Crache le caillou !

Au début du siècle dernier, vivait un curé dont la paroisse 1 s’étendait sur plusieurs villages dispersés dans la montagne. Pour l’aider dans sa tâche, il était secondé 2 par un sacristain 3 nommé Antoun originaire d’une ville dont les habitants avaient la détestable habitude de ponctuer leurs phrases de blasphèmes et de gros mots. Le curé sermonnait 4 souvent Antoun en lui disant qu’il était inconcevable, inacceptable, d’entendre des mots pareils pendant l’office 5. Le pauvre sacristain plein de bonne volonté, faisait des efforts désespérés, mais les vilains mots surgissant de sa bouche tout seuls, par habitude.

Le curé eut une idée originale ; il appela Antoun, lui mit un petit caillou sous la langue et lui dit : « Mon fils, garde ce caillou dans ta bouche sans jamais l’enlever. À chaque fois que tu voudras parler, il te rappellera qu’il faut éviter de dire des blasphèmes et de gros mots. » Antoun promit avec joie et, de ce jour et pendant des années, il ne prononça plus un seul gros mot ni à l’église ni ailleurs.

Leur vie était rude ; avec le curé il faisait le tour des villages pour célébrer les messes, baptiser les enfants, bénir les récoltes, assister les mourants … Un soir qu’ils rentraient d’une tournée particulièrement fatigante qui avait commencé bien avant l’aube, ils entendirent appeler avec insistance du dernier village visité.
C’était une femme qui criait :
Mon père ! Revenez ! Revenez !
Dieu nous donnera la force ; dit le curé au sacristain, il y a probablement un mourant qui veut se confesser 6 et une telle chose ne peut pas attendre.

Appuyé sur son bâton et aidé par Antoun, le vieux curé remonta péniblement la côte et arriva au village après le coucher du soleil. La femme les accueillit, rayonnante de bonheur :
Voilà, mon père, j’avais oublié de vous demander de bénir cette poule et ces poussins.
Le curé fronça les sourcils et poussa un grand soupir puis il se retourna vers Antoun et lui ordonna :
Crache le caillou, mon fils, crache le caillou !

L’histoire ne rapporte pas ce que dit Antoun, mais la phrase devint proverbe 7.

Jihad DARWICHE, Le Conte oriental, Édisud, 2001.

1. ensemble des villages sur lesquels un prêtre ou un pasteur exerce ses fonctions.
2. il était aidé, assisté.
3. une personne qui a la charge de l’entretien de l’église et des objets sacrés.
4. il lui adressait des reproches.
5. le service religieux.
6. avouer ses fautes, ses pêchés à un prêtre pour obtenir le pardon.
7. un court énoncé exprimant un conseil populaire, une vérité d’expérience, qui est connu de tout un groupe social.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. À quel mode le verbe « crache » est-il conjugué dans le titre de ce texte ?

2. Ce mode exprime-t-il ici un conseil, un ordre ou une défense ?

3. Sait-on qui formule ce conseil, cet ordre ou cette défense ?

4. À quelle personne le verbe est-il employé ?

5. Sait-on qui est désigné par cette personne ?

6. D’après les réponses précédentes, quel sens le titre prend-il selon vous ?

2. AU CŒUR DU TEXTE

1. La phrase du titre est reprise dans le récit (I.29). Identifiez-en l’émetteur et le récepteur.

2. Quel travail Antoun exerce-t-il auprès du curé ?

3. Quel est son principal défaut ?

4. a. Que fait le curé pour corriger le défaut d’Antoun ?
b. Le curé réussit-il à corriger ce défaut ?
Justifiez votre réponse.

5. Résumez l’événement qui pousse le curé à faire renaître le défaut d’Antoun.

6. a. Précisez le sens de la phrase « Crache le caillou ! » dans le texte.
b. De nos jours, comment dit-on cette phrase en arabe ?
c. Dans quel sens la dit-on ?
d. La phrase arabe a-t-elle un sens propre ou un sens figuré ? Justifiez votre réponse.

3. PARTIE D’ÉCRITURE

Le curé trouve une solution pour corriger le défaut d’Antoun.

Le curé eut une idée originale ; il appela Antoun, lui mit un petit caillou sous la langue et lui dit : « Mon fils, garde ce caillou dans ta bouche sans jamais l’enlever. À chaque fois que tu voudras parler, il te rappellera qu’il faut éviter de dire des blasphèmes et de gros mots. »

En vous servant de ce message, écrivez un texte formé d’une partie narrative et d’une partie dialoguée pour raconter comment un enseignant corrige le défaut d’un élève.