Après trois ans

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant 1 chaque fleur d’une humide étincelle.

Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle 2
De vigne folle avec les chaises de rotin …
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble 3 sa plainte sempiternelle 4.

Les roses comme ayant palpitent ; comme ayant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même j’ai retrouvé debout la Velléda 5,
Dont le plâtre s’écaille 6 au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur face du réséda 7.

Paul VERLAINE, Poème saturniens, « Melancholia ».

1. ornant de paillettes.
2. une petite construction couverte de vigne.
3. un type de peuplier dont les feuilles sont agitées par le moindre vent.
4. qui se répète sans arrêt, au point de lasser.
5. une statue représentant une femme.
6. se détache en petites plaques, en écailles.
7. une plante à fleurs odorantes.

1. D’ENTRÉE DE JEU

1. Quelle circonstance le titre du poème indique-t-il ?

2. Complétez le titre par un complément du nom « ans ».

3. Comment comprenez-vous ce nouveau titre ?

4. Quel type de texte le titre du poème annonce-t-il ?

2. AU CŒUR DU TEXTE

1. a. Relevez tous les verbes conjugués au passé composé.
b. Qu’exprime ce temps ?

2. Indiquez où se déroule la promenade. À quel moment de la journée a-t-elle lieu ?

3. a. Relevez le verbe de perception visuelle utilisé dans ce texte.
b. Identifiez l’observateur. Le point de vue exprimé est-il externe ou interne au récit ?

4. a. Quels éléments l’observateur revoit-il « après trois ans » ?
b. Ces éléments composent-ils un tableau d’intérieur ou un tableau d’extérieur ? Justifiez votre réponse.

5. a. Relevez tous les mots qui montrent que « rien n’a changé ».
b. Précisez la valeur qu’a ici le présent.

6. Dans ce poème, qu’est-ce qui exprime la tristesse, la mélancolie ?

7. a. Comment les vers sont-ils regroupés ?
b. Quel nom donne-t-on à chaque groupe de vers ?
c. Classez, dans un tableau, les mots placés à la fin de chaque vers se terminant par le même son.

3. PARTIE D’ÉCRITURE

En revenant au même endroit, le poète revoit des objets familiers et il entend les mêmes bruits.

Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin …
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

En vous inspirant de ces quatre vers, décrivez en un paragraphe de six lignes un endroit de votre collège que vous revoyez après trois mois de vacances.