Les constituants de la phrase : analyse en constituants immédiats

Lanalyse en constituants immédiats permet de dégager le réseau de relations qu’entretiennent les mots ou groupes de mots au sein de la phrase, confirmant ainsi l’intuition selon laquelle les phrases de la langue répondent à une structure qu’on ne saurait ramener au simple enchaînement linéaire que nous livrent leurs réalisations sonore ou graphique.

Le terme même d’analyse rappelle évidemment l’exercice pédagogique attaché à l’enseignement de la grammaire traditionnelle : ces deux démarches ne sont pas — comme on le verra — incompatibles. Toutefois, l’analyse en constituants immédiats présente l’avantage de reposer sur un point de vue résolument formel, faisant appel à des procédures qui ne sollicitent que très faiblement l’intuition (elles se ramènent essentiellement à la notion de substitution), alors que la recherche traditionnelle des fonctions s’inspire souvent d’une démarche qui ne permet guère d’estimer la part relative des critères de sens et des propriétés formelles.

Le résultat de l’analyse en constituants immédiats consiste en une hiérarchie d’éléments et d’assemblages d’éléments, c’est-à-dire en un système inclusif capable de figurer les relations de dépendance qu’un élément (ou un groupe d’éléments) entretient avec un autre élément (ou groupe d’éléments) : par exemple, A est défini comme pouvant être associé à B pour appartenir un groupe de type C, C peut être associé à D pour donner un groupe de type E, etc., jusqu’à ce qu’on atteigne le groupe d’extension maximale qui se confond avec la phrase.

Le principe de base d’application de la procédure est le suivant : on considère un élément unique ; cette association reçoit une étiquette destinée à identifier le syntagme ainsi dégagé.

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Soit la phrase :
Cette petite fille promène le chien de la voisine. En procédant de la droite vers la gauche, on constate que :

a) la + voisine peut être remplacé par Nicole (ou par Jean, Marcel, etc., il ne s’agit pas, ici d’obtenir de véritables paraphrases) : c’est un syntagme nominal (SN) ; la et voisine sont les constituants immédiats de ce SN ;

b) de + SN peut être remplacé par noir, frisé, etc. : c’est un syntagme prépositionnel (SP) ;

c) chien + SP peut être remplacé par cocker, chat, bébé, etc. : c’est un membre nominal (MN) (il équivaut à un nom mais n’est pas un SN autonome) ;

d) le + MN peut être remplacé par Médor, Patrick, etc. : c’est un SN ;

e) promène + SN peut être remplacé par rêve, chante, etc. : c’est un syntagme verbal (SV) ;

f) l’association du mot suivant avec le SV n’est plus possible, il ne s’agit pas d’un constituant ; le SV doit être considéré comme l’un des constituants majeurs de la phrase ;

g) en revanche, petite + fille peut être remplacé par enfant, dame, etc. ; c’est un MN ;

h) cette + MN peut être remplacée par Marie ; c’est un SN, il représente l’autre constituant majeur de la phrase (SN et SV sont les constituants immédiats de P).

Cette structure est représentable par un schéma qu’on appelle « boîte de Hockett » :

constituant - boîte de Hockett -

Remarques. — 1. On aboutit au même résultat en procédant en sens inverse, c’est-à-dire en partant des constituants majeurs ; la phrase de départ peut être comparée à Marie rêve, la substitution permet d’obtenir le SN et le SV, et ainsi de suite jusqu’au niveau des mots ; la lecture de la boîte peut d’ailleurs s’opérer dans les deux sens : du haut vers le bas ou du bas vers le haut.

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2. À l’origine, cette méthode, purement formelle, reposait uniquement sur la comparaison d’énoncés recueillis dans un corpus (écrit ou enregistré), seule procédure applicable à des langues non connues. La procédure simplifiée qu’on a adoptée ici est davantage exploitable sur le plan pédagogique dans la mesure où elle exige un recours à la compétence linguistique du locuteur, c’est-à-dire à la connaissance implicite qu’il a de sa langue.

Il est également possible de représenter cette structure par un système de parenthèses qui symbolisent les divers niveaux d’inclusion, mais la lecture en est difficile ; que l’on en juge à propos du seul SN le chien de la voisine :

((le) ((chien) ((de) ((la) (voisine)))))

La représentation la plus claire (et la plus familière) est celle du diagramme en arbre où chaque constituant est identifié par un nœud :

Remarque. — En grammaire générative, ce schéma correspond à la structure syntagmatique de la phrase mais, dans ce cas, il n’est pas, comme ici, le résultat d’une analyse. Il est obtenu par un système de règles de réécriture du type P ® SN + SV,  SV ® V + SN, etc., et par des règles d’insertion lexicale ; la démarche est alors de type hypothético-déductif. Toutefois, rien n’empêche d’emprunter ce schéma aux seules fins de la représentation d’un résultat obtenu par une démarche inductive. Il conviendra, dans cette perspective, d’éviter toute confusion : on ne peut pas dire que la phrase dont la structure est représentée par la figure précédente a été « engendrée » par une « grammaire » (au sens d’un système formel explicite) ; ce n’est, en fait, qu’un matériau empirique qui a été soumis à un mode d’analyse particulier.

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Dès lors, la notion de fonction devient accessible au seul niveau formel : le sujet sera identifié comme étant le SN immédiatement dominé par le symbole P (cette petite fille) que l’on peut éventuellement ramener à son noyau nominal fille ; de même, le V (promène) est immédiatement dominé par SV, c’est le verbe principal de la phrase ; le complément d’objet est un SN qui dépend également du SV (le chien de la voisine) ; le SP de la voisine dépend d’un MN puis d’un SN, ce qui permet de dire, après réduction aux noyaux nominaux, que voisine est complément du nom.

Cette analyse atteint toutefois ses limites lorsqu’il s’agit a) de prendre en charge des segments discontinus dont l’unité fonctionnelle est pourtant évidente (c’est le cas par exemple de ne … pas) ou b) de traiter de certaines ambiguïtés. Ainsi, dans la chasse des renards a été terrible, l’analyse en constituants dégagera le SN la chasse des renards, mais ne permettra pas de déceler son ambiguïté ; seul un système de transformations permettra de postuler qu’il peut être issu de deux structures différentes du type : les renards ont chassé/ on a chassé les renards.

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