l’élément qu’ils affectent. D’autres, plus rares, ne le sont pas ou le sont de façon très limitée : ainsi les suffixes diminutifs du type -et, -ette, -illon, -ille, etc.

D’une rigueur apparemment absolue, la distinction qui vient d’être mise en place entre dérivation et composition comporte cependant une zone d’intersection. Dans une formation telle que contrefaire, l’élément contre présente les deux traits définitionnels du préfixe : il apparaît devant la base et ne modifie pas la classe grammaticale de celle-ci. Mais il présente en outre la particularité de pouvoir être utilisé de façon autonome, comme préposition, dans des énoncés tels que il combat contre l’intolérance. Bien que certains linguistes retiennent la pertinence de ce dernier trait et rattachent les formations de ce type à la composition, il est également légitime de les rattacher à la préfixation, en tenant compte non seulement de l’identité de statut entre re- et contre- dans refaire et contrefaire, mais en outre du fait que le contre- de contrefaire ne se confond avec la préposition contre que du point de vue du signifiant. C’est le parti qui a été adopté dans cet ouvrage.

D’autre part, la formation illustrée par des mots tels que odontalgie (« douleur dentaire ») et algophilie (« goût pour la douleur ») ou gastrotomie (« ablation chirurgicale de l’estomac ») et tomographie (« radiographie d’une coupe d’organe ») présente des traits qui l’écartent à la fois de la dérivation et de la composition :

alg- et tom- élargis selon le cas -o- ou en -ie, apparaissent alternativement à l’initiale et à la finale de la formation : ils ne peuvent donc être qualifiés ni de préfixes, ni de suffixes, et le procédé de formation échappe à la dérivation au sens strict.

odont- ni gastr-, même élargis en -ie, ne peuvent apparaître de façon autonome dans l’énoncé. Il en va de même pour philie. Seul, algie est, de façon limitée, susceptible d’un tel emploi. Les formations étudiées échappent donc à la composition au sens strict.

Les linguistes traitent cette formation de façons très diverses. On a pris le parti dans cet ouvrage d’en faire un type de formation spécifique, qu’on propose d’appeler interfixation, ce qui implique que les éléments utilisés reçoivent le nom d’interfixes. On remarque que les interfixes n’entrent pas dans l’inventaire des affixes.

Enfin, les grammaires traditionnelles donnent le nom de « dérivation impropre » au phénomène de transformation (ou transfert) de classe grammaticale lorsqu’il intervient sans marque suffixale : comparer le bleu du ciel (l’adjectif bleu est nominalisé, sans suffixe) et la bleuité du ciel (le suffixe -ité marque la nominalisation). Ce processus a donné lieu dans cet ouvrage à des remarques relatives à chacune des classes concernées. On en donne ici un tableau récapitulatif.

TABLEAU DES PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES
DE « DÉRIVATION IMPROPRE »

Les faits sont répartis selon la classe à laquelle aboutit le phénomène de « dérivation impropre », c’est-à-dire de transfert de classe sans marque morphologique spécifique.

1. Nom

1.1. Nom propre : une bougie (ville d’Algérie d’où venait la cire), une poubelle (nom du préfet de police qui imposa l’emploi de l’objet).

Remarque. — C’est l’un des aspects de l’antonomase.

1.2. Adjectif : la capitale, une circulaire, le métro(politain), le beau.

1.3. Pronom : le moi, le ça, les Quarante (numéral en fonction de pronom).

1.4. Verbe : le boire et le manger ; un consultant, un accusé.

Remarque. — Ce type de transfert ne peut affecter que les infinitifs et participes.

1.5. Adverbe : le bien et le mal.

1.6. Préposition : le pour et le contre.

1.7. Conjonction : des mais, des si et des que.

1.8. Interjection : un hurrah enthousiaste, un allô perplexe.

Enfin, la pratique du métalangage permet de nominaliser toute séquence linguistique, du phonème à l’énoncé : un o fermé, le « je vous ai compris » du général de Gaulle.

2. Nom propre

2.1. Nom : le Sauveur , le Seigneur.

Remarque. — C’est le second aspect de l’antonomase.

2.2. Adjectif : le Malin, l’Autre.

Remarque. — Ce type de transfert a produit de nombreux patronymes : Legros, Lebon.

3. Adjectif

3.1. Nom : une robe marron, un air très collet monté.

3.2. Nom propre : elle prit son ton le plus Guermantes.

3.3. Verbe : une critique très piquante.

Remarque. — Il s’agit de l’« adjectif verbal », transformation qui suppose que le verbe est préalablement au participe.

3.4. Adverbe : une femme très bien, très comme il faut.

3.5. Interjection : une revue très ollé, ollé.

Remarque. : — Je suis contre, je suis très pour ne relèvent pas du transfert de classe, mais de l’effacement de l’élément introduit par la conjonction.

4. Déterminant

4.1. Nom : une foule de, un tas de, quantité de, etc.

4.2. Adverbe : beaucoup de, pas mal de, etc.

5. Pronom

5.1. Adverbe : j’en ai vu beaucoup, j’en ai tant (trop) dit, etc.

Remarque. — L’emploi des mêmes formes comme déterminants et comme pronoms dans certaines classes (je n’ai aucun élève, je n’en ai aucun) n’est pas un phénomène de transfert de classe, mais tient à la possibilité qu’a tout déterminant de fonctionner comme pronom, avec ou sans changement de forme : je vois les élèves, je les vois, ils travaillent.

6. Adverbe

6.1. Nom : rouler voiture, penser conserves.

6.2. Nom propre : roulez Peugeot, lavez Bonux.

6.3. Adjectif : parler haut, voter utile.

6.4. Préposition : on fait avec (effacement de l’élément introduit par avec).

7. Préposition

7.1. Nom : question argent, rapport au boulot.

7.2. Adjectif : sauf les femmes, excepté les vieillards.

7.3. Adverbe : dessous la table, aussitôt mon arrivée.

8. Conjonction

9. Interjection

9.1. Nom Propre : Seigneur ! Marie ! Joseph ! (c’est le jurement).

9.2. Nom : attention ! peste ! merde !

9.3. Adjectif : bon !

9.4. Pronom : ça !

9.5. Verbe : allons, voyons, allez…

Article précédentDénotation
Article suivantDestination